Café Society (2016) de Woody Allen

A la rentrée de septembre, avec une régularité équivalente à celle des vendanges, le dernier film de Woody Allen est sorti sur nos écran. Et vous savez-quoi ? Avec la même régularité je suis allé le voir, et avec la même régularité, ça m’a gonflé.

Il s’agit de Bobby, un rejeton d’une famille juive populaire de New York, dont la soeur est institutrice et le frère mafieux, qui se rend à Hollywood où il sollicite les bons offices de son oncle Phil qui y est producteur. Ce dernier le fait généreusement pénétrer dans le milieu du cinéma où il se crée un petit réseau et il en profite pour tomber amoureux de la secrétaire de Phil, Vonnie, qui ne peut lui rendre sa passion car elle est déjà une relation, je devrais dire plutôt une liaison, avec un homme … marié qui n’est autre que l’oncle Phil. Ce dernier (Phil) finit par larguer Vonnie car il veut « sauver son couple », du coup la belle commence une liaison avec Bobby, mais Phil change d’avis et se remet avec Vonnie, pour finalement l’épouser, au grand désespoir de Bobby qui rentre à New York où, usant de ses contacts d’Hollywood, se fait une place dans la « café society » de l’époque, c’est à dire devient un socialite, le mec ami des célébrités, le mec le plus cool des mecs cools de New York (sans jamais faire rien d’intéressant par lui même, une sorte de Paris Hilton en pantalon à pinces). Un beau jour, Phil et Vonnie se pointent dans le café et … c’est à peu près tout. Elle lui dit ça va, il lui répond ça va … Puis clap de fin.

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Le scénario ne semble pas très intéressant, ça tombe bien le film non plus. Il s’agit d’une vague bluette pour une fille qui oscille entre deux amants – et qui ne sais pas vraiment ce qu’elle veut -, assez téléphonée par moment et de toute façon quand cela ne l’est pas … on s’en fiche.

On s’en fiche d’ailleurs autant que Woody Allen lui-même. J’en veux pour exemple la fin du film qui est complètement bâclée. J’imagine que les derniers mots du deuxième paragraphe de ce post n’ont pas dû vour exciter plus que ça, et pourtant il racontent très exactement le dénouement. On en attendait quand même un tout petit peu plus, c’est du Woody Allen m…de ! Et bien non, le festival de Cannes approchait, il s’agissait de torcher le film le plus vite possible et peu importe de lui trouver un épilogue crédible. De toute la façon peu importe, la critique cannoise sera unanimement élogieuse, comme à chaque fois.

Le film lui même, à l’image du scénario, sent la naphtaline. La cinématographie, plus particulièrement le parti pris esthétique du film consiste à tout filmer en couleurs criardes, saturées mais pas vives, qui tendent sur la sépia. Les décors sont années 30 mais ont l’air volontairement de pacotille. Les costumes, les coiffures des dames, tout est très clinquant, on dirait une vieille photo jaunie, numérisée et photoshopisée pour en réhausser les couleurs, les rendant ainsi complètement artificielles. Là encore, je ne sais pas quelles sont les intentions d’Allen là-dessus, mais quelques semaines après avoir vu Barry Lyndon (dont l’approche de la reconstitution historique exigeante est l’opposée de celle d’Allen), le choc est rude.

Les personnages manquent complètement de profondeur psychologique, ils sont caricaturaux. Ils sont censés s’aimer mais on ne ressent à aucun moment l’étincelle de la passion, on a même du mal à croire à certaines idylles et c’est peu dire qu’on n’a absolument aucune empathie pour les ruptures que le film montre. On ne pense pas « c’est trop triste », on se réjouit pas « c’est bien fait pour lui », on commente simplement « ah bon », enfin bref, on s’en fiche.

Les acteurs ? Eh bien ils font leur job, Jesse Eisenberg, le Mark Zuckerberg de The social network (film que je n’ai pas vu) ne m’a inspiré … absolument rien du tout. Kirsten Steward, la grande Kirsten Stewart, l’immense actrice de Sils Maria, l’émouvante fille rebelle de Still Alice, suscite ici l’indifférence – quel gâchis ! -. Je ne peux pas y aller de mon petit laïus sur les acteurs comme à chaque post, ils ne sont ici ni bons ni mauvais, il sont ectoplasmiques, il n’y a rien à dire sur eux, ce sont simplement leurs personnages, leurs rôles qui sont mauvais.

La production de Woody Allen depuis une dizaine d’années, depuis Match point en gros, varie autour d’un étiage de « films honnêtes » à des années lumières de ses chefs d’oeuvre des années 70 et 80 (Manhattan, Annie Hall etc …). On y retrouve des thèmes récurrents comme la philosophie de bazar au service d’une intrigue policière (version réussie dans Match point, ratée dans Irrational man), les années 30 et le jazz (réussi dans Midnight in Paris, raté dans Café society) où l’histoire d’amour à trois poussive (raté dans Vicky Cristina Barcelona et … raté dans Café society). C’est un réalisateur qui a eu beaucoup de talent mais qui avec le temps se contente de faire des films bâclés avec des grands acteurs qui l’aiment et lui font confiance. En fait, il s’est « lelouchisé » (même si je vous rassure chers lecteurs, sa production actuelle n’est certainement pas aussi médiocre que du Lelouch fin de carrière, c’est seulement la trajectoire et les pratiques qui sont similaire).

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Je suis allé voir ce film à l’Electric Cinéma, un cinéma, style années 30 d’ailleurs, merveilleux avec un luxe suranné et choix entre des fauteuils en cuir tout confort (avec pouf pour poser ses pieds) et … comment dire… des lits où on peut carrément s’allonger pour regarder le film ou se livrer à toute autre activité qu’on peut pratiquer en position couchée – dormir probablement -. Un ami avec lequel je suis allé au cinéma – et qui a pensé la même chose que moi du film – a commenté laconiquement à la fin : »un film parfait pour une date ». Ooouui ! Cela dépend du type de date, une date qui s’extasie devant tant de niaiserie, voire … mais une date qui va au cinéma « pas pour le film mais pour ce qu’on y fera » (sur les fauteuils lits de l’Electric), alors là, cela peut se négocier.

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