Mean streets (1973) de Martin Scorsese

C’est une histoire somme toute assez banale. Un jeune réalisateur en herbe, au début des années 1970, arrive péniblement à collecter un petit budget pour faire un film. Il s’adjoint l’aide de deux acteurs débutants dans les rôles principaux, tourne principalement en extérieur – c’est moins cher – et finit par faire son film. Une histoire toute simple, d’un fou de cinéma qui aura finit avec l’aide de quelques pieds nickelés comme lui par réaliser son rêve. Une histoire qui aurait pu s’arrêter là.

Oui mais voilà. Le réalisateur répond au doux noms italien de Martin Scorsese, quant aux deux acteurs, il s’agit d’un certain Robert de Niro ainsi que de Harvey Keitel. L’Histoire du cinéma s’est emballée et ce film, Means streets donc, y restera comme le film qui a mis le pied de ces trois là à l’étrier.

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Mean street donc. Scorsese a de la suite dans les idées. Il avait auparavant fait une sorte de film, un « projet de réalisation » de commande appelé Boxcar Bertha pour lequel un certain John Cassavetes lui aurait asséné : « You’ve just spent a year of your life making a piece of shit. ».  « un certain Cassavetes », « un certain Scorsese », tout le monde, dans cet Hollywood fauché des années 1970 qui essaie de se réinventer, se la joue modeste, les egos surdimensionnés n’arriveront que plus tard, avec l’avénement du blockbuster.

Modeste, le budget du film l’est aussi : il aura été tourné en 27 jours, six seulement a New York – pour un film se présentant comme la quintessence du film newyorkais, c’est un comble – et le reste a Los Angeles car c’était moins cher. Des techniques nouvelles comme filmer caméra à la main ont été utilisées, Scorsese a monté le film lui même de façon à ne pas s’aventurer hors des clous budgétaires.

Le film raconte l’univers que Scorsese et de Niro connaissent bien. Celui de Little Italy, de ses voyous, ses apprentis gangsters, ses mafieux à la petite semaine qui jouent aux caïds pour récolter quelques dollars … qu’ils iront sans plus attendre reverser à leur parrain qui n’a d’ailleurs guère plus de pouvoir qu’eux. C’est l’envers de la mafia du parrain de Coppola, sorti un an plus tôt, qui nous est montrée dans Mean street, celle des besogneux, des soutiers du racket et des rades crasseux.

Une histoire singulière se détache de cet univers mafieux new yorkais. Celle de Charlie, petit mafieux motivé, consciencieux et mais en même temps craintif, je dirais même « gentil ». Gentil, certes pas avec les pauvres bougres qu’ils rackette, mais d’abord avec sa fiancée, Teresa, une pauvre fille souffrant d’épilepsie et qui, de ce fait, n’est pas véritablement appréciée dans le mileu et que Charlie aime tendrement et soutient courageusement. Gentil aussi avec Johnny Boy, le cousin de Teresa, une sorte de tête brûlée, à côté de le plaque, ne faisant rien de ce qu’on lui dit de faire et surtout – c’est là le plus grave – devant de l’argent à des gens peu fréquentables, qu’il vaut mieux ne pas avoir pour débiteurs.

Charlie est du surcroît le neveu du parrain local et se trouve dans une situation à peu près impossible où il s’agit d’être un mafieux exemplaire pour faire plaisir à son oncle, il veut protéger Johnny  Boy et défendre Teresa au risque de passer pour un looser car il a misé sur le mauvais cheval, et il souhaite aussi plaire à … Dieu car il est également très catholique. Une véritable gageure.

Une belle histoire que celle de Mean streets. Un film plaisant même si le génie de Scorsese n’est encore qu’en germe, il n’a pas encore le budget pour se déployer pleinement. C’est un film réaliste bien fait, qui atteint son but. Je ne crie pas au génie mais c’est un film plaisant à voir et intéressant pour ce qu’il nous montre du savoir d’un débutant qu’on reverra pendant longtemps : Martin Scorsese.

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C’est aussi un film de son temps. Les ors des studios et des stars d’Hollywood sont grandement défraîchis, l’époque est aux films audacieux, aux  nouveaux visages – acteurs et réalisateurs – qui ne se la jouent pas trop. Liz Taylor n’occupe plus le haut du pavé, Spielberg et Lucas pas encore. Nous sommes au milieu d’une époque entre Cléopâtre et Les dents de la mer où Hollywood est fauché, un moment unique dans l’histoire de cette industrie.

La nostalgie étreint encore plus le spectateur lorsqu’il visionne Harvey Keitel dans son premier film d’importance, tout maigre et les traits juvéniles malgré les 34 ans qu’il avait à l’époque et bien sûr Robert de Niro, dans un rôle de chien fou qui nous est plus familier mais là encore dans un de ses tout premiers films, le premier qui sera passé à la postérité en tout cas.

Scorsese aura finalement gagné son pari. Le film est bon et surtout apprécié. La critique l’a en général bien reçu. La grand manitou Pauline Kael, critique du magazine The New Yorker adoubera le film en écrivant que c’est « a true original, and a triumph of personal filmmaking » and dizzyingly sensual ». Il aura beaucoup moins de mal à convaincre les producteurs pour son prochain projet : l’histoire d’un vétéran du Vietnam qui se désole de la dépravation qu’il observe à New York a volant de son taxi. Le titre de son futur film ? Taxi driver. Mais ça, c’est une autre histoire.

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4 réflexions sur “Mean streets (1973) de Martin Scorsese

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