Elle et lui (1957) de Leo McCarey

Le cycle LOVE du BFI a continué pour moi ce soir avec le film Elle et lui de Leo McCarey, titre comme il se doit qui n’a rien à voir avec son titre américain : An affair to remember..

Leo McCarey est un réalisateur qui a connu une immense gloire avant la seconde guerre mondiale en réalisant des screwball comedies, c’est à dire des comédies en noir et blanc où il est généralement question d’un couple qui s’aime sans vraiment le savoir et qui va ne le découvrir qu’à la fin, tout cela étant prétexte à gags et autres situations loufoques. Un genre très en vogue dans les années 30 qui a donné des chefs d’oeuvre dont L’impossible monsieur bébé, Indiscrétions, dont aussi Love affair, un film de McCarey justement dont An affair to remember est le remake fidèle, tourné vingt ans plus tard.

an_affair

Il s’agit donc de Nicolo Ferante, un séducteur qui, avant son mariage projeté avec une riche héritière, décide de s’offrir une croisière transatlantique sur un paquebot. Notre Casanova se fourvoyait gravement. Il avait dû voir le film Les hommes préfèrent les blondes (une histoire de croisière dans laquelle s’embarquent Marilyn Monroe et Jane Russell) et s’imaginer que le paquebot serait rempli de bimbos pulpeuses qui allaient l’accompagner pendant son voyage mais il a vite déchanté en constatant que les croisiéristes étaient plutôt de placides rombières qui n’incitaient pas vraiment au badinage. Il a quand même eu de la chance : sur le paquebot s’était aussi embarqué Terry McKay, une jolie blonde envoyée elle aussi en croisière par son riche fiancé. Ces deux là vont tomber amoureux et à la fin de leurs vacances, pour tester la durabilité de leur idylle, vont se donner six mois pour saborder leurs mariages respectifs et se retrouver en haut de l’Empire State Building pour recommencer une nouvelle vie.

Il s’agit donc d’une screwball comédie bien écrite, qui joue sur plusieurs tableaux comiques : dans la première partie, l’histoire est assez convenue, il s’agit de voir grandir le sentiment amoureux entre les deux protagonistes mais au moyen de dialogues très drôles, finement ciselés comme savaient le faire des artistes comme Billy Wilder par exemple (« I will just take my ego for a walk » et autres multiples exemples). Dans la deuxième partie, l’effet « dialogues » s’estompe et l’art du scénaristes transparait dans l’enchevétrement des situations : l’histoire d’Elle et lui est originale, assez tarabiscotée mais dans le bon sens du terme, pour les besoins de la comédie. Et c’est un grand mérite des scénaristes, McCarey lui-même et Delmer Daves d’avoir réussi à créer un scénario original – il ne s’agit pas de porter à l’écran un pièce de boulevard à succès par exemple -, une histoire trépidante bourrée de scènes assez hilarantes avec la scène de la révélation finale très bien ammenée ce qui en amplifie l’a force émotionnelle.

En revanche, je suis moins sûr du pourquoi du remake. Je l’ai dit, ce film reprend très exactement l’original de 1939 tourné avec Charles Boyer et Irène Dunne (que je n’ai pas vu) avec les quelques innovations de rigueur vingt ans après : le film est bien entendu en couleur, en format cinémascope ce qui donne une impression étrange. On est vraiment habitué à voir ce genre d’histoire en noir et blanc sur un écran au format étroit. C’est probablement la marque d’une époque et les progrès technique de la nouvelle version m’ont semblé un peu superflus. Il y a aussi quelques scènes un peu longuettes : la scène où Nicolo rend visit à sa grand-mère lui présentant celle qui n’est pas encore sa dulcinée m’a semblé un peu traîner en longueur et surtout, les nombreuses scènes de chansons, car McKay est chanteuse de cabaret – au début – et maîtresse de chorale pour enfants – à la fin – , sont elles aussi un peu fastidieuses à mon avis : pas détestables, non, tout cela est très mignon, simplement cela coupe un peu le rythme du film à son détriment. On ne peut pas faire à la fois un film d’amour et un film drôle et un film musical : c’est trop.

La différence entre l’original et le remake réside aussi dans la présence de Cary Grant dans le rôle de Nicolo. Grant est à mon avis le plus grand acteur hollywoodien de tous les temps. Il est véritablement impérial dans ces rôles de séducteur patenté mais quelque part assez fragile qu’il a incarné dans ses plus grands films (Indiscrétions, His girl Friday …) et il est complètement à son aise dans ce rôle là. Il a sa manière de proférer les répliques qui font mouche de façon à les rendre encore plus drôles mais il a aussi une certaine gaucherie bienvenue dans les moments de doute. Cet acteur là a beaucoup apporté au cinéma dans son ensemble.

an_affair1

Dans le rôle de Terry McKay, nous avons Deborah Kerr. L’actrice est elle aussi une star (à 38 ans, elle a déjà plus que quinze ans de carrière derrière elle) et son jeu m’a semblé un peu en-deça de celui de Grant: peut-être parce que son personnage de prude est moins flamboyant que celui de son partenaire, peut-être parce que le rôle ne lui convient pas tout à fait. Autant Kerr est impériale dans des rôles de gouvernantes (dans The innocent) ou dans des rôles de girl next door mais je trouve que dans ce film, elle peine un peu à donner la réplique à un monstre sacré comme Grant. Cela dit elle n’est pas la seule, peu d’actrices hollywoodiennes et seulement les plus talentueuses peuvent se prévaloir d’avoir fait jeu égal avec lui, Kerr ne fait pas exception à la règle.

Malgré ces réserves, le film a été un beau succès public et McCarey s’est offert une jolie gloire tardive (c’est son antépénultième film avant de cesser de tourner 5 ans plus tard, en 1962). Mais mieux que cela encore : le plus bel hommage rendu au génie scénaristique de McCarey est tout simplement le fait que l’idée de la scène mythique de ce film, celle de la rencontre au somment de l’Empire State Building sera reprise, pour ne pas dire pompée par de multiples productions ultérieures, à Bollywood, à la télévision et même à Hollywood : la rom com de Nora Ephron Nuits blanches à Seattle reprendra un certain nombre d’idées du film dont la fameuse rencontre. Comme quoi les bonnes idées ne meurent jamais, surtout si elles sont gage de succès au box office.

Tous les films

Publicités

Une réflexion sur “Elle et lui (1957) de Leo McCarey

  1. Pingback: Table des matières | Ecran noir - London

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s