Dallas Buyers Club (2014) de Jean-Marc Vallée

Dallas Buyers Club, c’est le club des acheteurs de Dallas. Acheteurs de quoi ? Vous ne devinerez jamais ! Tout simplement de médicaments contre le sida ! Un club peu commun donc mais dont l’existence se justifie par les circonstances.

Le film commence en 1985. L’acteur de cinéma Rock Hudson venait juste de mourir d’une nouvelle maladie terrifiante et assez peu connue dont le virus n’a été découvert que deux ans auparavant : le SIDA. On a constaté à l’époque que la maladie touchait surtout la communauté homosexuelle et dans le milieu homophobe des cowboys de Dallas – en fait des gens qui pratiquent le rodeo, un peu comme on pratique la corrida chez nous -, on s’en fiche un peu des maux qui peuvent affecter les « tapettes ».

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On s’en fiche jusqu’à ce qu’un de ces flamboyants cowboys, Ron Woodroof, se découvre contaminé. Après un court moment d’incrédulité, les médecins ne lui prédisent que 30 jours à vivre vu sont état et vu l’absence de remèdes disponibles. Oui, mais voilà, des remèdes, il y en a, enfin, il y en a … à l’essai. Le médicament qui sera le plus utilisé pour le traitement du SIDA avant l’arrivée des tri-thérapies dans les années 1990, l’AZT, n’est pas à l’époque autorisé par la Food and Drug Administration (FDA) et n’est donc pas en vente libre. Le mieux qu’on puisse proposer à Ron est de participer aux test préalables à la mise sur le marché en faisant partie de la population à qui on donne le médicament pour en constater les effets … ou à qui on donne un placebo pour contrôler. Inutile de dire que Ron, avec ses 30 jours qui lui restaient à vivre, n’était pas très emballé par l’idée et à vite envoyé tout le monde promener.

Il va s’agir pour Ron de se procurer ces médicaments illégaux, au Mexique d’abord puis un peu partout dans le monde pour son usage personnel certes mais aussi pour les vendre à qui en voudra, moyennant une souscription de 400 dollars pour être membre du Dallas Buyers Club. Ron est un entrepreneur et il va s’adjoindre les services d’un « commercial » hors pair qui connait bien les potentiels clients : le transexuel Rayon, et tout deux vont faire fructifier le petit business et se trouver confrontés aux méchants de la FDA qui vont leur mettre des bâtons dans les roues. En même temps et à force de travailler avec Rayon, les préventions de Ron contre les homosexuels vont s’en trouver ébranlées.

Un scénario original mais qui, si on y prête un peu attention, recycle tous les poncifs du film américain à oscars (ce que le film est). Nous avons donc :

  • un héros américain classique, cowboy incarné par un acteur star et aimé du public, Matthew Mcconaughey
  • la rédemption bien sûr d’un personnage au départ homophobe qui va non seulement changer d’opinion mais procurer une aide précieuse à la communauté homosexuelle de Dallas
  • les méchants bien s­ûr, personnages primaires, aucune once de compassion chez eux, tout d’un bloc et sans grande profondeur : les docteurs et la FDA
  • la lutte du petit poucet Ron /  David contre la FDA / Goliath avec donc l’administration dans le rôle du méchant – les libertariens américains ont dû approuver –
  • le talon d’Achille des méchants : la jeune docteur, enrôlée malgré elle dans un système dont elle ne comprend pas les rouages au départ et qui s’en désolidarise avec fracas à la fin
  • ce talon d’Achille est une femme (Jennifer Garner), jolie, et va bien sûr avoir une aventure avec le héros

Je vous le dit, tout y est. En fait le film mélange un sujet vraiment original avec un traitement des plus classiques, pire, prévisible ! Il a néanmoins fait son office : après une sortie millimétrée en novembre 2014 aux Etats-Unis, le film a été nominé six fois aux oscars et a reçu trois statuettes: meilleur acteur  (Matthew Mcconaughey), meilleur acteur dans un second rôle (Jared Leto dans lerôle du transexuel) et meilleur coiffure et maquillage, tout trois mérités à mon avis.

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Car c’est là ce qui rachète le film : oui, c’est un produit calibré, sans grande originalité mais qui donne à d’excellents acteurs les moyens d’exprimer leur talent, au premier rang desquels Matthew Mcconaughey. Les techniciens aussi. On ne s’en aperçoit pas mais la différence de maquillage entre le flamboyant Ron homme d’affaire et Ron malade du SIDA en phase terminale est véritablement stupéfiante. Le thème enfin original même si il est développé de manière archi-conventionnelle. Tout cela fait de ce film un film moyen et certainement pas haïssable comme les premières lignes de ce post auraient pu le faire croire.

La flèche du Parthe avant de conclure. Ce film raconte l’histoire d’un personnage, Ron Woodroof, ayant vraiment existé, donc le réalisateur a forcément des comptes à rendre avec l’Histoire et il devrait avoir, dans ce film selon moi, une exigence de réalisme pas vraiment atteinte. La scène des trentes jours « Vous allez mourir dans trente jours » et le rétablissement spectaculaire du héros frais comme un gardon après avoir pris de l’AZT plus un cocktail de vitamines à partir du 28ème jour n’est pas vraiment crédible.

Et enfin, puisqu’on nous narre l’histoire du SIDA, à aucun moment n’est mentionné de préservatif. Les héros contaminés ont des relations sexuelles, je pense personellement qu’elles sont non protégées. Cela est peut-être explicable car les modes de contamination n’étaient pas encore connus et le préservatif pas encore recommandé mais cela veut dire qu’ils contaminaient allègrement leur partenaires – fait gentiment passé sous silence pour ne pas négativiser les héros positifs -. Où, possibilité inverse, le fait était connu, tout le monde use de la capote mais on ne le mentionne absolument pas dans le film. Est-ce pour ne pas offenser les ligues de vertu américaines en faisant référence, dans un film familial, à cet objet diabolique ? Je n’en sais rien, mais pour un film sur le SIDA, je trouve que la capote vient à manquer.

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