Rester Vertical (2016) d’Alain Guiraudie

Rester Vertical est un film du réalisateur français Alain Guiraudie, c’est le film qui suit son grand succès L’inconnu du lac (film que je n’ai pas vu mais qui a été encensé par la critique). Je l’ai vu dans la cadre du London Film Festival – qui est une manifestation qu’habituellement je boycotte – un peu par désoeuvrement, et cela d’autant plus que la salle n’était pas pleine et que le film n’était pas suivi par un débat – ce qui est inhabituel lors du festival – .

Léo est un scénariste, en mal d’inspiration qui se balade sur le Causse en Lozère. Là, il y croise un vieux rocker dont s’occupe un Adonis pasolinien auquel Léo fait, sans succès, des avances, et puis finalement Marie, une bergère qui garde son troupeau de moutons armée d’un fusil pour tenir le loup à distance mais qui va vite lui faire l’amour et aussi d’ailleurs un enfant qu’elle ne voudra pas garder, le laissant à Léo qui ne sait pas vraiment quoi en faire. Léo va alors trimbaler le bébé au rythme de ses pérégrinations, entre la maison du rocker, où il espère revoir son éphèbe, la maison de Marie ou vit maintenant seul son père qui va lui aussi éprouver une passion pour Léo, la paillotte d’une naturopathe new age, isolée dans le marais poitevin qui va le conseiller sur comment aborder sa paternité et Brest où, tout SDF qu’il est (il n’a plus de moyens de subsistance à ce moment là du film), il va côtoyer quelques clochards pas vraiment pour le meilleur, surtout pour le pire. Le pire, c’est aussi quand il succombera à la tentation et sodomisera le rocker qui mourra au cours de l’opération ce qui lui vaudra des ennuis avec la police et la DDASS qui va lui retirer son enfant : il est vrai que sodomiser un vieillard à l’agonie – mais consentant – sous les yeux de son bébé, même si ce dernier n’est pas à même de saisir en profondeur ce que fait son père, ce n’est pas vraiment de bonne pratique éducative. Pour finir, et pour échapper à la police et à son producteur qui le poursuit pour qu’il finisse son scénario, Léo va finalement devenir berger, poussant le perfectionnisme jusqu’à dormir dans la bergerie avec un agneau dans les bras ou veiller sur le Causse un fusil à la main pour essayer de tirer le loup.

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Voilà donc le synopsis à peu près complet du film. Comme vous le voyez, le scénario est pour le moins… comment dire … allégorique. A l’évidence, sa cohérence n’est pas le propos du film, en fait, il s’agit plutôt de s’assurer que le scénariste Léo mette en abîme Guiraudie lui-même puisque lui aussi a du mal à écrire son scénario, lui aussi, pressé par son commanditaire (qui lui fait régulièrement des avances de trois mille euros), finit par pondre quelque chose dont il pense que « c’est nul » mais que le producteur trouve « formidable ». Je ne sais pas si cela s’est vraiment passé comme cela pour le film mais j’ai trouvé le procédé amusant, d’autant plus que, en lisant le résumé ci-dessus chers lecteurs, vous avez peut-être pensé « c’est nul » alors que la critique et moi jusqu’à un certain point n’est pas loin de penser, « c’est formidable ».

Il y a des thèmes qui sont développés dans le film au premier rang desquels la paternité, contrainte d’abord, acceptée ensuite. C’est le sujet le plus développé dans le film qui en expose les contraintes mais sans trancher ou sans suggérer comment les surmonter. Il faut dire que ce thème est cannibalisé par un certain nombre des thèmes satellites pour le moins inhabituels : la présence du loup sur le Causse et la difficile cohabitation avec les bergers autochtones par exemple, ou encore les amours homosexuelles « rurales », c’est à dire qui concernent des gens vivant à la campagne.

Ce dernier sujet est évoqué en mettant à l’écran un certain nombre de pratiques que la morale (d’antan) réprouve. Copulation certes, mais aussi branlette, sodomie, cunnilingus, accouchement en gros plan (scène que j’ai trouvé assez insoutenable), gérontophilie voire nécrophilie, tout y est. La floraison de ces scènes n’est, en 2016, pas vraiment choquante mais je ne suis pas sûr qu’elles soient vraiment nécessaires. Cela rangerait plutôt le film dans le sous-catégorie du cinéma de genre : le cinéma gay (et sur mon clavier ce n’est pas vraiment un compliment). Toutes ces scènes de sexe n’enrichissent pas vraiment le film, j’ai eu finalement l’impression de voir une sorte de manifeste communautariste ce qui a affaibli le propos du film. Rester vertical n’est « que » un beau film … gay tandis que par exemple La vie d’Adèle est un beau film tout court. C’est mieux ! Cela aspire plus à l’universel.

Mais je viens de le dire, malgré ces quelques réserves, Rester vertical est un beau film, au scénario parfois sans queue ni tête mais également poétique. L’errance de Léo sur le Causse est bucolique, les scènes dans le marais poitevin chez la naturopathe sont oniriques, les va et vient entre la ferme du père du Marie et la maison du rocker sont décalées, tous ces fils de la trame un peu patchwork, qui partent un peu dans tous les sens, donnent une âme à ce film, en font un bel objet qu’on se plaît à suivre, même si on découvre sur le tard qu’il va nous mener nulle part.

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Et cette poésie est concrétisée par la cinématographie de Guiraudie qui est magnifique. L’image est nette, il joue trés bien de la profondeur de champ (lorsqu’il regarde à travers les troncs de la forêt), du travelling en voiture (lorsque la voiture dévalle la route en lacet en haut de gorges que j’imagine être du Tarn) et dans l’ensemble, ses plans grand angle sont superbes (magnifiques paysages du Causse, sous le soleil, sous l’orage, la nuit etc …) tout comme ses plans rapprochés, sur le visage des acteurs.

 

Les acteurs ! Parlons-en ! Pas vraiment de stars, en tout cas aucun que je connusse. Ils s’appellent Damien Bonnard (Léo), India Hair (Marie), Raphaël Thiéry (Jean-Louis, le père de Marie), Christian Bouillette (Marcel, le vieux rocker), Basile Meilleurat (Yoan, l’éphèbe) et Laure Calamy (Mirande, la docteur new age). Il sont tous formidablement … formidablement quoi au fait. Choisis ? Castés ? Peut-être, mais il sont d’abord et avant tout formidablement filmés. Là encore, la caméra de Guiraudie fait des merveilles en choisissant la bonne exposition, le bon angle de vue de façon à magnifier ces acteurs et contre-balancer ainsi l’incohérence du scénario qui, à ce stade, n’est plus vraiment un problème.

Rester vertical est en fin de compte un film étrange et fascinant, déroutant au premier abord mais si on en accepte les codes et si on pardonne quelques coquetteries sexuello-provocantes pas indispensables, envoûtant. Le premier film de ce réalisateur que je visionne, film encourageant qui m’a clairement donné envie de voir ce qui est considéré comme son grand oeuvre : L’inconnu du lac !

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