Jackie Brown (1997) de Quentin Tarantino

Suite à la sortie du dernier film de Quentin Tarantino, le BFI a fort opportunément programmé une rétrospective de tous les films du réalisateur américain, et c’est pourquoi j’ai décidé d’aller voir tout ceux que je n’avais pas encore vus ainsi que ceux (celui en fait) que j’avais aimé – il s’agit de Reservoir dogs-. Pour aujourd’hui, nous allons parler de son troisième film, que je n’avais pas vu donc, Jackie Brown.

Un trafiquant d’armes brutal, sorte de caïd local, vivant dans le sud de la Californie voit plusieurs de ses collaborateurs se faire arrêter par la police et utilise alors les services d’un avocat minable pour verser la caution et les faire sortir de prison. Si il n’est pas sûr de leur fidélité ou de leur silence, il ne se gêne pas pour les liquider une fois sortis pour éviter qu’ils ne parlent. Ce petit jeu va cependant se gripper lorsqu’une de ses mules – un hôtesse de l’air qui use de ses privilèges (pas de contrôle aux aéroports) pour transporter de l’argent entre le Mexique et les Etats-Unis – va se révéler (beaucoup) plus maline que les autres et prendre le trafiquant à son propre piège. Elle va alors lui proposer un marché où elle va, dans un dernier voyage, transporter 500,000 dollars, sous la surveillance de la police mais avec l’intention secrète de les duper lors du transport, pour les donner au trafiquant à la fin, en retirant au passage une commission pour qu’elle puisse s’évader dans la nature et refaire sa vie.

Disons le tout de suite, je considère ce film comme une parfaite réussite dont le mérite en revient à … Elmore Leonard, enfin, je devrais dire pour être plus juste Elmore Leonard et aussi Quentin Tarantino.

Jackie_Brown

Elmore Leonard d’abord. C’est un auteur de fictions policières américain talentueux, dont de nombreux romans ont été adaptés au cinéma et à la télévision. Je le qualifierais de romancier noir tardif, c’est à dire qu’il publie des romans dans le plus pur style noir avec intrigues complexes, machinations, atmosphères glauques, représentation des bas fonds, dialogues tranchants etc … toutes ces caractéristiques du roman noir … sauf qu’il a commencé à publier des romans policiers (ses premières oeuvres furent des westerns) dans les années 60, la notoriété l’a rejoint dans les années 80 et la postérité, consécutive à la transposition de ses oeuvres à l’écran, dans les années 90. C’est en effet durant cette décennie que le cinéma va s’enrichir de deux chefs d’oeuvre : Hors d’atteinte, film de Steven Soderbergh, avec George Clooney et J’Lo en 1999, d’après le roman éponyme de Leonard et l’adaptation de Rum punch (1992) qui deviendra Jackie Brown.

Hommage aussi à Tarantino lui-même, principalement car l’artiste … a su se calmer ! Je m’explique. Certains des films de Tarantino (Pulp fiction, Kill Bill) sont des films très personnels ce qui n’est pas toujours un compliment : l’homme s’est composé son propre univers qu’il étale à l’envi dans ces productions mais c’est aussi oublier qu’il ne maîtrise pas parfaitement tous les aspects de la production d’un film de cinéma. A commencer par le scénario. Pour son troisième long métrage – Jackie Brown donc – Tarantino a eu l’intelligence de ne pas se mêler de la trame scénaristique, de l’emprunter à Leonard, et de se concentrer sur le qu’il sait vraiment bien faire : c’est à dire presque tout le reste. C’est pourquoi Jackie Brown n’est pas un simple copier-coller de scènes trash mais brillantes sans fil conducteur, c’est finalement un vrai film noir, avec une intrigue haletante et des personnages parfaitement incarnés, avec lesquels on peut s’identifier.

Il ne reste plus qu’à énumérer les aspects du film où Tarantino a cette fois mis son nez pour le plus grand bonheur du film.

L’adaptation d’abord. Le roman de Leonard se passait a Miami, Tarantino l’a transposé en Californie, chez lui, région qu’il connait par coeur. Selon ses propres dires « dans le contexte de South Bay, je sais exactement où tout ces gens vivraient, comment ils s’habilleraient, à quoi ressembleraient leurs appartements. En tournant à Miami, les choses ne me seraient pas venues aussi naturellement ». Pari gagné. Le film, comme Reservoir dogs, est très réaliste : on est dans ce mall commercial, dans ce parking d’aéroport, dans ce petit appartement miteux ou Jackie Brown vit seule … le spectateur n’a aucun mal à s’identifier et à frémir avec les personnages.

Toujours concernant l’adaptation, l’héroïne de Rum Punch était une femme blanche, celle de Jackie Brown est un actrice noire. Pourquoi ce changement ? Eh bien parce que Tarantino voulait absolument caster Pam Grier.

Pam Grier est une actrice qui a commencé sa carrière dans les années 70, dans des films qualifiés de « blaxploitation », c’est à dire des films communautaristes, avec des acteurs noirs s’adressant à un public noir montrant des noirs exploités et qui tentent de s’en sortir. Le genre a eu du succès dans les années 70 avant de péricliter dans les années 80 et la carrière de Pam Grier avec. Elle s’est petit à petit fait oublier de beaucoup … mais pas de Tarantino qui est un fan de l’actrice de la première heure. Il décide que le rôle de Jackie Brown est pour elle. L’actrice avait déjà été castée pour un rôle, finalement donné à Rosanna Arquette, dans Pulp fiction et se rappelle qu’elle a été stupéfaite de voir des posters d’elle qui ornaient le bureau du réalisateur lorsqu’elle s’est pointée dans son bureau pour se faire interviewer. « Vous les avez mis parce que vous m’aviez convoqué » lui avait-t-elle demandé, « Non » avait-t-il répondu, « au contraire, j’ai failli les enlever parce que je savais que vous alliez venir ». Comme pour Travolta dans Pulp fiction, Tarantino a choisi en connaissance de cause une actrice oubliée des années 70 et le choix était tout simplement parfait. Pam Grier est Jackie Brown, femme intelligente, ambitieuse mais seule et qui ne peut compter que sur elle-même pour survivre dans ce monde de ruffians.

Je passe sur le reste du casting lui aussi aux petits oignons : Samuel L Jackson recyclé de Pulp fiction dans le rôle du caïd psycopathe, Bridget Fonda dans celui de Melanie la pin-up nymphomane, Robert De Niro dans le rôle du porte flingue demeuré, à la gachette facile – un rôle que Tarantino affectionne dans ses films -, Michael Keaton dans celui de l’agent du FBI trop nerveux et enfin et surtout, le moins connu Robert Forster, dans celui du brave avocat un peu looser mais courageux, personnage le plus attachant du film.

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Mentionnons aussi la fin du film délicatement ambiguë. La volonté délibérée de Tarantino d’éviter la happy end niaiseuse – qui était pourtant à portée de main – emporte définitivement l’adhésion. Le troisième opus du réalisateur est clairement un grand film.

Tarantino n’est pas au cinéma ce qu’Isaac Newton est à la recherche scientifique, c’est à dire quelqu’un qui découvre ou réalise de grandes choses TOUT SEUL, comme le serait quelqu’un comme Kubrick par exemple. Non ! Tarantino est un très talentueux chef de labo d’un grand institut de recherche, qui sait s’entourer des meilleurs collaborateurs et qui sait aussi emprunter aux publications d’autres instituts pour aprofondir sa recherche dans des domaines qu’il ne maîtrise pas. Et lorsque ces conditions sont réunis, il parvient AUSSI à réaliser de grandes choses. C’est le cas pour Jackie Brown, et ce n’en est que plus regrettable qu’il n’ait pas utilisé le même mode opératoire pour ses productions ultérieures.

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