P’tit Quinquin (2014) de Bruno Dumont

Encore une sortie cinéma masochiste ! Je suis donc allé voir un film de Bruno Dumont, réalisateur dont j’ai vu un certain nombre de films mais qui m’avaient toujours gonflé. La vie de Jésus, L’humanité, ses films projettent une vision extrêmement misérabiliste du Nord de la France, sembable à celle des frères Dardenne – que je n’aime pas non plus – mais … allez savoir pourquoi, lorsque son dernier opus est sorti, j’y suis allé.

Il s’agit de P’tit Quinquin. Comme le nom l’indique, le film se passe dans le nord de la France – encore une fois – mais ce que le titre n’indique pas du tout, c’est que le film est aux antipodes de tout ce que Dumont a pu produire auparavant.

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Le format d’abord: le film était au départ une série de quatre épisodes tournés pour Arte qui ont été mis bout à bout. C’est comme cela qu’il a été présenté en France, sur Arte en deux soirs (deux épisodes par soir; je ne vois pas l’intérêt de faire une série de quatre épisodes présentés en groupe de deux mais passons). A l’étranger, donc a Londres, l’objet est considéré comme un film de cinéma, sans que personne n’y trouve rien à redire et il est montré au public pendant une séance de trois heures vingt avec dix minutes d’entracte. C’est un peu La meglio gioventu de Marco Tullio Giordana mais version Ch’tis.

Le film est un OVNI cinématographique. Certes le substrat est celui des gens du nord avec ses paysages, ses problèmes sociaux montrés dans les précédentes oeuvres de Dumont, mais le parti pris est ici complètement burlesque. En fait, on a retrouvé dans un bunker abandonné de la seconde guerre mondiale une vache morte ce qui en soit n’est pas un problème mais le problème est précisément qu’il était impossible à l’animal d’accéder physiquement au bunker et aussi, on a retrouvé dans la vache, après l’avoir disséquée, la quasi totalité des restes d’un corps humain moins la tête. C’est véritablement Twin Peaks chez les ch’tis. L’enquête va être menée par deux policiers loufoques, avec des saillies véritablement hilarantes à mi-chemin entre les pieds nickelés et des personnages de Jacques Tati.

Les acteurs sont tous absolument formidables et tous … amateurs. C’est ainsi que Dumont les choisit et il n’a pas dérogé à la règle pour ce film là où pourtant, le fait d’être une comédie implique probablement un peu plus de composition dans le rôle. Peu importe : les acteurs, qui ont tous des trognes invraisemblables, sont des locaux. Pour n’en citer qu’un, le commissaire de police Van der Weyden, sorte de mélange entre Jean-Luc Bideau, Michel Simon et Jacques Balutin qui est tout simplement jardinier dans le civil alors qu’on l’imagine sans problème acteur de théâtre jouant du Feydeau sur une scène parisienne.

Tout y est drôle, même la messe de l’enterrement, les morts atroces des protagonistes, l’accent ch’ti bien sûr, le tronçonnage sanglant d’une vache, on rit sur le racisme, les handicapés, même la shoah : Dumont ne fait pas vraiment dans le politiquement correct, l’humour y est noir, très noir même mais ça marche, on rit de bon coeur, la plupart du temps. Les dialogues sont aux petits oignons, les répliques récurrentes (« C’est la bête humaine », « la diable en personne » etc …) font mouche à chaque fois. Pour ceux qui pensaient que l’humour du nord est incarné par Dany Boon, je leur suggère P’tit Quinquin, ils en seront pour leur frais.

L’intrigue met en scène un assez grand nombre de personnages où chacun joue sa partition en général assez bien. La seule réserve que j’émettrais sur ce kaléidoscope de petites histoires personelles est celle du petit noir Mohammed : c’est à mon avis la moins réussie, je devrais même dire qu’elle est ratée. L’histoire de Mohammed est triste comme pas mal de micro scènes du film, et en soit ce n’est pas un problème. Le problème réside dans le fait qu’elle est réaliste : autant on a du mal à imaginer une vache – même folle – mangeant un corps humain qui finirait dans son estomac, donc on peut en rire, autant l’histoire de Mohammed est réaliste, pourrait très bien arriver dans la réalité ce qui détonne avec la parti-pris burlesque du reste du film : le spectateur rit jaune des ces scènes là et re-rit, mais de bon coeur cette fois, à là prochaine scène où des personnages vraiment grotesques apparaissent ce qui laisse une impression de malaise.

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Autre détail qui m’a un peu déçu : le film n’a pas de fin. Tout n’est pas vraiment éclairci à la fin. Certes on peut objecter que « on s’en fout, c’est une comédie, cela n’a pas vraiment d’importance ». Certes, mais la comédie s’inscrit dans une intrigue policière, précisément le type de scénario dans la fin conditionne la qualité. S’affranchir d’une fin de l’intrigue policière m’a semblé un peu paresseux de la part de Dumont, j’en aurais bien pris pour une demi-heure supplémentaires, après les trois heures vingt de film, pour trouver un coupable crédible.

A la réflexion, ces critiques restent peu de chose et ne peuvent éclipser la formidable gallerie de personnages que Dumont met en scène et qu’il finit par nous rendre attachants. Et cela de la part d’un réalisateur dont je n’attendais guère plus qu’un nouvel avatar de ce cinéma du nord (de la France), faussement réaliste, en vérité social, misérabilite et, dans le pire des cas, racoleur. Ici on en est très loin, j’admets avec bonheur avoir été bluffé. J’espère que Dumont retrouvera une verve semblable dans ses prochains films.

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