Le couteau dans l’eau (1962) de Roman Polanski

Le couteau dans l’eau, titre pas très ronflant pour un film dans le titre anglais est Knife in the water et le titre polonais Noz w wodzie, est le premier long métrage d’un cinéaste promis à un grand avenir, le polonais Roman Polanski.

Il s’agit d’un couple, Andrzej, un journaliste sportif et sa femme Krystyna qui conduisent sur une route déserte sur laquelle ils manquent d’écraser un auto-stoppeur. Ils finissent néanmoins par le prendre avec eux et l’inviter à les joindre sur leur voilier pour une virée sur un lac. Et le film de conter cette croisière de 24 heures, avec une météo changeante et une atmosphère confinée qui va créer une certaines forme de tension entre les personnages ainsi que quelques péripéties.

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Ce film est un peu particulier car c’est le premier d’un immense réalisateur qui avait 29 ans à l’époque et découvrait un peu l’univers du cinéma. Il avait réalisé au préalable quelques courts métrages remarqués mais là, c’est véritablement la première fois qu’il se jetait dans le grand bain. Il a tatonné lors de l’écriture de ce film, s’est d’abord adjoint l’aide d’une scénariste dont il n’était pas satisfait avant de rencontrer Jerzy Skolimowski, un jeune (25 ans) artiste, lui aussi cinéaste en herbe, poète à ses heures qui s’est joint à l’équipe et sous les conseils duquel le scénario a été partiellement réécrit (entre autre chose, il a décidé de condenser l’action en 24 heures alors qu’il était originalement prévu qu’elle sétendît sur trois jours) pour complaire à Polanski.

Cette première étape passée, restait une seconde, autrement plus difficile : passer sous les fourches caudines de la commission de censure qui en 1962 en Pologne n’était pas vraiment une bande de joyeux lurons. La première mouture du script est tout d’abord rejetée sous prétexte qu’elle n’avait pas un caractère social suffisamment prononcé, au grand dam de Polanski – et cela d’autant plus que la pré-production avait déjà commencé -. Dix-huit mois plus tard, sentant une légère détente dans le microcosme politique polonais de l’époque, Polanski re-soumet son script, très légèrement amendé et là bingo : Il est approuvé et le tournage peu commencer.

Le film porte en germe ce qui sera plus tard la marque de fabrique du cinéma de Polanski. Les thèmes d’abord. Il s’agit d’un film sur le couple, un couple soumis à certaines tensions extérieures (thème qu’il reprendra dans Rosemary’s baby, Cul de sac ou plus tard Lune de fiel). Le huis clos où à tout le moins le thème de l’enfermement ensuite, qu’un retrouvera dans Le locataire, Répulsion ou La jeune fille et la mort. C’est un Roman Polanski dont le cinéma reste encore à construire qui esquisse ces thèmes dans sa première incursion dans le long métrage.

La filmographie est véritablement virtuose. On l’a dit, le décor, sur le voilier, sur le pont ou, encore pire, dans la cabine, est extrêmement confiné, ce que le réalisateur compense en prenant tous les angles de vue, toutes les profondeur de champ possibles et imaginables. Le cadrage est souvent inventif, surprend constamment, l’utilisation de la contre-plongée assez fréquente permet d’ouvrir le champ des possibles à la dimension verticale (quand le jeune homme monte sur le mat, ou quand les personnages nagent dans le lac) alors que la surface du bateau limite considérablement le champ horizontal. De l’aveu même de Polanski, le tournage a été très compliqué. Si trois acteurs sont à l’étroit sur ce petit yacht, vous pouvez imagnier les douze personnes d’une équipe de tournage. Qu’importe, le réalisateur a su relever le défi qu’il s’est lui-même lancé et le film est véritablement étonnant, un bel objet, créatif, utilisant parfaitement le média cinéma.

Un bel objet certes … mais qui m’a aussi un peu semblé relever de l’exercice de style. Oui, c’est brillant , mais brillant pour quoi faire? L’un des défaut du film à mon avis est qu’il ne réussit pas à exploiter les possibilités de tension offertes par le scénario. Voyez un peu, nous avons un couple, lui plus âgé, la quarantaine, bel homme mais un peu arrogant, elle très belle jeune femme, un peu étouffée par lui mais dont on sent qu’elle n’attend qu’un occasion pour se rebeller. Entre ces deux là, on devine que les feux de l’amour ont quelque peu perdu de leur éclat, et ils vont passer 24 heures avec un bel inconnu, dans un espace très exigu sur un minuscule voilier. Que pensez-vous qu’il arrivât ? Eh bien pas grand chose, ni dans les faits, ni même dans les intentions ce qui m’a semblé un peu frustrant et donne l’impression que le film ne marche que sur la seule jambe de la virtuosité filmique

Les acteurs ne sont pas en cause : ils sont bons et bien castés. Les deux acteurs masculins sont des gens du métier : Andrzej, le mari (Leon Niemczyk) est un acteur reconnu et le jeune homme (Zygmunt Malanowicz) vient tout droit d’une école de théâtre. Il n’y a que le jeune femme (Jolanta Umecka) qui est une non professionnelle, que Polanski a répérée en prospectant dans une piscine municipale à Varsovie (sic ! il le dit dans sa biographie, ça fait un peu pervers) et qu’il a embauchée après une audition. Un bon casting ce qui est important pour un film où les gros plans sur les corps et les visages sont fréquents.

Un joli film donc, pas parfait mais dont le noir et blanc donne un côté « vintage » en même temps qu’un côté Pologne des années 60 (bonjour les clichés dans ce blog !), pour un premier film, tourné sous la contrainte, je trouve cela plutôt réussi.

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Et je ne suis pas le seul. Le film a reçu le prix de la critique au festival de Venise en 1962, une de ses images (où le jeune homme s’apprête à embrasser Krystyna) et été choisi en couverture du prestigieux magazine Times pour illustrer le cinéma international et le film a tout bêtement été nominé dans la catégorie meilleur film en langue étrangère aux oscars de 1963 (malheureusement, Huit et demie de Fellini l’était aussi et c’est lui qui a emporté la statuette). Ce n’est pas mal, cela apporte beaucoup à un jeune réalisateur : de la gloire, de la notoriété et probablement un peu d’hubris aussi. La gloire et la notoriété ont cependant poussé Polanski à quitter son pays natal : il ne tournera plus d’autres films en Pologne mais – dans l’ordre chronologique – en Angleterre, aux Etats-Unis et finalement en France. Sa carrière peut enfin commencer.

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