Le mariage de Maria Braun (1979) de Rainer Werner Fassbinder

Le mariage de Maria Braun est le premier film que j’aie vu d’un cycle sur Rainer Werner Fassbinder, cinéaste allemand, un des acteurs principaux du renouveau du cinéma de ce pays dans les années 70 (avec des gens comme Wim Wenders, Werner Herzog ou Volker Schlöndorff). Emblème d’une génération rebelle dans un pays à l’histoire, passée et présente, troublée, l’ensemble de son oeuvre est passée en rétrospective dans un de mes cinémas fétiches : le BFI.

En pleine seconde guerre mondiale, Maria épouse Hermann Braun – le mariage étant célébré sous un torrent de bombes – avant que ce dernier ne parte combattre sur le front russe. A la fin du conflit, Hermann fait partie de ces soldats portés disparus que de jeunes femmes – dont Maria – veuves putatives, vont attendre chaque jour à la gare, en espérant leur hypothétique retour, en portant un carton avec inscrit dessus le nom de leur bien-aimé. En même temps et alors que les temps sont très durs pour trouver à manger ou de quoi se chauffer, Maria se fait embaucher comme hôtesse dans un bar pour GI américains, interdit aux allemands, sauf aux hôtesses bien sûr, et va commencer une relation avec un soldat noir américain, Bill, dont elle va tomber enceinte. C’est alors que, juste au moment où Maria s’apprêtait à faire l’amour avec Bill, Hermann revient et les surprend en pleine action. Devant la confusion qui s’en suit, Maria tue Bill en l’assomant avec une bouteille et va passer en jugement devant les autorités d’occupation américaines.

Ehe Der Maria Braun, Die / Marriage Of Maria Braun, The

Le mariage de Maria Braun est un film qui couvre une période de neuf années, 1945 – 1954, foisonnant, qui brasse une multitude de thèmes: L’Allemagne de l’après guerre sous l’occupation américaine, le miracle économique qui s’en est suivi, les femmes qui gagnent du pouvoir y compris au sein des entreprises, le pouvoir aliénant de l’argent… C’est plutôt intéressant et cela d’autant plus que certains de ces thèmes sont méconnus du grand public. Par exemple, la représentation de l’Allemagne en 1945, la misère affective provoquée par le sort des disparus (on connaissait La vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier sur ce sujet, Le mariage de Maria Braun nous rappelle que ce problème a aussi existé pour un autre conflit – la deuxième guerre mondiale – pour un autre pays – L’Allemagne -), la violence latente de l’occupation américaine dans cet immédiat près guerre, tout cela, projeté à l’écran dans des décors parfaitement reconstitués, émeuvent considérablement au début.

En revanche, le film perd pas mal de sa force à mon avis lorsqu’on s’aperçoit que ce réalisme crû ne représente qu’un aspect, qu’une partie du film, car le parti-pris du réalisateur n’est ni le réalisme documentaire, ni la volonté de « raconter une belle histoire », il s’agit par une succession de péripéties scénaristiques, de brasser tous les thèmes évoqués plus haut : on y voit ainsi Maria femme d’affaire, Maria qui joue de ses charmes pour mener les hommes par le bout du nez, Maria qui devient riche et arrogante etc … C’est un peu patchwork, un petit peu trop. Ce collage de sujets, traités de manière parfois réaliste, parfois allégorique, dessert à mon avis le film : l’empathie avec les personnages, qui marchait à plein pendant les vingt premières minutes retombe un peu comme un soufflé.

Dans Le mariage de Maria Braun, il y a aussi Hanna Schygulla. C’est l’actrice fétiche de Fassbinder, une actrice allemande, née en 1943 dans l’actuelle Pologne et dont la famille a fui pour l’Allemagne en 1945 comme des milliers de réfugiés de langue allemande à cette période là. Elle avait tourné dans certains grands films de Fassinder (dont Les larmes amères de Petra von Kant) mais ce dernier s’était fâché avec elle sur le tournage de son film Effie Briest, car l’actrice avait mené une révolte contre les bas salaires sur le tournage (comme quoi le syndicalisme à l’allemande vient de loin). Las ! 4 ans plus tard, la carrière de l’actrice bat un peu de l’aile, Fassbinder ne trouve pas l’actrice pour son prochain film: il voulait employer Romy Schneider mais cela n’a pas été possible, les problèmes d’alcool de l’actrice étant au moins aussi sévères que les problèmes de drogue du réalisateur, et voilà donc Hanna Schygulla qui a repris du service dans le rôle de Maria Braun dans lequel elle est absolument flamboyante. C’est une actrice magnifique qui incarne formidablement la femme allemande de l’après guerre, froide et sensuelle quand il s’agit de l’être parlant peu, sans fioriture mais sachant exprimer clairement ce qu’elle veut y compris avec des mots assez crûs. Elle porte le film sur ses épaules, donne la réplique avec le même aisance à de nombreux partenaires masculins. Son éventail de rôle va de la demi mondaine à la femme d’affaire en passant par la veuve éplorée sans que cela ne la gêne en aucune mesure. Ajoutons à cela qu’elle est belle comme le jour et qu’on la voit plus souvent qu’à son tour en petit déshabillé noir (je ne devrais vraiment pas écrire cela) et vous comprendrez que sa performance dans le rôle de Maria Braun et de celles qu’on n’oublie pas.

Fassbinder est un grand cinéaste et sa manière de filmer dans Le mariage de Maria Braun l’illustre parfaitement. Les plans sont cadrés précisément et très inventifs. Gros plan sur le gaz sortant d’une cuisinière, plan incroyable où Maria est couchée, la caméra – subjective – pointe vers le haut et Herman apparaît par le haut de l’écran, sans parler bien sûr des multiples scènes avec Hanna Schygulla que la caméra caresse véritablement. C’est du beau cinéma malheureusement parfois parfois entâché par des « innovations » qui tombent un peu à plat : le générique est étrange et assez illisible, la bande son des dix dernières minutes du film comprend une télévision qui retransmet la finale de la coupe du monde de football 1954 (gagnée par l’Allemagne contre la Hongrie en finale à Berne sur le score de 3-2) et nous avons donc dix minutes des Thierry Roland et Jean-Michel Larqué de l’époque que couvrent parfois des échanges entre Hanna et Hermann, on peut aussi mentionner quelques répliques assez crues, ou à tout le moins « directes » de Maria qui m’ont semblé peut-être un peu superflues… c’est un film créatif, sans aucun doute, mais les nouveautés par parviennent pas toutes à séduire même si mon impression d’ensemble est film est plutôt positive.

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Voilà donc Le mariage de Maria Braun, premier film du cycle Fassbinder que je visionne, mais film tardif du réalisateur. Un film d’un réalisateur qui voulait ré-inventer le cinéma de son pays et de son époque, un film parfois irritant, souvent réussi, un film d’un réalisateur qui s’adonait sans retenue à la drogue pour soutenir un rythme de travail intense, un film qui immortalise Hanna Schygulla comme le muse de l’artiste, un film qui fut aussi le plus grand succès commercial de Fassbinder, un film enfin qui fut le premier volet d’une trilogie dont je devrais aller vois les deux autres volets la semaine prochaine. Si Fassbinder vous intéresse un tant soir peut chers lecteurs, tenez-vous donc prêts: Le mariage de Maria Braun m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur son oeuvre.

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Une réflexion sur “Le mariage de Maria Braun (1979) de Rainer Werner Fassbinder

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