Aviator (2004) de Martin Scorsese

C’est officiel, c’est le dernier film du cycle Scorsese qui m’aura occupé (ainsi que les lecteurs de ce blog) pendant deux mois. Il s’agit cette fois de Aviator (The aviator en anglais, Aviateur au Québec et au Nouveau Brunswick, traduction non retenue sur le sol métropolitain probablement pour ne pas semer la confusion chez les fans de Véronique Jeannot), un film de 2004.

Le film raconte l’histoire romancée d’Howard Hughes, un milliardaire excentrique et obsessionnel, amoureux, par ordre décroissant d’importance des avions, du cinéma et des femmes. L’homme a hérité de la fortune de sa famille dans le para-pétrolier au Texas mais est en même temps un homme d’affaires hors pair. Le film commence en 1927, sur le plateau du tournage de son film Hell’s angels, et plus particulièrement de la scène d’une parade d’avions, de petits coucous devant représenter un combat aérien pendant la première guerre mondiale. Hughes est partout et subventionne le film à fonds perdus, ajoutant un nombre invraisemblable de caméras pour que la scène soit correctement filmée, arrêtant le tournage en attente d’une météo adéquate (des nuages épais qui ressemblent à des seins) où exigeant, après deux ans (en 1929) que le film soit entièrement retourné pour y ajouter le parlant. Un film à la démesure du personnage. La suite du film conte de manière décousue différents épisodes de la vie de Hughes : sa relation avec Katherine Hepburn, la fois où il a battu le record du monde de vitesse en avion, son terrible accident lors du crash de son prototype le XF11, la prise de contrôle de la compagnie aérienne TWA et la guerre commerciale avec Pan-Am où le vol inaugural du plus gros avion avion du monde, le H4-Hercules.

aviator

Scorsese a donc choisi un personnage haut en couleur pour ce biopic très romancé, un de ces destins qui font de toute évidence un bon scénario. De mon côté, j’ai mis sous le boisseau mon hostilité chronique à ce genre de films, le biopic, qui s’efface il est vrai devant la personnalité – et le talent – du réalisateur. Je dois admettre que je ne suis pas allé la fleur au fusil pour voir le film mais que j’ai été en fin de compte plaisamment surpris.

La relation du vrai au faux dans ce film est particulière. Il y a beaucoup de films – souvent larmoyants – qui relatent une histoire vraie mais qui sont tellement mal tournés, sentencieux qu’on n’y croit pas (voir par exemple toute la filmographie de Ken Loach). Aviator, c’est très exactement l’inverse. L’histoire de Hughes a été réécrite pour le cinéma et c’est un choix dont le spectateur prend conscience dès les premières minutes, il n’est donc pas floué. Mais la manière dont c’est filmé, le choix des acteurs, la dramaturgie, font qu’on a envie d’y croire. En tout cas, je me suis précipité sur la fiche wikipédia de Hughes en sortant du cinéma pour séparer la vrai du faux, par curiosité. Alors oui, la relation avec Hepburn n’a pas duré aussi longtemps que le film le laisse entendre, oui l’épisode où Hughes s’enferme chez lui à regarder des films en se clochardisant n’a eu lieu que dix ans après ce que montre le film, oui Di Caprio sous-joue le côté dandy de son héros et surjoue le côté obsessionnel mais c’est une position assumée par le scénariste John Logan : inconsciemment on comprends que Aviator va simplement nous donner une vague idée de qui était Howard Hughes et comme le film est bien enlevé, on s’en contente fort bien.

Une deuxième de mes réticences est tombée lorsque j’ai vu ce film, c’est celle vis à vis de Leonardo Di Caprio. Je suis de ceux qui n’ont jamais été convaincu par le talent de l’acteur et qui a dit pis que pendre de certaines de ses interprétations pourtant encensées par certains (au hasard : Le loup de Wall Street, Django unchained). Je dois admettre qu’il est très émouvant dans ce film. Son visage poupin colle assez bien avec le grand enfant qu’on s’imagine être Hughes, on croit à ses obsessions, on se réjouit de ses succès, on frémit lors de son audition devant le Senate Committee. Il est bien entendu omniprésent car c’est le personnage principal mais il est à sa place, il emmène sa petite troupe de fidèles qui le suivent dans sa folie et je dois admettre que si j’en vais été, je l’aurais suivi aussi. De tous les films de Scorsese avec Di Caprio que j’ai vus (c’est à dire tous, sauf Gangs of New York), c’est sans doute son meilleur rôle.

Le second rôle du film, est celui de Cate Blanchett qui interprète Katherine Hepburn et contre toute attente, celui-là m’a moins convaincu. Elle joue la « vraie » Katherine Hepburn, une grande actrice indépendante mais aussi un peu fofolle, excentrique – et donc parfait pendant de Hughes – et je trouve cette fois que Blanchett surjoue un peu son personnage. Elle est censée être celle par qui la romance arrive, ces deux là sont – à l’écran en tout cas – faits pour s’entendre mais je trouve que cela ne passe pas vraiment. Je ne sais pas si c’est parce que c’est raté ou parce que c’est voulu, après tout, le vrai Hughes n’a connu que de manière très éphémère Hepburn et pour ce qui est des sentiments, je citerai Gene Tierney qui a déclaré « I don’t think Howard could love anything that did not have a motor in it » mais les faits sont là : le personnage d’Hepburn et le commencement de relation entre ces deux là m’a semblé un peu plaqué.

Les amateurs de cinéma se régalent: il y a beaucoup de caméos dans le films où on voit des vedettes de l’époque : Jean Harlow (Gwen Stefani), Ava Gardner (adorable Kate Beckinsale), Errol Flynn (Jude Law) et aussi Louis B Mayer, le gourou de la MGM. Tout cela ne fait pas « too much », on est un peu en famille et cela d’autant plus que le film montre aussi à l’écran de réels extraits des films tournés par Hughes.

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Et enfin, il convient de rendre hommage au travail technique effectué par Scorsese et son équipe. Les scènes d’aviation sont assez bluffantes. Scorsese a décidé de reconstruire à l’identique les avions pour les scènes statiques (alors qu’il aurait pu utiliser la CGI – Computer Generated Imagery -) et c’est de toute évidence le bon choix. Les scènes d’envol furent réalisées avec des modèles réduits des avions. La sauce passe très bien et ces moments sont vraiment spectaculaires. Aussi, Scorsese qui est grand cinéphile et qui adore le cinéma, surtout celui de ces années là, s’est fait plaisir et s’est livré à quelques petites excentricités dans la cinématographie. Au début du film, jusqu’à l’année 1935, certaines scènes ont été colorisées numériquement de façon à restituer l’impression générée par le procédé « bi pack color », un mode de colorisation en vogue à l’époque où les cyans et rouges étaient proéminents et où les objets verts apparaissent avec une teinte bleutée. C’est le cas par exemple de la scène de l’atterrissage dans le champ de betteraves. Plus tard, alors que les techniques évoluent, Scorsese change sa palette et imite cette fois un procédé existant après 1935 et utilisépar RKO (le studio possédé par Hughes) : le technicolor trois bandes (Three Strips Technicolor). Comme il le fera dans Hugo plus tard, Aviator rend hommage à ce cinéma des pionniers par quelques petites additions techniques subliminales qui marquent les esprits mais que les ignorants comme moi n’ont pas clairement identifé lorsqu’ils ont vu le film.

L’académie des oscars ne s’y est pas trompée.Le film a été nominé onze fois et a reçu cinq statuettes dont quatre techniques (plus une pour Blanchett pour le meilleur second rôle féminin), c’est assez mérité. Un bon film en somme, quelques faiblesses par ci par là mais un ensemble assez exaltant qui fait qu’on ne voit pas vraiment passer les deux heures cinquante de projection.

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