Conte d’automne (1998) d’Eric Rohmer

Le conte d’automne est le dernier volet des contes des quatre saisons et est sorti deux ans après le précédent, en 1998.

Il raconte l’histoire de Magali. Cette dernière est viticultrice dans les côtes du Rhône. Veuve depuis cinq ans, elle mène une vie plutôt recluse dans sa ferme où elle travaille dur pour produire un vin qu’on appelerait aujourd’hui « biologique ». Elle peut tout de même compter sur l’amitié d’Isabelle, son amie d’enfance et aussi de Rosine, la petite amie de son fils Léo. Toutes deux vont se mettre en tête de l’aider à trouver un homme pour meubler sa solitude mais vont s’y prendre différemment. Isabelle, après avoir sans succès suggéré à Magali de passer par les petites annonces, va en écrire une pour elle même – bien qu’elle soit mariée -, la poster et aller au rendez-vous et essayer de ré-orienter le candidat vers Magali. Rosine quant à elle, va essayer de lui faire rencontrer son prof de philo, ex copain de Rosine par ailleurs, de façon à le « caser » avec son amie, ce qui aurait l’avantage non seulement de trouver un compagnon à Magali mais aussi de s’assurer que son ancien amant n’éprouve plus rien pour elle ce dont elle n’est pas sûre. Chacune des deux intrigantes ignore le projet de l’autre ce qui va poser des problèmes.

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L’automne y est omniprésent, non seulement en tant que saison – nous sommes dans des côtes du Rhone, c’est donc la saison des vendanges -, mais aussi de façon allégorique : les personnages sont à l’automne de leur vie, ils cherchent l’amour comme tous les personnages de Rohmer mais ils le cherchent à leur façon: il ne s’agit pas de se construire une vie mais plutôt de la remettre sur les rails, à des moments cruciaux où les enfants s’éloignent et où la solitude va se faire encore plus sentir.

Les deux rôles principaux sont joués par deux actrices rohmériennes par excellente : Béatrice Romand qui jouait déjà dans Le genou de Claire (1971) et Marie Rivière, déjà personnage principal du Rayon vert et de La femme de l’aviateur. Ces personnages sont joués de façon « rohmérienne », c’est à dire peu réaliste, les dialogues sont déclamés et les actrices sont en fait le porte voix du discours que le cinéaste veut faire passer. C’est un classique du cinéma de Rohmer, cela m’aurait probablement plus gêné … si je ne m’y était pas habitué.

Les autres acteurs sont plus convaincants : Didier Sandre qu’on ne présente plus est très bien dans le rôle du prof de philo tombeur, qui sort avec des étudiantes qui pourraient être sa fille, la délicieuse Alexia Portal est craquante dans celui de Rosine et Alain Libolt, qui joue le rôle de Gérald, l’homme des petites annonces, est parfait. Lui non plus ne joue pas de façon réaliste mais son jeu maniéré fait merveille dans ce rôle là, si on le considère sous le plan de la comédie.

Car c’est bien de comédie qu’il s’agit. Certes, c’est toujours du Rohmer, il s’agit de faire parler d’amour à des personnages qui sont pour certains des épures mais Rohmer utilise plus que dans n’importe lequel de ses autres films l’arme du rire. Conte d’automne est certainement le plus drôle des films de Rohmer. Le cinéaste assume complèment l’héritage de Marivaux (bien qu’il s’en défende dans les interviews) : nous avons comme dans L’ami de mon amie et La femme de l’aviateur des situations marivaldiennes, ce n’est pas nouveaux chez Rohmer, mais là nous avons en plus le rire provoqué souvent par des situations relativement théâtrales : le quiproquo, ou l’ironie dramatique.

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Le film décline les thèmes rohmériens récurrents du style « les filles peuvent-elles sortir avec des hommes plus âgés » (Conte de printemps, Le genou de Claire), le refus des filles, à l’écran, de comettre le péché de chair avec leur copain – c’est le cas de Rosine et Léo- aussi présent dans Conte d’été ou Ma nuit chez Maud, également rétrospectivement, Rohmer est toujours aussi incroyable pour donner la photographie d’une société à un instant donné. Les films de Rohmer sont des films d’avant le téléphone portable, où les gens ont des problèmes pour se joindre au téléphone (« Je t’ai appelé plusieurs fois mais tu n’étais pas là » dit Léo à Rosine), ce film est aussi un film d’avant l’internet dating où on utilise des petites annonces dans les journaux pour faire se rencontrer des couples potentiels.

Conte d’automne est le pendant de Conte d’été tout en étant son antithèse : le jeu n’est pas réaliste tandis que celui de Conte d’été l’était, l’histoire en revanche est terre à terre, on devrait dire il y a une vraie histoire, tandis que Conte d’été mettait plutôt en scène des personnages à valeur de symbole, pour illustrer un discours plus général sur l’amour et les relations entre les hommes et les femmes. Il n’y a rien à dire là-dessus, même si il aspire moins à l’universel, le film ne s’en laisse pas moins regarder sans déplaisir.

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