Frances Ha (2012) de Noah Baumbach

Frances Ha est un film sorti en 2012, le premier film qui réunit le cinéaste américain Noah Baumbach et sa compagne, Greta Gerwig, jeune new yorkaise de 32 ans qui non seulement tient le rôle principal mais qui, en plus de cela, va également co-scénariser le film.

Ces deux là (qui viennent de sortir leur deuxième film ensemble, Mistress America en 2015) sont à mon avis des noms à retenir dans le monde foisonnant du cinéma américain. Leur notoriété va croissant dans les réseaux indépendants, leurs productions sont attendues à leur sortie et leur noms apparaissent de plus en plus à l’affiche des grands festivals : en sélection officielle ou parmi les membres du jury.

Frances_ha

Frances Ha est un film clairement new yorkais. Il raconte l’histoire d’une jeune fille un peu fofolle, Frances, qui noue une amitié fusionnelle avec sa co-locataire, Sophie. Celle-ci le lui rend en partie seulement : elle accepte l’amitié envahissante de Frances mais sait la tenir a distance pour des choses « importantes » : l’appartement où elle va vivre et surtout ses relations avec les hommes ce que Frances peine à comprendre. Le film va suivre la destinée de Frances, ses désillusions, ses difficultés à joindre les deux bouts, ses peines et ses joies.

Le film est new yorkais et donc met en place des « gens cools », comme dans Sex and the city pour citer l’avatar le plus connu de la coolitude new yorkaise. Sophie est cool, mais c’est d’abord Frances qui incarne la quintessence du cool, de la même façon que les artistes montmartrois et leur vie de bohème faisaient rêver au début du siècle dernier même si la réalité s’avérait souvent moins rose.

Le film, tout comme son personnage principal a une énergie peu commune, va toujours de l’avant ce qui le rend plutôt sympathique et cette énergie sera nécessaire à Frances pour maintenir le mode de vie qui est le sien et auquel elle tient. Elle vit au coeur de New York, en flat sharing avec un loyer cher qu’elle a du mal à payer. Elle travaille comme répétitrice dans une école de danse et ne touche de salaire … que quand elle a du boulot. Intermittente de spectacle au pays du « swim or sink » où le régime français n’a tout simplement pas cours, elle est constamment sur le fil du rasoir. Son optimisme est vital pour lui faire tenir le coup et c’est vraiment ce qui rend le personnage – interprété par Gerwich qui donne vraiment l’impression de jouer son propre rôle tellement elle y est à l’aise – à la fois sympathique mais aussi horripilant.

C’est vrai qu’elle rame mais elle l’a peut-être aussi un peu cherché. Comme le personnage d’Anna Thomson dans Sue perdue dans Manhattan, elle a la vie dure mais ne fait pas les choses qu’il faut pour se la rendre plus simple. Comme les artistes montmartrois déjà évoqués, elle aurait pu être employée de banque, se trouver un petit copain bien friqué et se faire entretenir par lui mais elle a choisi la bohème avec tout ce que cela comporte. Et dans l’imaginaire occidental qui est aussi le mien, ces grands artistes Utrillo, Bruant, Toulouse Lautrec, n’auraient peut-être pas été ce qu’ils sont si ils étaient nés dans une famille bourgeoise et formattés pour reprendre le cabinet de papa. C’est pareil pour Frances.

Les autres personnages sont bien entendu nécessaires, chacun d’entre eux matérialise une des épreuves qu’aura à rencontrer Frances mais aucun ne suscite beaucoup d’empathie. Tous nagent dans l’aquarium du milieu branché new yorkais mais tous ne s’y déplacent pas avec la même aisance. Sophie s’y trouve assez bien car elle a un petit job qui lui permet de payer le loyer et elle a les pieds sur terre, elle est je dirais « normale », comme la plupart d’entre nous et donc plus « ennuyeuse » que Frances. Les deux gars avec lesquels Frances partage son second appart sont de pseudos artistes qui n’ont pas besoin du régime des intermittents car ce sont des « fils de » qui peuvent payer à deux le loyer d’un trois pièces, s’offrir les services d’une femme de ménage en extra et aussi déménager dans un quartier plus chic si ils le souhaitent montrant en creux la misère de la petite Frances.

Stylistiquement, le film prend des risques, parfois à bon escient, parfois moins mais l’impression d’ensemble est positive. Il y a des bonnes trouvailles comme l’insertion de cartons avec le code postal de l’endroit où va se passer la scène suivante pour matérialiser un changement de lieu, également l’usage du noir et blanc colle assez bien au film, lui donnant une touche vintage, une touche arty qui confortent son identité sans donner l’impression de superflu, de gimmick comme c’est le cas parfois pour ce genre d’afféteries superposées sur un film.

Frances_ha1

Pour ce qui est de la fin : la toute fin, les 30 dernières secondes sont un petit clin d’oeil amusant et plutôt bien trouvé (je ne dévoilerai rien), espiègle, inventif parfaitement à l’image du film mais les cinq dernières minutes laissent une impression plus mitigée : en gros : Frances a été dans la dèche pendant une heure et demie de film mais comme par miracle elle arrive a s’en sortir et à monter un spectacle qui sera le marchepied vers le succès et la possibilitié de subvenir elle-même à ses besoins. C’est beau, c’est mignon, mais c’est un peu plaqué, un peu comme une fin d’un réalisateur novice qui souhaite à tout prix terminer son film et qui ne sait pas trop comment s’y prendre car il n’y a pas pensé avant.

Rien de bien grave cependant, Frances Ha contient la plupart des éléments du « premier film prometteur » (ce n’est pas du tout le premier film de Baumbach pourtant mais c’est le premier du tandem Baumbach Gerwich) : créativité, peu de moyens, humour décalé avec parfois une petite tendance à l’outrance – il faut bien se ménager des axes de progrès- . On attend la suite !

Tous les films

Publicités

2 réflexions sur “Frances Ha (2012) de Noah Baumbach

  1. Pingback: Manhattan (1979) de Woody Allen | Ecran noir - London

  2. Pingback: Table des matières | Ecran noir - London

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s