Madame porte la culotte (1949) de George Cukor

Nous sommes en 1949, neuf ans après le renaissance de la grande Katharine au cinéma dans The Philadelphia story sous la caméra de Georges Cukor, l’actrice va retourner sur le plateau, toujours filmé par ce réalisateur, son ami, son découvreur, celui qui lui a fait confiance depuis son tout premier film (A bill of divorcement, 1932). Elle va aussi y retrouver l’homme de sa vie pour leur cinquième collaboration (c’est la sixième avec Cukor, le film est vraiment une affaire de famille), Spencer Tracy, ce sera Madame porte la culotte, Adam’s rib en anglais.

Le film commence lorsqu’une femme, apparemment terrorisée par son geste, fait feu sur son mari alors qu’elle l’a découvert dans les bras d’une autre. Effondrée, elle est conduite en prison. L’avocat du mari est Adam Bonner et ce dernier n’est pas vraiment emballé à l’idée de devoir plaider ces histoires de cornecul. L’affaire a fait l’objet d’un entrefilet dans les journaux ce qui a éveillé l’attention de la femme d’Adam, Amanda Bonner qui prend fait et cause pour la femme trompée, estimant – à la différence de l’opinion publique – qu’elle avait été traitée injustement dans la mesure où un homme, dans la même situation, aurait bénéficié de beaucoup plus d’indulgence et, comme Amanda Bonner est aussi avocate, elle va décider de défendre la prévenue. Le couple va donc s’affronter dans le prétoire.

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Le film est donc une comédie en même temps qu’un film de procès, en lorgnant également du côté du film militant servant la cause des femmes. C’est beaucoup, c’est même à mon avis un peu trop. Pour la comédie, le film est drôle, sans être désopilant comme pouvait l’être L’impossible Monsieur Bébé, on sourit plus qu’on ne rit. Pour ce qui est du film de procès, l’intérêt qu’on y porte dépend justement du développement de l’affaire dans le prétoire. Dans ce cas-ci, les faits sont établis, il n’y aura pas d’indices de dernière minute qui amèneraient à voir les faits sous un autre jour, il n’y a pas vraiment de moment notable où un témoin interrogé finit par s’effondrer et raconter ce qu’il voulait cacher, les fait sont et restent assez clairs, et surtout, le procès est le lieu de quelques bouffoneries qui alimentent le côté comédie du film mais qui discréditent le suspense. On est très loin de Témoin à charge (Billy Wilder, 1957) ou d’Autopsie d’un meurtre (Otto Preminger, 1959). Reste le message : nous vivons dans une société machiste où les femmes n’ont pas vraiment les mêmes droits que les hommes, quoiqu’en disent les textes officiels (constitution, déclaration des droits de l’homme), cela n’est pas acceptable, il faut lutter contre cela mais le faire implique remettre en cause les préjugés existants et s’exposer au risque d’anticonformisme où la femme est considérée comme une virago et l’homme comme une lavette. C’est un peu le message du film et il passe relativement bien, mais là encore, le parti pris de la comédie adopté par Cukor tend à l’affadir un peu. J’ai eu un peu l’impression que le film se cherchait, cherchait son style en tout cas son jamais réussir à convaincre.

Pour ce qui concerne le casting, nous sommes servis : nous n’avons à l’écran rien moins que le plus talentueux, le plus complice de tous les couples d’Hollywood (à égalité avec Bogart et Bacall peut-ètre). C’est ce film qui a défini Hepburn et Tracy comme un couple à la ville aux yeux du public. Leur complicité est patente, ils s’amusent de toute évidence à jouer ensemble et incarnent d’une certaine manière des rôles qui leur ressemblent. Hepburn est familière de la comédie et j’ai envie de dire elle a le physique pour ça : ce n’est pas une femme fatale à la Rita Hayworth ou Ava Gardner, ce n’est pas une beauté de papier glacé mais une beauté vivante, qui est irrésistible lorsqu’on lui donne les moyens d’exprimer son talent , plus dans une screwball comedy que dans un film noir. Tracy, c’est l’inverse. Il peut jouer des drames, des films noirs. Il est journaliste détective dans Keeper of the flame, joue le rôle de victime tragique dans Fury, il a l’air sévère, bourru, rablé, on l’imagine sans problème dans des films de guerre, de marins, prenant part à des bagarres, rien ne le destinait à la comédie. Il s’y est pourtant mis, est-ce l’influence d’Hepburn ? Et il y est contre toute attente remarquable. Il trouve des ressources dans son jeu pour être non pas le gros dur, mais le dur au coeur tendre, un peu emporté, un peu empoté aussi qui vient faire le parfait contrepoint d’Hepburn. C’est un acteur rare, moins connu que des gens comme Bogart, Gable ou John Wayne mais qui à la différence de ces deniers peut jouer sur absolument tous les registres avec le même talent. Il transformera l’essai deux films plus tard, dans le désopilant film de Vicente Minelli Father of the Bride.

Il faut aussi replacer le film dans son contexte. En ces années d’après guerre aux Etats-Unis, la chasse aux communistes était ouverte. Bien que non communistes, Hepburn éprouvait une forme de sympathie pour eux qui étaient persona non grata – pour ne pas dire plus – dans le pays tout entier, et même à Hollywood, pour bastion démocrate. Elle n’a jamais été sur la liste noire de la House Un-American Activities Committee mais elle a quand même eu l’honneur d’être nommée par le comité de l’Etat de Californie comme une star « following or appeasing the Communist Party line over a long period of year ». Insigne honneur dans cette période où la délation était prisée, suivi d’un rôle dans un film qui challenge clairement le bon gros modèle du mâle dominant américain, une allusion – dans le film – à un soutien au parti démocrate (à la fin), on le voit, et on s’en doute, Hepburn ne s’en laisse pas compter.

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Le film a été un grand succès, le plus grand avec Hepburn et Tracy jusqu’à présent : 3 millions de dollars pendant les six dernières semaines de 1949 – parmi les meilleurs 20 films de l’année au box office – avec une exploitation poursuivie en 1950. Le verdict – du public – est tombé, sans appel celui-la.

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2 réflexions sur “Madame porte la culotte (1949) de George Cukor

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