La proie (1948) de Robert Siodmak

La proie, film de Robert Siodmak, de l’immédiat après guerre, encore un film que je ne vais nommer que par son titre original anglais qui n’a rien à voir avec la traduction française : Cry of the city.

Robert Siodmak est l’objet d’une rétrospective au BFI en ce moment donc il est probable que quelque uns des posts vont traiter de ses films. Siodmak est un réalisateur allemand, né à Dresde en 1900. Il débute sa carrière en Allemagne avant de fuir l’Allemagne nazie pour la France, puis pour Hollywood en 1939. A noter également qu’il sera l’un des rares réalisateurs à revenir en Europe (pour de bon) en 1952. Sa production y comprend presque exclusivement des thrillers et des films noirs qui restent sa marque de fabrique. Il possède un grand savoir faire dans ce domaine qu’il va mettre au service de ses principaux chefs d’oeuvre, dont Cry of the city.

Cry_of_the_city

Cry of the city est l’histoire de Marty, un criminel, qui a tué un policier en état de légitime défense et qui est aussi accusé de l’assassinat d’une vieille dame pour lui voler ses bijoux. Blessé, arrêté et mis en prison, il va s’évader et chercher à gagner l’étranger avec sa dulcinée poursuivi  – bien sûr – par la police mais aidé aussi par sa famille et par un nombre de gens qu’il parvient à séduire car le gars a du charisme, est beau parleur et plutôt roué. Son adversaire le plus acharné est le lieutenant Vittorio Candella qui a juré de le capturer.

Cry of the city est un film noir classique, qui utilise comme il se doit certains de ses codes : intrigue urbaine, flic taciturne, bandit pas complètement méchant, personnages principaux en quête de quelque chose d’assez universel (pas simplement l’appât du gain), dialogue ciselés avec phrases choc, atmosphère poisseuse, nombreux rebondissements dans l’intrigue pas toujours crédibles mais on s’en fout etc etc… Le seul élément « noir » manquant est probablement la présence de la femme fatale, élément essentiel qui transcende le film noir pour le transformer en chef d’oeuvre. Ce n’est pas le cas ici : Cry of the city n’est ni Double indemnity, ni The big sleep – deux véritables chefs d’oeuvre -, cela reste un très bon film qui fleure bon la nostalgie d’un certain cinéma pour les gens comme moi qui forment un public conquis : j’adore les films noirs, il faudrait vraiment caster Jim Carrey dans le rôle principal pour que je trouve cela décevant.

Dans le rôle principal, nous avons Victor Mature. Acteur américain mais d’orignie italienne qui jouera  – dans la suite de sa carrière – dans un certain nombre de peplums, ainsi que dans d’autres films noirs comme celui-ci. Ce n’est pas une super star d’Hollywood mais cela reste un bel acteur qui, dans ce film-ci, se voit octroyer le rôle idéal : celui d’un policier taiseux, filiforme et surtout … italien car le film se passe entirèrement dans little Italy et c’est là aussi l’un de ses grand mérites : il retrace parfaitment la vie, l’ambiance et surtout la force des liens du sang dans ces familles italiennes du New York des années 30/40. Les liens familiaux, mais aussi la connivence au sein de cette communauté, voyez un peu : le lieutenant Candella, ennemi juré de Marty qui oeuvre finalement pour l’emmener sur la chaise électrique est reçu comme un membre de la famille chez les parents de celui-ci, il appelle la mamma « Mamma » et cette dernière lui offre un bol de minestrone pour le faire patienter. Ca se passe comme ça dans Little Italy et le film montre bien ces réseaux de relations complexes au sein de la communauté.

Le rôle de Marty était d’abord promis … à Mature lui-même qui en a été dépossédé au profit de Richard Conte ce que Mature n’acceptera que de très mauvaise grâce. Richard Conte est un acteur d’origine italienne dont le rôle le plus fameux – au crépuscule de sa carrière – reste celui de Don Barzini, le parrain de la famille ennemie des Corleone dans … Le parrain. Il a là aussi la gueule de l’emploi, séducteur – des femmes dans le scénario, tout comme du public – à qui on donnerait le bon dieu sans confession, un des ces méchants sympas emblématiques des films noirs avec lequel la public est censé s’identifier. Dans ce cas là ça marche. Et c’est pourquoi le film emporte l’adhésion.

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Le reste est à l’avenant : lumière, photographie, réalisation: Siodmak sait y faire : ce n’est pas son premier film noir, ce ne sera pas son dernier non plus. Il joue à domicile, il est dans son domaine de spécialité et cela se voit. Il y a de grands moments dans Cry of the city comme celui où Marti s’évade de la prison au prix d’un plan à suspense véritablement hitchcockien, des dialogues qui font mouche (« Tu ne gagnes que $94.43 par semaine » « oui mais moi je dors bien la nuit ») et des points d’histoire fascinant lorsque la police aligne dans une salle tous les émigrants qui furent dans leur ancienne vie docteurs et qui sont interdits d’exercer la médecine aux Etats-Unis et mènent une vie misérable malgré leur qualification professionelle de grande valeur.

C’est tout cela Cry of the city, un film noir d’atmosphère, qui nous transporte dans Little Italy l’espace d’une heure et demie. Un film émouvant d’un réalisateur un peu  injustment oublié, Robert Siodmak, un orfèvre du genre.

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