A nos amours (1983) de Maurice Pialat

A nos amours est un long métrage du réalisateur Maurice Pialat, film précédé dans sa filmographie par Loulou (1980) et suivi par Police (1985). C’est aussi et surtout le premier film d’une débutante de 15 ans qui va crever l’écran et va devenir une des meilleures actrices de sa génération : Sandrine Bonnaire.

L’histoire se passe dans une famille un peu déstructurée où la fille cadette, Suzanne, 16 ans, découvre la sexualité pendant les vacances d’été avec un américain de passage, et traine, une fois rentrée à Paris, avec une bande d’amis. Elle couche avec certains d’entre eux mais jamais avec celui dont elle est vraiment amoureuse, Luc, allant jusqu’à le repousser lorsqu’il lui fait des déclarations d’amour trop empressées. A la maison, Suzanne voue une admiration sans bornes à son père mais celui-ci va quitter le foyer conjugal laissant seul à la maison, Suzanne, sa mère à moitié folle qui traite la jeune fille de trainée, et le frère aîné qui pour mieux soutenir sa mère qu’il adore prend systématiquement son parti allant même jusqu’à battre Suzanne.

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A nos amours est un film assez simple montrant l’initiation sexuelle ainsi que les doutes et le questionnement d’une jeune fille de seize ans, élevée dans une famille difficile et peu aimante, délurée mais peu sûre d’elle même, qui cache ses doutes sous une assurance factice. Suzanne était la fille « super cool » au collège ou au lycée, dont les garçons boutonneux comme moi admiraient la maturité mais qui cache au fond d’elle une grande détresse intérieure, et qui la cache tellement bien que personne ne s’en rend compte et ne songe à lui apporter du soutien.

Il y a toute une série de personnages secondaires plutôt bien campés – les amis de Suzanne dont Cyril Collard, dans le rôle de Jean-Pierre, le futur mari – et il y a des personnages un peu plus principaux, – la famille de Suzanne -. Son frère, égoïste et maniéré, ayant mal surmonté son oedipe, tantôt cocasse, tantôt pathétique, la mère, névropathe, qui traite sa fille de catin et se reproche de lui avoir donné naissance (ambiance !), mais aussi et surtout le père, joué par Pialat lui-même.

Pialat joue un rôle qui lui ressemble étrangement dans ce film. Seul élément non névrosé dans cette famille, il se veut farouchement indépendant, libre penseur et n’ayant cure du jugement des autres et de la société sur son comportement (jusqu’à abandonner le foyer familial), Pialat arrive même à en faire un personnage sympathique, dans la mesure où c’est le seul, qui comprend – je ne dirais pas « soutient » – Suzanne que tout le monde à abandonné à elle même. Là encore, c’est probablement une transposition de ce qui s’est passé sur le plateau : Pialat a été, à raison, subjugué par son actrice de quinze ans et s’est probablement octroyé, l’espace de ce premier long métrage, le rôle de Pygmalion, jusqu’à s’imposer pour lui donner la réplique ce qui n’était pas prévu au départ.

Cette actrice justement, c’est Sandrine Bonnaire qu’on ne présente plus. Elle est dans ce film absolument rayonnante et colle au rôle comme personne. Elle joue le rôle de la petite ado qui se cherche, sans véritable points de repères dans un monde dont elle ne maitrise pas tous les codes. Elle se connaît mal (elle pense qu’elle est malheureuse mais n’en est pas sûre), elle ne comprend pas grand chose à l’amour (voir la manière dont elle traite le seul garçon qu’elle aime vraiment et qui l’aime en retour, Luc), elle est plutôt désemparée par les adultes qu’elle fréquente qui, loin d’être des modèles, seraient plutôt des repoussoirs, Bonnaire est tout cela à la fois avec une fraicheur désarmante que l’académie des Césars récompensera en 1984 : meilleur espoir féminin, à 17 ans !

Pialat  a sa façon de tourner bien à lui, donnant une assez large place à l’improvisation et filmant beaucoup de scènes pour avoir le plus de liberté possible au montage. La scène finale du retour du père n’était pas prévue dans le scénario et n’a jamais vraiment été « écrite ». De fait, c’est une scène croustillante mais qui m’a semblée un peu plaquée, c’est en fait le principal reproche que je ferai au film. J’ai eu du mal a trouver un fil rouge, une trame scénaristique à laquelle se raccrocher. Certes, ce n’est pas nécessaire pour aimer un film mais là, cela aurait aidé. Il s’agit de suivre Suzanne, certes, mais on la suit dans pas mal de directions sans qu’elle n’aille vraiment nulle part ce qui donne à certaines pistes un goût d’inachevé. Cette impression est certes éclipsé par la vie, l’énergie que Bonnaire actrice insuffle à son personnage mais c’est probablement ce qui m’empêchera de crier au chef d’oeuvre pour ce film là.

Le film est filmé de manière vivante, avec de long plans étirés mais pas léchés comme pour certains cinéastes à paillettes qui feront florès plus tard. Il n’empêche que les techniciens sont irréprochables, mention particulière pour la lumière (après tout, Pialat a été peintre dans sa jeunesse et on parle dans la film de Van Gogh et Bonnard) et pour la musique : The cold song d’Henry Purcell, chanté par Klaus Nomi : https://www.youtube.com/watch?v=ZkWIq-Hm7kY un pur chef d’oeuvre à donner la chair de poule.

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Au début du film, en colonie de vacances, Suzanne joue la pièce On ne badine pas avec l’amour de Musset. Le fait que ce soit une pièce sublime et probablement l’une de mes préférées du répertoire m’a pas mal touché mais, encore plus troublant, c’est un peu une mise en abîme du film à venir où Suzanne va justement badiner avec l’amour, ne pas déclarer son amour (pour Luc), ne pas être aimante (comme le lui reproche son père à la fin du film) et finalement se retrouver démunie et misérable comme Perdican à la fin de la pièce. Au fond, c’est peut-ètre cela A nos amours, une version années 80 et un peu modifiée de Musset. En moins bien à mon avis …

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