La mécanique de l’ombre (2017) de Thomas Kruithof

Juste avant que l’institut français ne ferme pour l’été, je me suis offert un des derniers films qu’il avait à l’affiche : La mécanique de l’ombre. Un petit film français dont je n’avais jamais entendu parler. Enfin français, en partie belge, car au rang des producteurs figurent un certain nombre d’institutions d’outre Quiévrain comme la RTBF et la région Wallonie. Enfin peu importe. Ce film a eu une diffusion assez confidentielle en janvier en France et a, contre toute attente, fait partie des rares films francophones qui ont bénéficié d’une diffusion, en dehors des festivals, en Angleterre. Les règles qui font que tel ou tel film sera assez largement diffusé à Londres et peu en France ont toujours été pour moi un mystère.

Il s’agit de l’histoire de Duval. Duval est un pauvre type, comptable licencié, sans emploi depuis déjà pas mal de temps et qui soigne avec succès pour l’instant un alcoolisme chronique en se rendant à des séances régulières des Alcooliques Anonymes. Un beau jour, il se voit offrir un boulot singulier, très bien payé mais « secret » : Il doit s’enfermer de neuf heures à six heures dans un appartement complètement vide et transcrire à la machine à écrire, sur papier, le contenu de bandes magnétiques qui sont en fait des écoutes téléphoniques, le tout pour un mystérieux individu qui se fait appeler Clément. Duval accepte machinalement – et aussi car le job est très bien payé – tout en se doutant bien que tout cela n’est pas très catholique. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’il vient de mettre la main dans une machination diabolique.

 

Il s’agit du premier long métrage de Thomas Kruithof – un réalisateur dont je n’avais jamais entendu parler – qui pour son coup d’essai va s’attaquer au genre thriller. Et, autant le dire maintenant, avec un certain succès. Le thriller, un thriller d’espionnage dans ce cas -ci, est un genre un peu casse-gueule, surtout quand on n’a pas l’expérience nécessaire pour ce genre de film. Il faut peser au trébuchet les aventures exaltantes et le réalisme de la situation, montrer des choses horribles ou incroyables tout en les gardant crédibles. Pas simple et cela d’autant plus que Kruithof instille dans son film des éléments d’histoire vivante: on y parle des carnets d’un homme d’affaire libyen qui font penser à ceux de Ziad Takieddine qui ont défrayé la chronique en leur temps, on y parle aussi de campagne présidentielle ou encore d’otages au Sahel. Tout ces éléments éloignent le film de la fiction et pour tout dire, sont à mon avis dispensables mais force est de constater qu’ils restent marginaux dans le scénario et ne nuisent pas à l’intérêt général qu’on porte au film. Car le film est véritablement mystérieux, c’est là son principal mérite. On ne sait pas vraiment, et cela jusqu’à l’épilogue, qui est qui et surtout qui commandite qui, et le suspense tient en haleine jusqu’à la fin, il y a des « twists », des coups de théâtre, des retournements bien ammenés ce qui, convenons-en, est le propre du thriller réussi.

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Le fil rouge du scénario est le personnage de Duval. Il s’agit du Candide de l’histoire, qui, comme nous, ne sait absolument pas où les autres veulent en venir et découvre petit à petit l’étendue de la machination. Duval est le personnage sympathique de l’histoire, naïf mais pas benêt, touché par le sort mais qui a gardé sa dignité, un personnage généreux, bien campé, essentiel dans tous les films de machination comme celui-ci. Et ce Duval est incarné par le formidable François Cluzet. François Cluzet n’est pas un acteur majeur du cinéma français (laissons ce titre aux superstars comme Belmondo, Ventura ou Luchini) mais c’est un acteur essentiel. Je veux dire par là qu’il fait partie de la multitude d’acteurs auxquels ce cinéma a donné sa chance, qui forment un vivier si dynamique de comédiens de talent, dont on peut-être sûr que, lorsqu’on voit leur nom sur l’affiche, on ne peut pas être déçu (même si le film est très mauvais, cela fera toujours plaisir de les retrouver). Là, dans un rôle de pauvre type, un peu largué, qui va d’abord se faire avoir puis ensuite se rebiffer, Cluzet est vraiment génial.

Les personnages non principaux sont aussi très réussis. Dans le rôle de Clément, nous avons le toujours impeccable Denis Podalydès. Acteur qui peut jouer sans effort tous les rôles, il est inquiétant à souhait dans son rôle de barbouze cynique et mystérieux qui tourmente Cluzet. Mais je voudrais insister ici sur le troisième rôle du film, tenu par Sami Bouajila. C’est un acteur que je n’avais jamais vu à l’écran et qui joue formidablement un autre rôle d’espion en cravate, lui aussi cynique, lui aussi inquiétant, c’est le pendant d’un monstre sacré comme Podalydès et Bouajila et il se montre parfaitement à la hauteur de ce rôle là ce qui, sur le papier, pouvait sembler une gageure.

Tout comme les acteurs, naïfs ou inquiétants à souhait, le filmographie est au service du film et de son scénario. La manière dont les plans sont agencés, cadrés, visent à ménager le suspense ou mieux, à créer une atmosphère angoissante. La scène finale de nuit dans un stade complètement vide, ou encore une scène où Duval est « enlevé » avec un plan sur une autoroute dans un tunnel (je pense qu’il s’agit du tronçon de l’autoroute A14 qui passe sous la défense) avec sa route grise et ses néons blancs sont complètement flippants. Entendons nous bien, La mécanique de l’ombre n’a pas un scénario aussi machiavélqie que, disons L’espion qui venait du froid, mais s’en approche et compense son handicap (le scénario n’est pas écrit par John Le Carré) par un casting aux petits oignons et par une cinématograhie qui use un peu – mais pas trop – d’esbrouffe mais au service de l’efficacité du film ce qu’on lui pardonne bien volontiers.

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Eh bien voilà! Je viens d’aller voir un bon petit film d’espionnage, avec plein de suspens, que j’aurais très bien pu rater, au vu du peu de publicité dont il a bénéficié, j’ai revu l’indispensable François Cluzet, le brillant Denis Podalydès, j’ai découvert Sami Bouajila et par dessus le marché, je viens de terminer sans efforts un post enthousiaste. On a connu des soirées moins réussies, non ?

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