La soif du mal (1958) d’Orson Welles

La soif du mal, Touch of evil en anglais est un des derniers films d’Orson Welles réalisateur. L’artiste avait 43 ans à ce moment là mais il ne tournera que peu après même il il se plaira à faire l’acteur dans des films moins fameux que ceux de sa grandeur. Le maître mourra en 1985 à l’âge de 70 ans.

Le film se passe à la frontière mexicaine où un couple composé d’un policier incorruptible mexicain et de sa blonde épouse passe la douane (vers les Etats-Unis) en même temps qu’une voiture de sport qui explosera quelques centaines de mètres plus loin à cause d’une bombe placée dans son coffre. Le policier, qui n’est pas en service, va cependant se trouver embarqué dans l’enquête sur l’attentat et va être révulsé par les méthodes de la police – américaine – locale et du policier chargé de l’enquête : un certain Hank Quinlan.

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Le film a eu une gestation compliquée. Welles, sans être véritablement tricard à Hollywood, n’était pas très bien considéré par les studios. Esprit indépendant, il revenait d’un exil de huit ans en Europe ce qui n’était pas très bien vu en cette période de guerre froide et de maccarthysme finissant. Il devait se contenter de rôles d’acteurs secondaires mais certainement pas de réalisateur. Lorsque Welles a envoyé le script de son deuxième film américain après son retour d’Europe à son ami Charlton Heston, celui-ci a exigé de la production, en plus du rôle de Quinlan, que Welles réalisât le film, son premier aux Etats-Unis de puis l’échec de Macbeth (1948).

Il faut dire que le méfiance des « patriotes » et autres sympathisants nationalistes américains était justifiée. La soif du mal montre une Amérique dépravée, à la police hautement raciste et corrompue pour lequel la résolution des enquêtes importe moins que les quelques plaisirs sadiques que la position de pouvoir qu’ils occupent leur permet de s’offrir. Il sympathisent avec la pègre mexicaine au détriment du droit et de la justice et à côté, le policier mexicain apparaît comme un modèle de vertu. De plus, ce choix a été une décision assumée de Welles qui a réécrit le scénario où le policier vertueux était cette fois américain et sa femme mexicaine (un couple mixte plus conforme aux canons de l’époque j’imagine) en s’appuyant sur le livre original de Whit Masterson, qui avait inspiré le premier scénario.

Le casting comprend un Charlton Heston méconnaissable dans le rôle du mexicain Miguel Vargas, heureusement qu’il y avait son nom au générique sinon je ne l’aurais jamais reconnu. Il y a aussi la très blonde et très belle Janet Leigh dans le rôle de sa femme et enfin, Welles himself dans le rôle du policier « larger than life » Quinlan.

Malgré les prestations convaincantes du couple vedette, c’est sans hésitation le personnage joué par Welles qui suscite l’intérêt. Comme souvent, le « méchant » a plus de profondeur, dégage plus de mystère que les « gentils » avec lesquels le public aime s’identifier. Et Welles lui donne un côté cruel et bourru en même temps qui ne lasse pas d’intriguer le spectateur. Quinlan est bien la vedette de La soif du mal, tout comme Harry Lime est celui du troisième homme, il y a parfaite symétrie entre les deux films sur ce point là.

Welles s’est de plus adjoint les services de ses vieux amis de sa première période hollywoodienne: Marlène Dietrich a un petit rôle envoutant de diseuse de bonne aventure, ex amante de Quinlan, Zsa Zsa Gabor a aussi un petit rôle et un certain nombre de techniciens qui ont secondé Welles à ses débuts officie dans le film. Puisqu’on en est aux techniciens, mentionnons que le directeur artistique s’appelle Robert Clatworthy, que ce dernier sera employé deux ans plus tard dans le film Psychose d’Alfred Hitchock et que, pour La soif du mal, il a imaginé un motel sinistre où Janet Leigh va passer une nuit fatale (mais ne prendra pas de douche). Cela vous rappelle quelque chose ?

J’ai trouvé au film un certain charme, l’usage systématique du noir et blanc chez Welles est là encore un choix judicieux mais il manque au film un petit quelque chose. Le scénario peut-être. Un peu trop délirant, la pègre mexicaine fait à peu près aussi peur que les pieds nickelés, plastiquement, c’est toujours très beau mais pour ceux qui comme moi s’attendaient à un film policier, le contrat n’est pas tout à fait rempli. Une mayonnaise hardie entre le délire version Fellini et le film noir au Mexique style Out of the past de Jacques Tourneur qui ne prend pas tout à fait. Opinion mitigée donc, pour un film de qualité mais qui ne tient pas toutes les promesses qu’un génie comme Welles peut faire espérer.

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Le film a été tourné en six semaines en 1957 avant que Welles ne parte en vacances au Mexique. Pendant son absence, Universal s’est emparé de la version finale et, mécontent du résultat, a tourné quelques scènes supplémentaires avant de remonter le film complètement pour le sortir en catimini en février 1958. Welles a été atteré par le résultat, a écrit un mémo de 58 pages au studio le suppliant de restaurer le film dans son montage original mais rien n’y a fait. En 1975 toutefois, un archiviste de la UCLA a découvert une ancienne version « pré-Universal » probablement très proche de la version originale de Welles. C’est celle-ci qui aujourd’hui fait foi. Welles a bien compris la leçon, il repartira en Europe l’année suivante et pour dix ans. Un cinéaste libre comme lui ne pouvait s’accomoder du pacte faustien que les studios exigaient de leurs réalisateurs.

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