El niño (2014) de Daniel Monzón

Spoiler warning : ce post raconte à peu près tout le scénario de ce thriller. Donc, si vous avez l’intention de le voir … vous savez à quoi vous en tenir.

Deuxième et dernier film vu au festival du cinéma espagnol au ciné lumière : El niño du réalisateur Daniel Monzón. Un thriller nerveux qui raconte une enquête policière à Gibraltar, la traque de trafiquants de drogue avec en parallèle l’histoire d’une bande de gamins embrigadés dans cette aventure sans vraiment réaliser à quoi ils s’exposent.

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El niño emprunte beaucoup de codes au thriller classique : il y a du French connection dans la description clinique du traffic de drogue en utilisant les ports de conteneurs, il y a du Gomorra lorsqu’il montre deux gamins un peu pieds nickelés embrigadés dans un monde de violence qui n’est pas le leur, il y a du Dirty Harry dans le personnage de flic anti-conformiste et ténébreux, il y a du Usual suspects dans un certain nombre de retournements imprévus et finalement pas trop mal amenés, il y a une poursuite an bagnole comme dans Bullitt (ou comme dans Starsky et Hutch, c’est selon). Même si le film ne surpasse jamais ces glorieux modèles, il s’en tire avec bonheur et arrive contre toute attente à créer une intrigue crédible et assez captivante avec un scénario quand même un peu patchwork.

Le film a aussi ses faiblesses mais arrive à surprendre suffisamment pour les faire oublier. Un exemple : les trois jeunes filent un très mauvais coton à la fin du film et arrivent quand même à s’en tirer dans une happy end qui auraient pu être dégoulinante, aidés par les bons flics qui se sont aperçus qu’ils n’étaient pas si méchants. Mièvre, pas bon tout cela, pas bon du tout ! Mais … ce n’est pas si simple car quand même ils ne s’en tirent pas indemnes et vont ruminer un certain temps en prison les bonnes résolutions qu’ils se sont promis de prendre.

Autre exemple, une histoire d’amour parfaitement grotesque et qui n’a rien à faire ici s’amorce au milieu du film … mais dieu merci, cet artifice de scénario ne va pas tenir le haut du pavé trop longtemps. C’est heureux car, sur ce passage précis, les clichés se ramassent à la pelle: la jeune marocaine belle et prisonnière de la société patriarcale et du bled, sa belle chevelure noire dissimulée par un fichu et ses formes accortes par une jellaba bouffante traverse, en une après-midi le détroit de Gibraltar avec son prince charmant qui a troqué son cheval blanc pour un jetski avec va s’accoupler avec lui sur la plage laissant découvrir ses formes soigneusement cachées au monde de l’autre côté de la Méditerranée. C’est du lourd mais heureusement cette ficelle du scénario va faire long feu et laisser bientôt place à l’action qui est ce que Monzón fait de mieux. Mentionnons pour illustrer cela la toute première scène du film, une scène de filature absolument haletante filmée avec maestria qui scotche le spectateur à son fauteuil dès les premières minutes.

La casting est assez réussi. Le groupe des jeunes n’est pas mal choisi mais c’est celui des policiers qui force le plus le respect. D’abord, il y a le formidable Sergi Lopez dans le rôle de Vicente, le patron qui pense aux retombées médiatiques des frasques (et des loupés) de ses hommes, une sorte de Capitaine Dobey à l’accent catalan. Et surtout dans le rôle de Jésus le flic, il y a Luis Tosar. Luis Tosar, c’est un peu le Clint Eastwood du cinéma espagnol, dans ce rôle en tout cas (je l’avais vu il a y longtemps dans un excellent autre flim, La flaqueza del Bolchevique, où il tenait un rôle complètement différent). Il est absolument irrésistible et son personnage est l’exacte réplique de Dirty Harry ou de Vince Hanna (le flic dans Heat, interprété par Al Pacino) qu’il incarne avec le même bonheur : la tronche de l’emploi, juste ce qu’il faut d’impassibilité pour asseoir son personnage et un rôle somme toute taillé sur mesure dont il s’acquitte parfaitement.

Mentionnons également que contre toute attente, il y a des scènes dans El niño, en fait des répliques coup de poing qui sont … tout à fait désopilantes (comme dans Dirty Harry, pour certaines). Cela passe assez bien et c’est à mettre au crédit du film.

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J’ajoute enfin que cette guerre contre le drogue – à supposer qu’elle soit menée réellement comme cela – est un peu déprimante. Il faut une enquête minutieuse, menée pendant deux ans, avec des moyens invraisemblables et des obstacles administratifs récurrents pour arriver … à simplement saisir une grosse cargaison de drogue et comprendre un mode de transport mais sans vraiment démanteler un réseau ni même arrêter pratiquement aucun caïd. Si cela se passe vraiment comme cela, on est mal barré.

Résumons : pour moi que les films d’action américains actuels ennuient, je me suis tapé deux heures quinze de Clint Eastwood à Algesiras, dans un film nerveux, pas mal foutu et dont les quelques réels défaut sont rachetés par un savoir faire certain avec ce qu’il faut de moyens pour vous tenir en haleine. Pas grand chose à redire à cela !

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