Todos estan muertos (2014) de Beatriz Sanchís

En ce moment, c’est le festival du film espagnol (qui dure deux jours, du 17 au 19 avril) à l’institut français et j’en ai donc tout naturellement profité pour aller voir quelques films que je n’aurais probablement jamais l’occasion d’aller voir ailleurs (et dont vous, cher lecteur fidèle, n’aurez probablement jamais entendu parler). Voici donc mon avis sur Todos estan muertos, le premier long métrage de la réalisatrice espagnole Beatriz Sanchís.

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 Il s’agit d’une famille espagnole, d’origine mexicaine – la matriarche, la grand-mère est mexicaine – vivant à Madrid. La mère, Lupe, a été une star du rock dans les années 80 à l’époque de la Movida triomphante, mais a tout arrêté à l’occasion d’un accident tragique où son frère et deuxième membre du groupe « Groenlandia » dont elle faisait partie a été tué. Elle en est devenue agoraphobe et vie en recluse chez elle, avec sa mère (la grand-mère mexicaine donc) et son fils qu’elle a eu après l’accident. C’est une espèce de légume qui passe son temps à contribuer au budget domestique en faisant des tartes aux pommes et ne s’est jamais sentie obligée de faire preuve d’amour maternel pour son fils Pancho, maintenant adolescent, pris en charge par la grand-mère. Cette dernière, en désespoir de cause, fait appel à des marabouts mexicains de sa connaissance pour aider sa fille, et c’est ainsi que le fantôme du frère rocker Diego – mort depuis 15 ans donc – emménage chez eux, de telle sorte que seule Lupe peut le voir et lui parler et qu’il reste invisible à la grand mère et au fils. Le monde, pour Diego, s’est arrêté il y a quinze ans, en pleine movida alors que le groupe était à son zénith ce qui va causer quelques quiproquos.

Ca à l’air un peu foutraque ? Ce l’est ! Mais le film dans l’ensemble m’a laissé une bonne impression. S’il il n’a peut-être pas emporté l’adhésion, il a sans aucun mal attiré la sympathie. Le film souffre du trop grand nombre de thèmes qu’il souhaite traiter en même temps. Il s’agit d’un film de fantômes mais aussi de l’histoire d’une cellule familiale brisée qui essaie de recoller les morceaux. Il y est questions du crépuscule des idoles (du rock) et du caractère éphémère de leur gloire, on y parle aussi de l’adolescence et des problèmes d’identification que cela pose, de musique bien sûr, on effleure des thèmes de société difficiles à traiter comme l’homosexualité et même l’inceste. Rien que cela ! C’est beaucoup, c’est même trop.

Sanchis n’a pas démérité, honnêtement aucun de ces thèmes n’est traité de manière grotesque, rien ne tombe comme un cheveu sur la soupe mais dans ce cas là, le mieux est l’ennemi du bien : certains fils du scénario sont laissés en suspens, on aurait bien aimé approfondir la réflexion mais, le film étant trop foisonnant, cela n’a pas été possible. C’est dommage, d’autant plus que – je le répète – il n’y a aucune fausse note sur les thèmes traités au cours de cette heure et demie.

Le casting est lui aussi impeccable. C’est un casting très international : la grand-mère, Angelica Aragón, est une actrice mexicaine, Diego le frère fantôme (Nahuel Perez Biscayart) est un acteur argentin, le reste est  – je crois – espagnol. Il y a un petit rôle pour Macarena García (l’actrice qui jouait le rôle de Blanche Neige dans Bianca Nieves de Pablo Berger), celui de l’assitant de la magicienne qui invoque les fantômes et surtout il y a, dans le rôle de Lupe, Elena Anaya.

Elena Anaya est une très belle actrice espagnole qui a eu des petits rôles dans Hable con ella (2002, Pedro Almodovar), Mesrine (2008, Jean-François Richet) et surtout la principal rôle – remarqué –  dans La piel que habitó (2011, Pedro Almodovar). Elle a tourné à de nombreuses reprises en Espagne dans des films qui n’ont pas franchi les Pyrénées. C’est une très bonne actrice qui trouve ici un rôle à sa mesure, multi-facettes de mère ratée puis aimante, junkie névrosée qui n’arrive pas à oublier son passé en même temps que star du rock au temps de sa splendeur. Elle a complètement le physique de l’emploi : à 39 ans, elle a l’âge du personnage principal. Elle a sa beauté et son sex-appeal pour les scènes en flashback supposées survenir 15 ans plus tôt, mais elle a aussi les cernes et les blessures de la maturité pendant les scénes dans le temps prèsent. Elle crédibilise les thèmes traités par son jeu tout en finesse, son apport au film est majeur. Et elle a une ressemblance frappante avec la Victoria Abril des années 90, ce qui ajoute au trouble du spectateur.

Je salue aussi le côté technique du film. La séance a été suivie d’une Q&A (questions – réponses) non pas avec une des stars du film mais « simplement » avec le directeur de la photographie, auquel le film doit beaucoup, Alvaro Guttierez. C’est lui qui est responsable de ces éclairages soignés, ces scènes d’intérieur à la limite du sépia qui donne un aspect vintage plutôt bienvenu a un film qui, après tout, se passe il y a ving ans (1996) avec des flashbacks sur le période du début des années 80. De surcroît – même si cela n’a rien à voir avec le film – le bonhomme est sympa, parle un très bon anglais et répond intelligemment aux questions posées ce qui est souvent une gageure pendant les Q&A.

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 Todos estan muertos est un film espagnol traitant de problèmes sociétés sérieux mais avec du sang sud-américain dans les veines par le foisonnement, parfois excessif, des thèmes qu’il brasse. Il n’empêche, c’est un premier film honorable, en attendant que la réalisatrice gagne en maturité.

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