New York Miami (1934) de Frank Capra

New York Miami, au titre anglais It happened one night, est un film de 1934, je devrais dire LE film de 1934 tourné sur un petit budget, à la génèse difficile mais qui a finalement fait un triomphe ainsi que la fortune de ceux qui l’ont porté sur les fonts baptismaux.

Ellen Andrews est une riche héritière qui n’a jamais véritablement quitté le cocon doré dans lequel elle a vécu que pour s’enticher d’un aviateur qu’elle a décidé d’épouser, et cela contre l’avis de son père, qui la « séquestre » sur son yacht au large de Miami pour l’empêcher d’aller à New York retrouver son prétendant. Qu’à cela ne tienne, elle se fait la belle en nageant jusqu’au rivage et se hasarde à prendre le bus incognito pour rejoindre New Yok en espérant échapper aux limiers de son père lancés à ses trousses. Elle va être aidée dans son entreprise par Peter Warne, un folliculaire – mot d’époque, on ne dit pas encore paparazzo – qui l’a reconnue et espère bien raconter l’histoire de sa fugue dans les gazettes.

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Capra a eu l’idée du film en lisant la nouvelle « Night Bus » de Samuel Hopkins Adams dans Cosmopolitain, en attendant chez le coiffeur. Il en a rapidement acheté les droits mais n’a pas tardé à déchanter. D’abord le producteur de Columbia – son studio attitré – Harry Cohn, lui a expliqué que les ‘bus pictures’ – on ne dit pas encore road movies – n’avaient pas de succès. Cohn finit par céder aux sollicitations de Capra en échange d’un budget modeste. Ensuite, il s’est agit de trouver les acteurs. L’acteur masculin auquel avait pensé Capra, Robert Montgomery, a refusé tout net et alors Capra se voit proposer pour tenir le rôle de Peter Warne, Clark Gable. En fait, Clark Gable ne travaille pas pour la Columbia mais pour la MGM, mais, ayant refusé récemment pas mal de films, il n’avait pas pu remplir le quota stipulé dans son contrat, aussi Louis B Mayer, le tout puissant patron de la MGM, plus pour le punir qu’autre chose, le prête à Columbia pour le film. Après un premier entretien mémorable entre Gable et Capra – Gable est complètement bourré suggère à Capra de « se foutre son scénario au cul » – l’acteur ne peut qu’obtempérer.

Et ce n’est pas fini. Pour le rôle féminin, Capra a essuyé les refus de Myrna Loy, Margaret Sullivan, Bette Davis, Constance Bennett, Miriam Hopkins et Carole Lombard, rien que ça ! Il approche alors Claudette Colbert au moment où elle s’apprête à partir en vacances. La star n’a pas du tout envie de jouer dans le film et pour dissuader le réalisateur, réclame le double du cachet qu’elle demande habituellement (50 000 dollars, le budget du film étant de 325 000 dolars) et exige de ne pas tourner plus de 4 semaines. De surcroît, le caniche de la star aurait mordu Capra au cours de leur entretien. Capra, après avoir consulté Cohn, accepte ses conditions léonines au grand dam de Colbert qui ne peut pas se dédire. C’est ainsi que le persévérant réalisateur parvient à compléter son casting avec deux stars extrêmement réticentes dans les rôles principaux.

Qu’ai je pensé du film ? C’est un film plaisant, qui recoupe deux genres à la fois : celui du road movie et de la comédie romantique, genres embryonnaires à l’époque où le film a été tourné. Le problème des comédies romantiques pour moi est que ce genre de film essaie de courir deux lièvres à la fois : être drôle (comédie) et faire pleurer (romantique) et que c’est vraiment très rare que ces deux objectifs soient remplis en même temps. New York Miami est un film lèger, on y rit de temps en temps et l’histoire y est convenue, rien de bien extraordinaire mais le savoir faire des acteurs – formidables – du réalisateur ainsi que du scénariste Robert Riskin, qui a écrit des dialogues qui font vraiment mouche, le placent très au-dessus des productions du même type.

Le film innove aussi par un autre aspect. Il y a en effet des scènes assez osées pour cette époque très puritaine. D’abord, à la toute fin, une relation sexuelle – suggérée de très belle manière – entre personnes non mariées a beaucoup choqué les ligues de vertu. Ensuite, il y a une scène où Claudette Colbert soulève un peu sa jupe pour montrer son bas pour augmenter la probabilité d’être prise en auto stop. Il a fallu doubler l’actrice qui a refusé catégoriquement de jouer cette scène elle-même. Elle a aussi refusé de jouer une autre scène osée dans le motel où elle devait se mettre en pyjama obligeant le réalisateur à user d’un stratagème : elle se déshabillerait derrière une couverture et laisserait ses bas et sous vêtements pendre sur la couverture pour suggérer ce qui se passait derrière. Je dois admettre que cette formule élégante recèle un potentiel érotique supérieur à mon avis à ce qu’elle aurait été si elle avait été filmé directement.

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Si Gable, contre toute attente, s’est beaucoup amusé sur le tournage, Colbert elle n’y a pris aucun plaisir et s’est rendue insupportable aux yeux de toute l’équipe. Et cela a en fin de compte servi le film. Finalement, les deux acteurs se contentaient de repéter sur le plateau l’attitude qu’ils avaient en dehors du plateau: Gable était charmeur, un peu macho, un peu cabotin et Colbert était pimbêche, tapait véritablement sur les nerfs de tout le monde, à commencer par son partenaire. Après un tournage très court, Colbert a confié à une de ses amies « I just finished the worst pictures in the world ». Alors …

Alors New York Miami était the right film at the right time. Dans cette Amérique de 1934, avec son taux de chômage de 25%, ses deux millions de personnes sur les routes, les gens peuvent encore s’offrir le cinéma pour quelques cents et un feelgood movies comme celui-ci, histoire de se changer les idées était exactement ce qu’ils recherchaient. Le film a connu un triomphe : 2,5 millions de dollars de recettes pour un budget de 325 000 dollars ! Et lors de la septième cérémonie des oscars de l’histoire du cinéma, il gagna les cinq oscars majeurs : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur actrice et meilleur scénario. Exploit égalé seulement par Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) et Le silence des agneaux (1991). C’est peu dire que ce film est entré dans la légende du cinéma.

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