Vers l’autre rive (2015) de Kiyoshi Kurosawa

Vers l’autre rive (titre anglais Journey to the shore) dernier film du réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa est sorti en 2015.

Il s’agit de l’histoire de Mizuki, jeune femme triste et seule qui vit depuis la mort de son mari, Yusuke, en donnant des leçons de piano à des enfants. Une vie solitaire et morne. Un beau jour, son mari « revient », en fait il s’agit de son fantôme, et ces deux là vont faire un voyage dans le Japon de visiter les endroits où Yusuke est allé et re-rencontrer les gens, morts ou vivants, qu’il a croisé : là où il a été coursier pour livrer des journaux, là où il a été professeur pour ensigenr à des villageois la dualité onde-particule, là où il a été amant avec le médecin de l’hôpital qu’il fréquentait trop assiduement. Mizuki va suivre ce fantôme pour ce voyage qui va se terminer au bord de la mer où Yusuke va partir pour son dernier voyage.

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Kurosawa est un réalisateur qui a changé plusieurs fois de style au cours de sa carrière. Il a commencé dans le filon populaire des films policiers et surtout d’horreur, avec un certain succès mais sans vraiment sortir des frontières du Japon. Sa première incursion dans le « family drama », un genre dans lequel, depuis les films d’Ozu, le cinéma japonais excelle, fut avec Tokyo sonata, film formidable, projeté à Cannes en 2008, et qui l’a fait connaître à l’étranger. Journey to the shore, film de sept ans postérieur à son grand oeuvre, ne poursuit pas vraiment dans cette veine même si il raconte l’histoire d’un couple, car il s’aventure dans le domaine du fantastique. Le film est peuplé de morts, de fantômes, d’avatars ce qui ne sied pas très bien au genre du family drama et qui somme ajoute une corde supplémetaire à l’arc cinématographique de Kurosawa, déjà bien fourni.

Disons le tout de suite, je n’ai pas été emballé par le film. Et la principale raison en est son intrigue … pour le moins embrouillée. Elle est tirée du roman de l’auteur japonais Kazumi Yumoto. Il s’agit donc d’une histoire de revenants, je viens de le dire, mais malheureusement, il m’a fallu un temps fou avant de le comprendre et même à la fin du film, je dois admettre que je n’étais même pas sûr de qui était un personnage vivant et qui ne l’était pas. La faute à une scène au tout début, où Kurosawa montre la jeune veuve qui part en vadrouille avec son mari dans une histoire un peu folle et qui au plan suivant … se réveille dans son lit et affirme qu’elle a rêvé. Le plan juste après – que je considérais comme « réel », c’est à dire non rêvé -, on voit son mari, supposément mort, toujours dans l’appartement en train de farfouiller ce qui a achevé de me convaincre que le mari revenu était un être de chair et d’os ce qui est faux. J’ai donc passé une bonne partie du film sur ce quiproquo ce qui n’a pas arrangé ma compréhension du scénario.

Second grief, toujours sur le scénario, il n’y a pas vraiment de fil rouge. Le film se compose de trois ou quatre séjours dans des lieux différents où visiblement Yusuke a vécu avant de mourir. On y découvre, ou on croit y découvrir, certains éléments de sa vie antérieure et par cet aspect le film serait presque un film à sketches. Il tourne néanmoins autour du personnage central de Mizuki – c’est peut-être cela le fil rouge -. J’ai pensé que le film était peut-être un film initiatique mais si c’est le cas, je dois admettre que Mizuki, et nous avec, apprend peu au cours du film. Sinon, chacune des « scènes » qui se termine par une scène de réveil (de Mizuki dans son lit) m’a semblé un peu répétitive à mon goût (il faut dire que je m’épuisais en même temps à comprendre qui était un spectre et qui ne l’était pas). Le film manque en fait de liant, de cohérence pour nous accrocher au destin de son personnages principal, Mizuki.

Au crédit du film, son casting. Le rôle de Mizuki est joué par la très belle actrice Eri Fukatsu qui est émouvante dans son rôle de femme triste et malheureuse. La première scène où elle donne une leçon de piano à un enfant et où la mère de celui-ci lui reproche de laisser trop de liberté à son rejeton pendant les cours, critiques qu’elle avale d’un air soumis, cette scène est assez bouleversante et pose le personnage dès la première minute. Le reste est à l’avenant, elle suit son fantôme de mari et essaie de s’accrocher à lui alors que – peut-être le sait-elle au fond d’elle même – elle ne peut pas l’attraper, toujours ce même sentiment d’impuissance et de soumission. Fukatsu joue ce rôle complexe avec beaucoup de pudeur, et m’a donné une raison pour racheter le film en partie. C’est sans contexte une très grande actrice.

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La cinématographie de Kurosawa est elle aussi magnifique. Le réalisateur sait filmer pour exprimer l’émotion, ses images sont nettes et savent capter les sentiments des personnages, il a un réel talent pour cela qui peut faire des étincelles lorsqu’il est servi par un scénario à la hauteur – c’est le cas dans Tokyo Sonata – mais là ce talent tombe un peu à plat et c’est très dommage. On a de l’empathie pour Mizuki, le personnage principal, mais ce sentiment est éphémère, ne tient pas sur la durée, il est simplement généré par un plan artistique sur son beau visage triste et non pas par une approche de long terme, basé sur un scénario taillé sur mesure.

Voilà ! Mon avis est donc plus que mitigé, et celui des quelques critiques que j’ai compulsé aussi. Cependant, le film a été montré au festival de Cannes dans la section Un certain regard et Kurosawa a obtenu le prix du meilleur réalisateur, rien que ça ! C’est dire que le film a plu à certains – au jury au moins -. Les distributeurs sont cependant restés sur leur réserve; le film, à la différence d’autres film de lui comme Tokyo Sonata, n’a pas bénéficié d’une très large diffusion, au moins en Angleterre.

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