Conte de printemps (1990) d’Eric Rohmer

Après les six volets des Contes moraux, après les six volets des Comédies et proverbes, voici donc la dernière série réalisée par Eric Rhomer : les contes des quatre saisons qui, comme son nom l’indique, comporte quatre volets. Notons qu’à la différences des autres cycles mentionnés, celui-ci ne s’embarrase pas de titres qui ne sont pas en relation avec le thème du cycle : ce premier volet s’intitule donc : Conte de printemps.

Il raconte l’histoire de Jeanne. Elle est professeur de philosophie et fait son stage dans une lycée de région parisienne. Elle possède un appartement à Paris qu’elle ne peut occuper car elle le prête à une cousine qui passe un concours. Elle ne souhaite pas dormir chez son copain, absent pour le moment, car elle s’y sent mal à l’aise : elle n’est pas chez elle et n’ose pas changer un objet de place de peur de bouleverser son quotidien. Au cours d’une soirée où elle se rend un soir – et où elle ne connaît personne – elle rencontre Natacha, une jeune fille qui habite chez son père – absent pour le moment – et qui l’invite à aller passer la nuit chez elle. Le lendemain, alors que Natacha est sortie et qu’elle prend sa douche en l’attendant, elle croise le père rentré à l’improviste. Elle n’éprouve rien de particulier pour lui, et lui non plus pour elle, mais Natacha va maladroitement essayer de la pousser dans ses bras pour se venger de la petite amie de son père, Eve, qu’elle déteste, à l’aide de dîners organisés à Paris et surtout d’un weekend à la campagne arrangé dans leur petite maison près de Fontainebleau, en essayant de ménager à Jeanne et Igor (son père) des moments en tête à tête.

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Conte de printemps est un film très Rohmerien dans la mesure où un grand nombre de thèmes apparus, parfois plusieurs fois, dans des films du maître sont recyclés ici. On y parle de l’opportunité pour une jeune femme de sortir avec un homme plus agé, comme dans Le genou de Claire, on y parle de l’importance de l’endoit où on dort et de s’y sentir bien, comme dans Les nuits de la pleine lune, on y parle de philosophie entre Jeanne le prof de philo et Eve qui a aussi un bagage universitaire en philosophie – Kant y est cité à plusieurs reprises, tout comme Platon – exactement comme dans Ma nuit chez Maud, il y est question d’adultère, un peu, comme dans L’amie de mon amie, il y a des scènes de séduction très chastes, où rien ne se passe comme dans tous les Contes moraux, il y a des réflexions sur l’opportunité de tromper son copain comme dans pas mal de Comédies et proverbes. Bref, Conte de printemps est un peu un compendium des thèmes du cinéma rohmerien.

Les acteurs aussi sont furieusement rohmeriens. Plutôt inconnus avec pour unique fait d’arme dans leur carrière le fait … d’avoir jouer dans Conte de printemps. L’actrice principale, Anne Teyssèdre qui joue le rôle de Jeanne, vient certes de ce milieu là (conservatoire d’art dramatique, dans la classe de Michel Bouquet), elle a tourné un peu à la télévision avant le film mais très peu après. Elle finira par abandonner sa carrière d’actrice pour des raisons de santé pour se consacrer à l’écriture.

Le minois de Florence Darel, dans le rôle de Natacha, ne m’était pas inconnu lorsque j’ai revu le film et pour cause : Wikipedia m’a rappelé que c’est elle qui joue le rôle de Marie-Anne, le jeune fille adolescente de l’ingénieur Archambaud / Jean-Pierre Marielle dans Uranus où elle s’essaye aussi avec bonheur, comme dans Conte de printemps, du piano. Un fameux rôle plutôt marquant puisque je m’en souviens mais sans lendemain. Elle poursuivra une petite carrière à la télévision et dans quelques long métrages peu connus.

Le père est lui joué par un acteur chevronné et talentueux, qui a surtout brillé au théâtre : Hugues Quester. Je l’avais personellement vu sur les planches dans l’excellente pièce Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute en 1998 où il donnait la réplique à Jean-François Balmer : Il y était excellent et sa filmographie, en fait sa théatrographie est impressionnante, trop pour la publier in extenso ici.

Le casting fonctionne très bien. Natacha qui fait beaucoup moins que les 22 ans de Florence Darel à l’époque est fort bien en apprentie manipulatrice qui ne contrôle rien du tout. Mais c’est surtout le couple Teyssèdre / Quester joue son rôle à la perfection. Teyssèdre incarne  quand même un personnage qui est mal à l’aise à l’idée de squatter chez son copain et qui se retrouve à squatter chez des gens qu’elle ne connaît pratiquement pas, à entendre toutes leurs histoires personnelles et à être ammenée à jouer le rôle d’arbitre des querelles familiales. C’est peu évident mais elle a suffisamment de détachement – pour ne pas trop se mêler de ce qui ne la regarde pas, suffisamment d’impartialité pour ne pas donner l’impression de prendre parti pour un clan contre un autre, et suffisamment de mystère, je devrais dire de sex-appeal, pour être cet objet de désir ce qu’on lui demande d’être dans le film. Un rôle piégé dont elle se sort sans dommages.

Quester, quant à lui, joue un personnage étrange, timide, un peu gauche mais qui arrive à se mettre en couple avec une pin-up de vingt ans sa cadette et qui est forcé de se porter candidat pour séduire la belle Jeanne. Et ça marche assez bien. On s’attache à ses personnages même si, comme dans tous les Rohmer, les dialogues sont un peu trop littéraires pour être vrais en fin de compte Anne Teyssèdre aide beaucoup à les rendre crédibles. Elle cite les philosphes, Platon, Kant avec des intonations populaires, une force de conviction sincère qu’on imagine volontiers … chez un prof de philosophie consciencieux et bien intentionné, précisément le rôle qu’elle est censée jouer.

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Le printemps est aussi, bien entendu, un thème important du film. Le feuilles sont en train de pousser, les personnages retapent le jardin de la maison de Fontainebleau à l’époque de la floraison, il y a aussi probablement une métaphore de la saison printanière avec les âges de la vie. Tout ce petit monde a entre vingt et trente ans (sauf Igor) et se pose des questions sur l’amour, les relations, leur durabilité etc …

En fin de compte, un bon crû. Certe, le film n’est pas inoubliable, certes je n’ai pas retenu toutes les subtiles variations sur « Faut-il dormir chez son copains où non ? » que les rohmeriens fous accepteront comme parole d’évangile mais le film est attachant et laisse bien augurer de la suite de la série.

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2 réflexions sur “Conte de printemps (1990) d’Eric Rohmer

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