La French (2014) de Cédric Jimenez

La French est un polar français mais qui lorgne sur ses grandes soeurs américaines. De ce côté ci de l’Atlantique, on trouve le scénario : une bonne grosse histoire du milieu marseillais auquel s’attaque un juge aux méthodes peu orthodoxes. C’est une histoire vraie et ce juge, Pierre Michel, est un personnage réel qui entrera dans l’histoire en se faisant assassiner le 21 octobre 1981. Le parrain aussi est un personnage réel, c’est Gaétan Zampa, caïd des caïds dans les années 70 qui survivra au juge mais qui se suicidera en prison le 16 août 1984, quelque temps après son arrestation. Côté américain, une manière de filmer résolument moderne, caméra à l’épaule pendant des scènes d’action assez nerveuses, pas un seul temps mort, des hommes présentés à leur avantage comme des héros au risque de sombrer un peu dans le stéréotype.

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Le casting est de qualité. Dans le rôle du juge : Jean Dujardin, sobre incarnation de la droiture de la justice et crédible en juge cow boy qui prend des libertés avec la procédure pour arriver à un résultat. Dans le rôle du parrain Zampa, Gilles Lellouche, acteur moins connu mais non moins méritant, lui aussi à son aise de son rôle de parrain flambeur mais aussi plutôt madré, qui possède une bonne capacité de survie dans les eaux troubles du milieu marseillais. Les deux hommes, et c’est essentiel, donnent une substance à film exclusivement construit sur leur affrontement.

On peut aussi mentionner des seconds rôles judicieusement choisis : les actrices féminines font leur boulot – il faut dire qu’elles n’ont pas grand chose à faire. Même si certaines féministes s’en sont plaintes, c’est en général la règle dans les films de mafia -, il s’agit de Mélanie Doutey (la femme de Zampa) et Céline Salette (la femme de Michel), dans le rôle du « fou », inspiré du réel truand Jacky Le Mat, Benoît Magimel, Gérard Meylan a quitté Gédiguian pour un policier véreux et Fédor Atkine joue, contre toute attente  … Gaston Deferre, le maire de Marseille qui devient, pendant le film, ministre de l’intérieur. Tous ces acteurs de talents ont un rôle anecdotique dont ils s’acquittent bien mais ne servent en fin de compte qu’à seconder Dujardin et Lellouche.

Le film est un film de gangster, sans prétention et de son temps. C’est un film nerveux, rapide qui connaît les codes du genre et arrive à tenir le spectateur en haleine. On pourrait aussi objecter qu’il n’en fait pas plus qu’un épisode de 24 heures. C’est certainement vrai. Le film voudrait aspirer au grandiose, soit par son scénario (l’histoire de Juge Michel) soit par quelques scènes (l’unique rencontre Dujardin Lellouche sur la corniche rappelant la rencontre Pacino De Niro dans Heat) mais n’y arrive pas vraiment. D’une part Jimenez n’est pas Michael Mann et d’autre part, je dois avouer que la première chose que j’ai faite ne rentrant à la maison fut ..  de vérifier sur internet quelle fut la vraie histoire du juge Michel pour voir les éléments du scénario qui étaient réels et ceux inventés. Et j’ai été surpris de constater que presque tout est vrai. Certes Wikipedia n’affirme pas que les ramifications de la pègre marseillaise et des flics ripoux remontaient jusqu’à Deferre mais tout le reste est plus ou moins véridique. C’est un constat d’échec pour le film d’une certaine manière de ne pas arriver à convaincre de sa véracité le spectateur curieux, le « syndrome Ken Loach »: il raconte une histoire atroce mais vraie mais il ne film pas assez bien pour qu’on y croie.

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Lellouche et Dujardin se ressemblent assez physiquement à tel point qu’à certains moment, on n’est pas loin de les confondre. Et Jimenez a voulu en faire plus, et probablement trop, sur le parallélisme entre les deux personnages en suggérant que Michel a été accro aux jeux d’argent quand il était plus jeune (ce qui est faux et ce qui a fait que la famille de Michel s’est élevée contre le film) et tandis que le monde et la vie de Zampa tourne autour de l’addiction – à la drogue avec la came qu’il vend et sa propre addiction au pouvoir et à l’argent -. Les deux hommes sont de surcroît tout deux de bon pères de famille qui aiment femmes et enfants même si leur vie trépidante ne leur permet de leur consacrer tout le temps qu’ils méritent. Pourquoi pas après tout mais une fois ces correspondances montrées … il n’en fait rien. Scorsese ou Michael Mann nous auraient probablement fait entrevoir le côté dual de la nature humaine, le côté sombre qu’il y a en chacun de nous, Jimenez, prisonnier de son scénario dont il ne peut se départir  – les personnages sont réels – n’en fait rien.

En fin de compte, on en arrive à regretter que Jimenez se soit inspiré de la vie – et de la mort – de Pierre Michel pour son film. Il n’a pas assez de talent pour narrer dans le détail cette destinée tragique (quel sujet en or !) et faire en sorte que le spectateur y croie, mais il a suffisamment de talent pour tenir le spectateur en haleine pendant les deux heures quinze du film. Et tout compte fait, c’est déjà pas mal.

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