Les chiens errants (2013) de Tsai Ming Liang

Chers amis lecteurs, ce post est le centième de ce blog ! Je n’aurais jamais cru aller si loin lorsque j’ai commencé ce blog il y a vingt mois.

Les chiens errants, en anglais Stray dogs, est un film taiwanais, co-production franco-taiwanaise de réalisateur Tsai Ming Liang. Cela doit être son neuvième film. De lui, je n’avais vu auparavant qu’un seul film : Et là-bas, quelle heure est-il ? (2001) qui ne m’avait pas spécialement emballé, mais bon, rien non plus de rédhibitoire.

Chiens_errants

Ce film a aussi provoqué un quiproquo dans la mesure où il porte exactement le même titre qu’un autre film d’un autre réalisateur asiatique – Akira Kurosawa – qui a tourné un histoire de gangster en 1949 portant ce titre. Je me suis donc naïvement imaginé au départ qu’il s’agissait d’un remake.

Pas, mais alors pas du tout ! Le film raconte l’histoire d’un homme plus ou moins clochardisé qui vit dans une sorte de bidonville à Taipei avec ses deux enfants qui essaient de s’occuper pendant la journée et trouver vaguement de quoi manger. A la fin, ils (le père et les enfants) sont recueillis chez une femme qui s’est apitoyée sur le sort des enfants en les voyant déambuler toute la journée dans les allées du supermarché dont elle est chef de rayon.

Cela n’a pas l’air mal comme synopsis, non ? Eh bien … comment dire c’est plutôt trompeur.

Le film dure deux heures et quart et est absolument interminable. Chaque plan dure, sans mentir, environ cinq minutes. Et en caméra fixe avec des acteurs qui ne bougent somme toute qu’assez peu. C’est extrêmement longuet, croyez-moi. Il n’y a pas de mal à faire un film « lent » mais cela suppose qu’il y ait un dessein derrière que chaque plan soit chargé d’une émotion qui maintienne l’attention du spectateur au niveau. Ce n’est pas le cas ici en ce qui me concerne.

Je suis allé voir ce film avec un ami et en ai discuté avec lui le lendemain. Il avait compris plus que moi du film et pensais que le film dévoilait l’histoire de cet homme qui en fait avait tué sa femme ce qui avait causé sa clochardisation ce que l’homme rejoue à l’écran en massacrant un chou rapporté par ses enfants du supermarché. Je passe sur ces détails, ce n’est pas très important, ce que je voudrais souligner est le processus qui a fait que j’aie put passer complètement à côté des ces éléments importants de scénario.

En fait, la courbe de l’attention portée à un plan fixe où les acteurs sont immobiles décroît bien entendu avec la longueur du plan. Pendant la première minute, vous regardez l’écran et mettez la situation en relation avec ce que vous avez compris de l’histoire. Pendant la deuxième minute, c’est encore supportable et l’attention commence à baisser, la troisième minute, vous trouvez cela gonflant, la quatirème minute du plan (ni la caméra, ni les acteurs n’ont bougé), vous vous dites qu’il va falloir penser à arroser les plantes en rentrant ou vous faites mentalement votre liste de courses pour demain, la cinquième minute, vous pensez au dîner organisé le lendemain par votre copain X et vous réjouissez de revoir votre ami Y qui va vous raconter ses vacances et lorsqu’arrive le prochain plan : vous avez perdu le fil. C’est à gros traits ce qui s’est passé pendant Les chiens errants et la raison pour laquelle j’ai zappé pas mal d’éléments du synopsis.

Le pompon est probablement pour le dernier plan qui suit la même logique mais qui ne dure pas cinq minutes mais un bon quart d’heure (et là encore avec caméra et acteurs bougeant à peine : pendant ce quart d’heure, l’acteur masculin va mettre la main sur le cou de l’actrice et peut être tenter de l’embrasser – je ne sais plus – c’est long, très long !). Je n’avais jamais vu ça. C’est un peu comme si vous regardez un beau tableau dans un musée mais que vous êtes obligé de le regarder pendant cinq minutes même si deux minutes suffisent largement pour vous en imprégner. Contraignant !

J’ai dit « beau tableau » (voici le début de la section « sauvetage du film », il y a du boulot !), à dessein car la filmographie te Tsai Ming Liang est magnifique. La lumière est utilisée merveilleusement, certaines scènes de nuit (le diîner de nouilles sous le pont, la fuite en bateau et le kidnapping des enfants) sont magnifiquement éclairées un peu à la manière d’un autre cinéaste asiatique : Wong Kar Wai, période Les anges déchus (1997). Je voudrais aussi souligner un autre plan bouleversant où on voit l’homme au « travail », debout sur le petit terre plein en béton à la jonction de deux autoroutes, tenant une pancarte faisant la publicité d’appartement chics dans un quartier huppé de Taipei. Un job d’homme sandwich, huit heures par jours sans presque bouger sous une pluie battante, protégé par un poncho en plastique au couleurs criardes, le visage impassible, à absorber le bruits du traffic incessant ainsi que les gaz d’échappement et tout cela pour une poignée de dollar taiwanais qui lui permettront de s’acheter, à lui et à ses enfants quleques nouilles pour le repas du soir. Cette scène est véritablement poignante même si, après trois minutes … on a compris.

Chiens_errants1

Le film a gagné le prix du jury au festival de Venise ainsi qu’un assez bon accueil critique. J’ai essayé de comprendre un peu pourquoi. En fait il semble que les critiques enthousiastes aient « tenu le choc » pour la longueur des plans. On a mentionné Warhol (que je n’aime pas du tout .. c’est peut-être pour ça !), Beckett, je n’ai rien vu de tout cela. Il faut se rendre à l’évidence : Les chiens errants est un film expérimental, d’un réalisateur confirmé qui a reçu un plutôt bon accueil critique mais à côté duquel je suis complètement passé.

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2 réflexions sur “Les chiens errants (2013) de Tsai Ming Liang

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