Mariage à l’italienne (1964) de Vittorio De Sica

En 1963 est sorti le film – médiocre à mon goût – Divorce à l’italienne, de Pietro Germi, film qui a eu un beau succès d’audience. Et c’est donc tout naturellement que l’année qui a suivi, on – « on » est probablement le producteur exécutif Jo Levine – a eu l’idée de capitaliser sur ce succès et de faire tourner un autre film qui s’appelerait … Mariage à l’italienne. Bien sûr, pourquoi pas ! Quelle idée lumineuse ! Nous assistons à la préhistoire de ce que le cinéma moderne appelera la franchise cinématographique. Et encore, les argentiers des années 60 n’étaient que des amateurs à côté de ceux de maintenant. Il n’ont même pas pensé à poursuivre leur avantage avec Concubinage à l’italienne ou encore PACS à l’italienne pour bien épuiser la filon. Des amateurs je vous dis !

Ce titre mal choisi n’empêche pas le film de partir sur de bonnes bases avec la fine fleur des artistes transalpins au générique. Le scénario est tiré d’une pièce de grand dramaturge – et acteur – napolitain Eduardo De Filippo intitulée Filumena Marturano. L’homme est un habitué des scènes de théâtre : il a écrit ses premières pièces dans les années 20, a rencontré le succès à tel point qu’il a été même embauché par le cinéma pour certains scénarii et aussi en tant qu’acteur.

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La pièce, écrite en 1946, raconte l’histoire d’une jeune prostituée napolitaine, Filumena, qui rencontre pendant un bombardement sur Naples, un margoulin, homme riche mais peu scrupuleux, Domenico Soriano, qui a l’avantage de posséder un nom, alors que la petite Filumena, elle, ne possède qu’un prénom. La film, qui s’étale sur une bonne vingtaine d’années raconte comment ces deux là vont se croiser, se disputer puis se rabibocher, s’aimer puis se haïr sans jamais vraiment se séparer.

Le film est une comédie italienne et n’est certainement pas une pièce de théâtre filmée. C’est un écueil que le réalisateur, De Sica, évite complètement. Le fait que l’histoire s’étale dans la durée renforce probablement cette impression : pas d’unité de temps donc. De surcroît, c’est une histoire napolitaine -le film est tourné en napolitain, ce qui veut dire que je n’ai à peu près rien compris des dialogues que je croyais au départ en italien – donc qui se passe pour une asses large partie dehors, dans la rue, avec beaucoup de personnages qui virevoltent tout en parlant très fort. Ah ah : pas d’unité de lieu donc !

Il n’y a pas non plus d’unité d’action (ce post ressemble à un chapitre du Lagarde et Michard) car celle-ci est décousue : Je ne veux pas trop déflorer le scénario mais il y a un certain nombre de coups de théâtre qui emmènent le scénario, et le spectateur dans une tout autre direction permettant à un personnage en difficulté de reprendre la main. C’est plutôt sympa, il y a du suspense mais on fini par ne plus y croire vraiment et l’empathie que j’ai ressenti pour les personnages s’en est un peu ressentie si une entourloupe scénaristique peut le sortir de l’ornière d’un simple coup de baguette magique.

On aime bien les comédies italiennes, on connaît leur défauts et on les accepte. L’histoire est un peu naïve, les bons sentiments se ramassent à la pelle et il n’y a pas vraiment de méchant. Mais la contrepartie est que on est censé rire de bon coeur tout au long du film. Les meilleures comédies italiennes (plus récemment Cinema Paradiso, Il postino, également Affreux, sales et méchants, ou encore toute l’oeuvre de Mario Monicelli) sont vraiment drôles, ce n’est pas exactement le cas de Mariage à l’italienne. Le film n’est certes pas raté, mais je dirais qu’il n’est « que » amusant, pas assez en tout cas pour que je me lance dans de grandes envolées lyriques en criant au chef d’oeuvre.

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De Sica sait filmer, la manière dont, au début les événements sont narrés est habile (en flash back avec des narrateurs différents, Domenico puis Filumena), on peut aussi mentionner un casting de rêve : Marcello Mastroianni dans le rôle de Domenico qui montre qu’il est aussi à l’aise dans la comédie que dans les rôles plus sérieux qui ont fait sa gloire et surtout Sophia Loren. On ne présente plus la star mais c’est à elle que le film donne la possibilité de montrer l’étendue de son talent. L’éventail des rôles qu’elle a à jouer est plutôt large (beaucoup plus que pour Marcello), il n’y a rien de commun entre la petite prostituée tondue terrorisée par les bombardements et la mère courage luttant pour ses enfants 20 ans plus tard. La Loren se tire avec le même bonheur de ces rôles multiples, prouvant, mais en avait-elle besoin, qu’elle est une immense actrice.

C’est donc cela Mariage à l’italienne, un film qu’on a envie de bien aimer, avec des acteurs qu’on aime bien, ce ces comédies italiennes qu’on aime bien mais qu’on finit par n’aimer …. que bien. Sans plus !

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