Inglourious basterds (2009) de Quentin Tarantino

Je suis allé voir hier le dernier film de Quentin Tarantino que je n’avais pas encore vu – si on veut bien excepter le dernier, Les huit salopards, qui vient juste de sortir et dont j’ai par ailleurs entendu pis que pendre -, c’est à dire Inglourious basterds.

Le film se passe pendant la seconde guerre mondiale, on y suit en parallèle l’histoire Shosanna Dreyfus, jeune juive qui a échappé par miracle à l’extermination de sa famille par les allemands en 1941 et qui, sous l’identité d’une exploitante de cinéma, veut attirer la gratin militaire et politique du Paris allemand dans son cinéma pour la première d’un film, pour mieux les liquider, et l’histoire des « inglourious basterds », un commando de juifs américains ultra entraînés qui mène des actions commandos pour tuer le plus d’allemands possible et rapporter leur scalp en guise de trophée, une sorte d’Action Force en charge de « terroriser les terroristes » (nazis) comme l’avait formulé en son temps le regretté Charles Pasqua.

Ce film est à mon avis emblématique du cinéma de Tarantino avec ses qualités et ses défauts. Il m’a fait beaucoup penser à Pulp fiction avec lequel il a de nombreux points communs. Voyons cela en détail.

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Commençons par le casting. Il est pléthorique, beaucoup d’acteurs plus ou moins connus qu’on aime bien. Par ordre croissant d’importance, Léa Seydoux, pas encore James Bond girl, dans un tout petit rôle, Mike Myers (vous savez Austin Powers) dans un caméo de général anglais, Daniel Bruhl, Michael Fassender, Diane Kruger … Il y a aussi Brad Pitt en chef des inglorious basterds qui est parfait en péquenot du Kentucky, avec un accent à mourir de rire et qui incarne le héros tarantinesque par excellence : le bouffon terrifiant, celui qui fait rigoler mais qui ne rigole pas, qui déclenche une violence exacerbée sur tous les malheureux qui tombent entre ses griffes.

Mais il y a plus car Tarantino est aussi un exceptionnel découvreur de talents (d’acteurs). Il a mis le pied à l’étrier de nombreux interprètes de ses films, lançant même la carrière de certains d’entre eux. Ainsi Uma Thurman, John Travolta, Steve Buscemi, Michael Madsen, Pam Grier, tout ces gens là doivent beaucoup à Tarantino.

Dans Inglorious basterds, la première actrice inconnue mise sur le devant de la scène est Mélanie Laurent. Dans son cas, le choix n’est pas très heureux car je ne pense pas que ce soit une bonne actrice et la pauvre joue médiocrement un rôle impossible parce que grotesque : celui de la juive Soshanna, échappé du massacre, resuscitée en tenancière de cinéma, amoureuse d’un projectionniste noir (en pleine occupation ! L’académie des oscars a dû apprécier cette volonté de melting pot) et aimé par un héros nazi. N’en jetez-plus !

Mais la révélation indiscutable de Inglorious basterds, c’est Christoph Waltz, dans les rôle de l’officer SS Hans Landa. Il incarne vraiment les nazis de film « comme on les aime » j’ai envie de dire : mielleux et sadique à la fois, gentleman courtois un jour et tueur psycopathe le lendemain. Son rire à la fois ridicule et glaçant, ses conversations sans queue ni tête, son menton en galoche avec sourire compassé en font l’acteur parfait pour ce rôle là dans un film dirigé par Tarantino (ce qui implique des contraintes essentiellement en terme de bouffonnerie). Ce rôle a fait découvrir Waltz à Hollywood et il semble bien que l’acteur soit là pour y rester : il y jouera dans Django unchained trois ans plus tard avant une forme de consécration pour le cinéma populaire pour jouer Blofeld dans le dernier James Bond.

Le film est découpé en chapitres, chacun d’entre eux constituant une scène brillante. C’est là aussi une marque de fabrique du réalisateur, il sait filmer, il sait, au cours d’une simple scène maintenir le suspense. La violence supposée, le jeu des acteurs mettent le spectateur en état de tension permanente au cours de chacune de ces scènes qu’il « vit » toujours intensément. Ainsi la séquence d’ouverture dans une ferme en France où un officier nazi recherche des juifs dissimulés, ou bien une scène centrale dans une taverne située en sous-sol parviennent à créer une tension insoutenable pour le plus grand plaisir du spectateur.

Passons maintenant aux griefs … car il y en a. En fait l’ensemble des éléments à charge pour le film peuvent se résumer en un mot : le film m’a semblé paresseux.

Paresseux parce que « meublé » ou encore réchauffé. Tarantino nous refait ici le coup de Pulp fiction. Le film n’a pas une histoire mais deux : celle des « basterds » et celle de Mélanie Laurent qui n’interagissent pratiquement pas entre elles. Les personnages se croisent à peine (seul Christoph Waltz fait le lien, et encore pas vraiment : il n’est important qu’au début de l’histoire de Laurent et à la fin de celle des basterds). Le film dure pourtant deux heures trente-trois, il aurait très bien pu – et je me suis fait exactement la même réflexion dans Pulp fiction – faire deux films, en recyclant les jolies scènes et en comblant un peu. Que nenni ! On hérite donc d’un film fourre-tout et dans l’ensemble assez peu cohérent.

Paresseux aussi parce que bâclé. Disons le clairement, la fin – en fait les fins parce qu’il y a deux histoires – sont complètement ratées. J’ai souvent dit qu’il est difficile de trouver une bonne fin à un film mais là, ce n’est pas une mauvaise fin, c’est une non-fin de quelqu’un qui n’avait aucune inspiration et qui un beau jour en a eu assez, a laissé son scénario en plan en disant j’arrête là et a donné son script à finir à un atelier d’écriture pour classe de primaire. Pour Mélanie Laurent, on se contente gentiment de liquider tout le monde d’un seul coup dans une orgie de violence ce qui évite d’avoir des comptes à rendre au spectateur qui s’était un peu attaché aux personnages. Pour les basterds, c’est tout simplement grotesque. On a l’impression que c’est le résultat d’une séance d’écriture automatique, on n’y croit pas, on perd le contact qu’on avait avec les personnages, bref on s’en fout.

Bâclé également car les personnages sont peu incarnés. Malgré des acteurs parfaitement castés, l’action prime souvent sur la réflexion et comme le nombre de personnages est important et que ces personnages sont souvent campés sur le mode bouffon, on n’a pas vraiment l’occasion de s’identifier à eux. Christoph Walz et Mélanie Laurent seraient des exceptions mais le personnages de Brad Pitt est ectoplasmique, tout comme ses basterds d’ailleurs. De plus, de bons acteurs comme Michael Fassbender ou Diane Kruger sortent trop rapidement de la scène pour qu’on ait le temps de les apprécier. C’est dommage, il y avait surement du grain à moudre dans ce domaine pour rendre le film plus attachant.

Paresseux enfin parce que – à mon avis – un peu complaisant. On connaît Tarantino, on sait que la violence est son domaine et on le lui a pas mal reproché. Je ne suis pas spécialement coincé en la matière, d’un côté, l’excès de violence est racoleur, c’est entendu, le sang a toujours fait vendre, mais de l’autre la violence peut aider à augmenter la tension dramatique d’une scène, c’est à ce moment une partie intégrante du scénario et ce n’est pas forcément blamable.

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Dans Inglorious basterds, je ne sais pas de quel côté pencher : les fusillades avec des milliers de balles qui fusent dans tous les sens, pourquoi pas, la scène où on voit un soldat allemand se faire trucider à coup de batte de baseball, admettons, les scalps filmés en gros plan de manière parfaitement réaliste, est-ce bien nécessaire ? Quant à l’idéologie qui sous-tend l’action des basterds, c’est à dire le fait de tuer le monde tout en faisant souffrir le plus possibles d’allemands, avec un sadisme digne du pire des kapos d’un camp d’extermination, dans le plus pur style « loi du tallion », est-ce que ce ne serait pas un tout petit peu nauséabond quand même ?

Tarantino est cependant malin, la plupart des scènes ultra-violentes sont jouées avec outrance, par des personnages excessifs comme Brad Pitt ou Waltz, la scène est souvent drôle en plus d’être violente et Tarantino sait très bien mettre les rieurs de son côté, en fait, le réalisateur fait dans l’ultra violence bouffonne pour mieux la faire passer, mais tout de même, on peut se demander si le choix du rire relève du choix assumé de faire rire ou simplement de dégonfler les arguments de ses potentiels détracteurs (« mais c’est pour déconner voyons ! Tu ne vas pas prendre ça au sérieux ! »). Je suis perplexe là-dessus, en tout cas pas vraiment convaincu. Je vous laisse – chers lecteurs – seul juge.

La critique quant à elle a été partagée sur ce film mais dans son ensemble élogieuse. J’y ai lu un certain nombre d’élucubrations du style « Tarantino réinvente le genre du film de guerre » où autres bouffonneries de ce genre. Ben voyons ! Si un genre est ré-inventé dans Inglorious basterd, c’est celui de la pochade qui d’ailleurs existe déjà sous cette forme et n’est donc pas ré-inventée du tout. La guerre n’est qu’un prétexte pour mettre en scène une violence stylisée mais outrancière qui est la marque de fabrique du réalisateur. Si on considèe que Tarantino se joue des conventions pour ré-écrire le code des « films sur la deuxième guerre mondiale », alors il convient aussi de rendre hommage à Gérard Oury qui fait de même dans La grande vadrouille ou à Jean-Marie Poiré qui s’y colle dans Papy fait de la résistance.

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3 réflexions sur “Inglourious basterds (2009) de Quentin Tarantino

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