Marguerite (2015) de Xavier Gianolli

Marguerite. Un film de Xavier Gianolli, sorti en France fin 2015 et outre-manche six mois plus tard, comme il se doit. A l’époque les critiques avaient été dithyrambiques. La barre est placée donc assez haut, qu’en pensé-je ?

Il s’agit d’une histoire hallucinante. Une très riche baronne qui peut s’offrir à peu près tout est absolument passionnée d’opéra et de chant lyrique. C’est toute sa vie, elle chante cinq heures par jour et chante aussi en public, devant un petit comité pour des oeuvres de bienfaisance (à qui elle donne généreusement). Le seul problème c’est qu’elle chante complètement faux … et qu’elle n’en a pas conscience du tout, et cela d’autant plus que personne ne le lui dit, tout le monde ne tarit pas d’éloges sur ses qualités vocales, par intérêt, par cruauté ou par affection, au choix. Le film raconte le devenir de cette castafiore dans le Paris des années 20.

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Un beau sujet sans aucun doute, servi par des acteurs formidables. Catherine Frot d’abord, dans le rôle titre qui chante merveilleusement faux mais qui aussi crée l’émotion, qui parvient à éviter à son personnage le ridicule pour en faire un personnage névrosé et touchant qui n’arrive simplement pas à se trouver, qui s’est égaré sur les fausses pistes de la vie et à qui personne n’indiquera la sortie. Elle est sincèrement émouvante dans ce rôle qui n’est pas un rôle de composition pour elle : c’est une resucée du personnage de Yolande dans Un air de famille dans lequel elle crevait déjà l’écran. Même personnage faible et naïf, même sensibilité à fleur de peau qui suscite l’émotion, même difficulté pour s’imposer dans un monde où elle n’a pas la parole. L’une (Yolande) est prolétaire, l’autre (Marguerite) est baronne mais le jeu est similaire. Pour notre plus grand plaisir.

Les autres acteurs sont à l’avenant : André Marcon en mari désespéré par la folie de sa femme qui le révulse, qui l’empêche de la désirer comme il le devrait, et Michel Fau en cocotte monstrueuse, sorte de Gargantua version drag queen en même temps que chanteur d’opéra sur le déclin qui se voit contraint de donner des cours de chant à la baronne. Lui aussi est grandiose, un rôle trucullent, « larger than life », en fait et lui aussi crève l’écran.Il y a encore Denis Mpunga dans le rôle du chauffeur noir de Marguerite, sorte d’ange gardien qui veille à ce qu’elle ne découvre jamais ce qu’on essaie de lui cacher. Il est à la fois terrifiant et finalement bienfaisant envers le personnage (Marguerite) auquel le spectateur s’attache.

Tout cela est fort bien, mais, car il y a un mais, un peu outrancier. Ces acteurs sont hauts en couleur et jouent tous, d’une certaine manière, leur partition – c’est le cas de le dire -. Cela est accentué par la manière de filmer de Gianolli au plus près des personnages et des objets. Gros plans sur la bouche de Marguerite, sur le visage du chauffeur, scène de la photo filmée en regardant à l’intérieur de l’objectif pour distinguer, à l’autre bout, l’oeil de celui qui la prend. C’est brillant sans aucun doute, dans le style Almodovar de la grande époque (fin des années 80), mais je me demande dans quelle mesure cela relève du gimmick ou de l’exercice de style. Pire encore, cette dextérité dans la composition des plans se fait au détriment de l’émotion. Le film est censé être émouvant (pas comme les pochades d’Almodovar) mais est desservi en cela par la manière de filmer. L’émotion repose presque exclusivement sur le jeu des acteurs, de Catherine Frot au premier chef.

Certains bouts du scénario sont laissé en suspens. On ne sait pas trop où certains personnages veulent en venir, c’est le cas du mari où on se demande si il aime vraiment sa femme où pas, c’est aussi le cas du chauffeur, les motivations qui font qu’il protège contre vents et marées sa patronne contre sa folie ont soulevé des questions auxquelles le film ne répond pas. Il y a une histoire d’amour esquissée entre Hazel l’apprentie chanteuse et Lucien le journaliste dont le scénario aurait pu se passer et dont on ne sait pas trop comment elle finit, l’attitude du même Lucien et de son compère Kyill est ambiguë (veulent-ils plumer la baronne, simplement se foutre de sa gueule ou éprouvent-ils une réelle affection pour elle) n’est jamais vraiment éclaircie

Le film a été touné à Prague où a été reconstitué le Paris des années 20. L’esthétique des décors n’est pas celui du réalisme et les scènes sont délibérément filmées sur le mode sépia. Nous sommes un peu dans un Paris de pacotille de Midnight in Paris – le film de Woody Allen -, au café où la baronne massacre la marseillaise par exemple, dans les boîtes de jazz où la baronne s’éclate avec ses amis. Là encore pourquoi pas, c’est le parti-pris du réalisateur après tout, mais pour convaincre le spectateur que je suis, c’est une autre affaire.

Je savais avant le film que le film s’inspirait de la vie d’une jetsetteuse américaine de ces années là, Florence Foster Jenkins et c’est pouquoi une fois sorti du film, je me suis précipité sur la notice Wikipédia pour savoir quelle proportion de cette histoire rocambolesque était vraie. Eh bien la réponse est … tout ! La folie musicophile, la volonté désespérée de chanter l’opéra à tout prix et surtout le fait que le monde entier parvienne à lui cacher le fait qu’elle chante horriblement faux, son idée de ne pas chanter que dans des salons particuliers mais sur une grande scène (parisienne dans le film, le Carnegie Hall dans la réalité) et jusqu’à la fin du film que j’ai personellement trouvé assez abrupte, TOUT EST VRAI. Wikipédia ajoute même un extrait d’un enregistrement de Jenkins chantant l’air de la reine de la nuit de la flute enchantée qui ressemble à s’y méprendre à ce que chante Marguerite dans le film de Gianolli. J’aurais vraiment considéré cette histoire comme un conte philosophique mais j’ai été sidéré de constater que le film relève quasiment du biopic.

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Et c’est un autre élément à mettre à mon avis au débit du film. Si cette histoire est vraie, elle est vraiment à la fois hallucinante et bouleversante et le choix (je pense que c’est un choix) de ne pas filmer de manière réaliste, avec ses acteurs trop truculents, ses plans trop virtuoses et ses décors trop léchés pour être vrais, ne joue pas à fond la carte de l’émotion brute (qui aurait nécessité une approche plus neutre). On rit plus qu’on est touché dans le film, on le rangerait plus dans la catégorie comédie, voire biopic, que dans le drame alors que l’inverse lui aurait donné plus d’impact. C’est assez dommage.

Voilà donc un post bien tiède sur un film quand même plaisant. C’est un retour de balancier assez classique dans ce blog, je me laisse toujours un peu emporter pour faire le contrepoids aux critiques dégoulinantes qui ont accompagné la sortie française du film. Cela reste un bon film que je recommande à qui voudrait le voir même si il convient de se garder des excès d’honneur dont il a bénéficié.

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Une réflexion sur “Marguerite (2015) de Xavier Gianolli

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