Une famille à louer (2015) de Jean-Pierre Améris

Jean-Pierre Améris est un réalisateur français de comédies plutôt gentillettes, pleines de bons sentiments, qui ne fâcheront personne mais en fin de compte pas déshonorantes. Son précédent film, Les émotifs anonymes en 2010, était tout mignon et avait bénéficié d’une critique plutôt positive. Voici donc le suivant, sorti l’année dernière (2015) : Une famille à louer.

Il s’agit de Paul-André Delalande, un milliardaire qui a fait fortune dans les logiciels mais a fait un burn-out et s’est retiré dans sa magnifique villa (Il s’agit de la villa Poiret, construit par l’architecte Mallet-Stevens) où il vit seul sa dépression avec pour seule compagnie celle de son majordome. Un beau jour, en regardant sa télé écran plat, il tombe sur un plaidoyer émouvant de Violette, une jeune femme condamnée pour avoir assomé un vigile qui l’avait prise en flagrant délit de vol à la tire, pour la vie de famille et le bonheur que cela peut procurer. Touché, Paul-André décide alors de s’entendre avec la jeune femme et de « louer » sa famille, c’est à dire, moyennant un salaire et l’épongement de toutes les dettes, de se faire passer, l’espace de trois mois, pour le nouveau petit copain de la mère et ainsi partager la vie familiale d’un milieu – modeste – dont il ignore tout.

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Paul-André, c’est Benoît Pelvoorde. Comme dans Les émotifs anonymes, il joue le rôle d’un grand de la terre dépressif, privé d’amour pendant toute son enfance et incapable d’exprimer correctement ses émotions. La rôle est quasi identique et Pelvoorde, comme souvent, y est formidable : il a de ces expressions de visages, des rictus qui parlent pour lui. Son personnage n’exprime pas ce qu’il ressent, ou très maladroitement, par des explosions de colère ou des remarques déplacées, mais tout ce qu’il ressent, toutes ses émotions peuvent se lire dans ses tics ou les grimaces de son visage. C’est un langage que personne ne parle et donc personne ne le comprend, d’où la solitude de Paul-André. Pelvoorde est bon dans ce rôle, pathétique à souhait, il porte sur ses épaules une partie de comique et beaucoup de l’émotion charriée par le film.

Violette, c’est Virginie Efira, un profil de plus en plus courant dans le cinéma français (même si elle est belge, comme Pelvoorde) des ex-présentratirces de télé – plutôt jolies – qui se hasardent à faire carrière dans le cinéma. Certaines, comme Louise Bourgoin, n’ont pas convaincu l’auteur de ces lignes – voir mon post sur Tirez la langue Mademoiselle par exemple – Efira s’en tire plutôt bien dans un rôle plus comique de mère de basse souche, élevant seule, avec pas mal de courage ses deux enfants, dans un ménage un peu bordélique, avec les clashes réguliers avec son adolescente de fille mais au final aimant. Elle est plutôt convaincante dans ce rôle là.

Les personnages sont caricaturaux, c’est entendu et c’était un peu compris dans le postulat de départ. Oui le film n’est pas une étude de moeurs, leurs réactions des protagonistes sont prévisibles et les sentiments sont assez appuyés, avec toutefois une exception notable – c’est là où je veux en venir – à mettre, encore au crédit du film. Le personnage le plus réel, probablement le plus intéressant est celui de Lucie, la fille, adolescente, de Violette jouée par l’actrice Pauline Serieys. Elle est typiquement celle par qui le conflit va arriver : elle a l’âge où on pose des questions, où on comprend des choses mais aussi où on n’a pas encore la capacité à se projeter pour comprendre les réactions des autres, où on peut blesser sans s’en rendre compte, où les effusions de tendresses sont suffisamment rares pour être appréciées à leur juste valeur. La relation entre son personnage et celui de Pelvoorde, pièce rapportée à sa famille, est plutôt bien filmée par Améris et c’est vraiment que vient le peu de tension générée par le film. C’est le seul personnage qui n’a pratiquement aucun rôle comique et dont l’apport au film est purement émotionnel.

Entendons nous bien : le film est bourré de clichés. Il est clair et même appuyé que Violette est issue d’une classe PO-PU-LAIRE où on ne travaille pas très bien à l’école, on ne parle pas un français très châtié, aussi où on n’hésite pas à s’envoyer en l’air de temps en temps, après tout, il n’y a pas de mal à se faire du bien mais … c’est une famille aimante, où la famille est une valeur reconnue, elle est déstructurée mais unie devant l’adversité. Voilà pour les prolos. A l’inverse, Pelvoorde vient d’une classe bourgeoise, on y écoute de la musique classique, on aime le propre, le bien rangé mais les rapports familiaux sont distants, voire, dans le cas de ce film, inexistants, on ne sait pas aimer, on ne sait pas communiquer même si on respecte parfaitement les conventions de la bonne société.

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Comme vous le voyez les stéréotypes sont taillés à la hache mais, contre toute attente, j’ai plutôt marché. A la vérité, le film fait partie des comédies que je qualifierais d’intermédiaires. C’est à dire que ce n’est pas un chef d’oeuvre – de drôlerie, voire de poésie – mais ce n’est pas non plus un humour abominable style « pipi caca couille bite » ou un film cabotin pour promouvoir un acteur star ou tout simplement un film pas drôle du tout. En fait, ce film m’a fait le même effet que Bienvenue chez les ch’tis ou Qu’est ce que j’ai fait au bon dieu : une oeuvre estampillée comédie, pas spécialement fine, assez prévisible mais pas vulgaire non plus, et dont les bonnes intentions parfois maladroites parviennent à certains moment à provoquer l’émotion.

Voilà. Je suis moi-même assez surpris de ce post qui s’apparente en fait à une justification pour n’avoir pas dénigré ce film. Ce film a été éreinté par mes très chers critiques du masque et la plume ainsi que par le reste de la presse mais pas par moi. L’honnêté m’oblige a remiser mes sarcasmes au placard et à admettre qu’Une famille à louer … j’ai trouvé cela pas mal. Après tout, je ne suis peut-être pas si snob que cela !

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