Network (1976) de Sidney Lumet

Network, est un film de 1976 de Sidney Lumet, il s’agit d’une satire – qui flirte à certains moments avec le science fiction – de la télévision et des compromissions à laquelle elle est prête à faire pour simplement s’assurer quelques points d’audience.

Au départ, il s’agit d’un présentateur du journal télévisé en fin de carrière, alcoolique et déprimé qui, peu avant d’être licencié pour audimat en berne, annonce en direct qu’il va se suicider sur le plateau la semaine prochaine pour ne pas avoir à vivre son licenciement annoncé. Sommé de s’amender, il revient le lendemain sur le plateau, affirme que c’était une blague et embraye illico sur une diatribe contre la télé en s’excusant d’avoir menti aux téléspectateurs pendant toutes ces années. Ces guignolades ne plaisent pas vraiment à la direction des programmes jusqu’à ce qu’elle constate … que chacune de ces saillies faisait monter l’audimat en flèche. Cet intéressant détail est immédiatement utilisé par Diana Christensen, une femme ambitieuse qui veut se faire une place au soleil de la corporation en faisant de ces clowneries un show pour capter encore plus d’audimat au mépris bien sûr de toute déontologie. Elle, la moderne, va petit à petit remiser les anciens au placard pour faire valoir sa nouvelle conception de la télévision.

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Le film comporte un moment d’anthologie, je devrais dire, un moment qui fait partie des anthologies – car je n’ai pas trouvé cette scène particulièrement forte – où Howard Beale, le présentateur joué par Peter Finch incite avec succès ceux qui le regardent et qui sont « en colère » à aller à la fenêtre et à hurler « I am as mad as hell and I’m not going to take that anymore » ce que font donc quelques millions d’américains en même temps. Cette réplique est la phrase célèbre du film mais cela n’en fait pas spécialement un bon film.

Car en fait voilà, je n’ai pas aimé le film. Je l’ai trouvé, dans le meilleur des cas mauvais, mal écrit, dans le pire des cas, outrancier jusqu’à en être raccoleur.

Le scénario est signé Paddy Chayefsky qui s’empare pour l’occasion d’un sujet en or – les dérives de la télévision – … dont il ne fera pas grand chose. Une classique histoire d’ascension puis de chute, assez bancale, avec une fin bâclée qui n’a aucun sens. Les méchants qui sont aussi les « modernes » s’opposent aux gentils qui sont les « anciens », adeptes de la télé de papa, dans un combat gagné d’avance sans ménager le moindre suspense.

Les ficelles du scénario sont un peu grosses. Un exemple ? L’ambitieuse Diana / Faye Dunaway va avoir une relation avec Max Schumacher / William Holden qui va durer six mois et se terminer par une retentissante scène de ménage où Holden va lui dire ses quatre vérités : qu’elle n’a pas de coeur, que c’est une machine et que son ambition la perdra et la rendra très malheureuse. La scène est convenue, moralisatrice et surtout complètement inutile car cela faisait bien longtemps que spectateur avait compris ce que le porte-parole William Holden vient d’énoncer. Du surcroît, le prix à payer en terme scénaristique pour en arriver là (une relation de six mois) est très, trop élevé. On n’imagine pas une seconde une intrigante comme Diana Christensen perdre six mois de sa précieuse vie avec un looser comme Max Scumacher alors qu’il y a tellement de lits dans lesquels se coucher pour faire avancer sa carrière. Le reste du scénario est à l’avenant, en un mot, on n’y croit pas.

Et c’est d’autant plus dommage que le casting est de qualité. On aime Faye Dunaway et William Holden, ce sont de bons acteurs, mais à l’instar de la plus belle fille du monde, ils ne peuvent donner que ce qu’ils ont ou ce qu’on leur demande et dans ce cas là, on ne leur demande pas grand chose malheureusement. On a Robert Duvall dans un second rôle, Peter Finch, le présentateur braillard fait le job mais rien à faire, tout y est prévisible, convenu.

En fait, l’intérêt du film – car il y en a un – est ailleurs. Le film est sorti en 1976 et les gens qui sont allés le voir étaient des gens comme vous et moi qui regardaient la télé … de 1976. A cette époque, il n’y avait que trois chaines toutes publiques, la publicité sur Antenne 2 était introduite pour une pomme qui se transforme en fleur, on n’émettait que de 6 heures à minuit sur certaines chaînes et quand on n’émettait pas, il y avait la mire et les présentateurs du journal s’appelaient Roger Gicquel (« La France a peur », vous vous souvenez ?) ou Yves Mourousi.

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Les gens familiers de cette télévision préhistorique sont donc allé voir Network, fiction apocalyptique qui esquisse une évolution totalitaire de la télévision. Pensez-donc ! Une télé où les vedettes sont des présentateurs stars qui se contentent d’éructer des âneries sans queue ni tête sur un plateau pour capter l’attention des téléspectateurs (on appelle cela un talk show aujourd’hui), un monde où un PDG affirme que bientôt, le monde ne sera plus qu’une gigantesque corporation où la démocratie ne sera plus qu’un show, un monde où les grands réseaux télé se font racheter par des arabes (dans le film) ou aussi de chinois ou des japonais, un monde où un guignol télégénique qui se contente d’éructer des insultes envers le système peut rassembler des millions ‘d »angry white men » derrière lui pour brailler « I am as mad as hell and I’m not going to take that anymore » comme les électeurs républicains de Donald Trump aujourd’hui, DE LA SCIENCE FICTION ma bonne dame. Dieu merci, nous n’en sommes pas là.

Eh bien si, nous en sommes ! En 1976, Network est un film de science fiction, en 2016, c’est un film de science, plus vraiment un film de fiction. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de ce film au demeurant peu intéressant.

Et un petit laïus pour finir sur la postérité du film qui est pour moi totalement incompréhensible. Ce film pas terrible a été nominé dix fois aux oscars (!), dont deux fois pour le meilleur acteur (William Holden et Peter Finch) et emportera quatre statuettes : Peter Finch (meilleur acteur) et Faye Dunaway (meilleur actrice), Paddy Chayefsky pour son scénario sans intérêt et … Beatrice Straight dans le rôle de la femme de William Holden pour le meilleur second rôle féminin. Elle n’apparaît à l’écran que cinq minutes et deux secondes, elle doit avoir véritablement trois scènes et je me souviens à peine de sa prestation. C’est le plus court rôle à avoir gagné un oscar de toute l’histoire pour le moment. Network a partagé la vedette à la cérémonie avec un autre chef d’oeuvre, Rocky (meilleur film, meilleur réalisateur) à cette 49ème cérémonie des Oscars, laissant sur le carreau des films mineurs et plus médiocres, eux aussi nominé comme Face à face d’Ingmar Bergman ou l’oubliable Taxi driver de Martin Scorsese (je suis ironique là, pour ceux qui n’auraient pas compris !). En ces années 70 triomphantes, empreinte de liberté et de culture hippie, il est probable que le jury des oscars avait fumé autre chose que des gitanes maïs avant de rendre son verdict.

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2 réflexions sur “Network (1976) de Sidney Lumet

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