Belle de jour (1966) de Luis Bunuel

Séverine Sérizy est une belle jeune femme, mariée depuis un an à un chirurgien aisé, fou d’amour pour elle. Malheureusement, Séverine s’ennuie dans son grand appartement de l’avenue de Messine et étant de surcroît frigide, elle se prend à fantasmer sur des séances sado-masochistes, avec ou sans son mari. Un jour, ayant entendu qu’une de ses connaissances se prostitue dans un bordel, elle décide elle aussi de s’y mettre. Elle devient donc Belle de jour et rencontre un grand succès.

Voilà en gros la trame de Belle de jour, le film de Luis Bunuel, avec dans le rôle de Séverine, la très très belle Catherine Deneuve. On comprend que le public – masculin – ait été séduit par un synopsis pareil et ait été plutôt comblé par ce qu’il a vu sur l’écran.

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Mais trêve de plaisanterie qu’en est-il ? Le film développe le serpent de mer des fantasmes masculins, la femme qui se prostitue mais pas par besoin d’argent. Par perversité, par désoeuvrement, par curiosité, vous choisissez, le réalisateur, qui n’en a aucune idée lui même se gardera bien de vous suggérer une réponse. Le sujet sera repris dans un  – très mauvais – film de François Ozon déjà commenté sur ce blog. Ozon, ne faisait rien de son sujet. Bunuel non plus. On aurait pu espérer une réflexion sur ce qui pousse cette femme à se prostituer, ses tourments intérieurs, l’action de la société, je ne sais pas moi, un tout petit peu de psychologie, en fait on se prend à attendre les scènes « spéciales » où on a Catherine Deneuve qui se fait fouetter puis violer, jeter de la merde sur tout le corps, puis une séance de nécrophilie, on a Deneuve nue (de dos), Deneuve en soutien-gorge et jarretelles, voilà ce que j’aurais retenu du film. C’est un peu maigre.

On se plait à retrouver des acteurs qu’on aime dans quelques seconds rôles : Francis Blanche en Monsieur Adolphe et François Maistre (le monsieur Faivre des Brigades du tigre) en « Le professeur », deux clients un peu loufoques, la jeune Macha Méril, Michel Piccoli dans un rôle de cynique deus ex machina qui lui sied à merveille, tout cela est fort bien, mais le reste est vraiment ennuyeux.

Oui Deneuve joue bien, elle sera d’ailleurs nominée aux BAFTA (l’équivalent des oscars en Angleterre), Piccoli aussi, le film annonce des films sexuellement plus libérés qui feront florès dans la décennie 70, mais annonce peut-être aussi une attitude largement développée maintenant : celle de la nécessité de montrer ses fesses pour promouvoir sa carrière. C’est d’autant plus ridicule que Deneuve n’a vraiment pas besoin de cela pour prouver qu’elle est une grande actrice mail il est vrai qu’à l’époque, elle était en début de carrière (ce film suit immédiatement Les demoiselles de Rochefort).

Le scénario est tiré d’un livre de Joseph Kessel, écrit en 1928 il est vrai. Egalement l’adaptation est signée par le talentueux Jean-Claude Carrière à quatre mains avec Bunuel, j’imagine que c’est ce dernier qui a suggéré de changer la fin du livre de Kessel dans le film pour faire un épilogue … incompréhensible, en fait je devrais dire non compréhensible : ce n’est pas qu’on ne comprend pas, c’est qu’il n’y a rien a comprendre. Bunuel est d’ailleurs coutumier du fait : il avait déjà bâclé, non pas la fin de Viridiana. mais le film Viridiana (tout entier) par une fin ridicule. Ici, le dommage est moins sévère : Viridiana était un super film … ruiné par sa dernière scène, Belle de jour un est film médiocre avec une fin grotesque.

Quelques anecdotes de tournage glanées dans mes lectures pour égayer ce post : le statut de la scène de nécrophilie est ambigu : Bunuel réalisateur pensait que c’était une scène réelle, Carrière scénariste une scène fantasmée :  ils ne se sont pas mis d’accord et le film ne tranche pas. Autre histoire rigolote : lorsqu’il s’est agit de jeter de la merde sur Catherine Deneuve dans un autre des fantasmes, personne dans l’équipe n’a voulu s’y coller. Il a fallu que le fils de Bunuel, Juan Luis, se fasse violence. En fait de merde, il s’agissait – dit-il – de yaourt au chocolat plutôt goutû.

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Que dire d’autre. Belle de jour m’a fait l’impression d’un film « de mec ». Bunuel a atteint la notoriété et en use pour mettre ses fanstasmes de vieil érotomane sur l’écran. Il n’y a pas un sou de psychologie féminine dans Belle de jour alors que c’est précisément ce qui aurait pu faire la richesse du film. C’est peu différent de ce que faisaient les surréalistes, mais les surréalistes c’était dans les années 30 : recycler les codes d’un mouvement artistique surranné, qui n’a d’intérêt que remis dans son contexte, c’est un peu court mais c’est ce que fait le film.
Voilà.Je sais que la vox populi est contre moi mais comme vous l’avez compris, je n’aime pas Belle de jour. Sauf évidemment pour se rincer l’oeil.

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Une réflexion sur “Belle de jour (1966) de Luis Bunuel

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