L’amant double (2017) de François Ozon

Pourquoi suis-je allé ce soir voir, dans le cadre du French film festival, le dernier film de François Ozon L’amant double? Je villipende régulièrement les films de ce réalisateur dont pratiquement aucun ne trouve grâce à mes yeux et je pensais vraiment que celui-là, tout comme les précédents, au mieux me laisserait de marbre, au pire m’énerverait. La vérité, c’est que j’y suis allé par désoeuvrement. Je voulais aller voir un autre film (Floating clouds, film japonais de Mikio Naruse) mais il était complet, alors, de mauvaise grâce, je me suis contenté du plan B, Ozon donc. J’étais énervé avant même d’entrer dans la salle, c’est mauvais signe.

Il s’agit de l’histoire de Chloé, une jeune femme qui a de récurrents maux de ventre qu’elle pense être psychologiques. Elle va alors voir un psychiatre, prénommé Paul, qui la rassure, avec laquelle elle se sent bien et qui, contre toute attente : 1 / la guérit, 2/ tombe amoureux d’elle et 3/ s’installe avec elle en couple au sommet d’une tour dans la banlieue parisienne. Si cela pouvait être tout le temps comme ça, la sécu ferait des économies. Elle va cependant découvrir que son nouveau fiancé lui cache des choses, à commencer par l’existence d’un frère jumeau, Louis, sorte de double maléfique de Paul qui, différence notable avec « l’original », parvient à la faire jouir ce qui représente un plus indiscutable. Chloé va alors osciller entre une vie bien rangée où elle cache ses frasques à Paul, et une vie débauchée mais pleines d’interdits et de plaisirs avec Louis.

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Voilà donc une intrigue un peu tirée par les cheveux et somme toute assez ozonienne. Il s’agit de mélanger dans un shaker scénaristique environ 25% de mystère (qui est qui, qu’est ce qu’on nous cache), 25% d’épouvante (des trucs assez gore avec le chat, des meurtres, des estropiés et des gros plans anatomiques insoutenables), 25% de cul et 25% de délires psycho-débiles sur la gémellité, le double etc … style Black swan mais chez des bobos banlieusards. Voyons ces éléments un par un.

La gémellité, passons rapidement là-dessus. On sort du film en sachant tout sur les jumeaux, les jumeaux parasites ou cannibales, les jumeaux miroirs, les jumeaux avec lesquels on baise (style Faux semblants de Cronenberg), c’est la caution vaguement scientifique du film et qui permet de trouver une fin – que je ne dévoilerai pas -. C’est un peu lourdingue, sans grand intérêt et j’avais vraiment l’impression d’avoir déjà vu ça chez Ozon sans que cela m’ait impressionné outre-mesure.

Le cul, classique chez Ozon aussi. C’est probablement ce qui attire une partie de son public – dont en fin de compte je fais peut-être partie – dans les salles. Avoir une héroïne névrosée, c’est bien, mais avoir une héroïne névrosée ET frigide, c’est mieux. Et cela donne l’opportunité d’avoir une fin de la fin (vraiment la toute dernière scène, le tout dernier morceau de la bande son) très bunuelien – style Viridiana -. Il est des oeuvres où tout finit par des chansons, chez Ozon, tout finit par un orgasme. Et puis quitte à avoir du cul, autant que ce soit celui de Marine Vatch. C’est la régulière d’Ozon, je veux dire par là, c’est l’actrice régulièrement sollicitée par le réalisateur pour des scènes soft porn dont ce dernier est coutumier. Il y a eu Ludivine Sagnier dans la passé, elle a été remplacée depuis Jeune et jolie par la très belle ex-mannequin Marine Vacth, pour la plus grand plaisir des pervers comme moi. En fait, on va voir un film d’Ozon comme on va dans un bar à strip-tease : on a pas trop envie d’y aller car on trouve cela quand même cher pour ce que c’est, mais une fois qu’on a payé le ticket d’entrée, on le rentabilise autant qu’on peut en se rinçant l’oeil tout son saoûl. C’est très racoleur mais c’est aussi malin: cela gonfle le nombre des entrées et je me demande si cela ne gonfle pas aussi le côté élogieux de la critique (mâle) car cela reste pour moi assez inexplicable d’avoir des scènes de sexe assez gratuites qui trouvent grâce aux yeux d’une critique intello qui devrait plus s’apesantir sur des éléments purement cinématographiques.

Pour continuer sur le cul (c’est évidemment le point sur lequel il y a le plus à dire), si Ozon voulait vraiment crédibiliser son histoire, la threesome onirique entre Chloé et les deux jumeaux, ou bien la manière original de fêter une demande en mariage par une petite sodomie vespérale (où la femme sodomise son futur mari, pas l’inverse. L’égalité des sexes progresse…) sont à mon avis des scènes parfaitement dispensables, enfin moi, c’est ce que j’en dis…

L’épouvante. Il y des scènes qui font vraiment peur dans le film, en fait, il y a des scènes assez gores, gros plans sur des foetus, un vagin – chez le gynéco – qu’on aurait pu éviter, il y a des scènes de violence verbale et physiques (et sexuelle aussi lorsque le personnage de Louis entre en scène) assez oppressantes et, clou du film à mon avis, un personnage de voisine toute gentille mais extrêmement empressée – et amoureuse des chats – qui finit par faire réellement peur. Ce ressort là du film marche assez bien et maintient le spectateur cloué dans son fauteuil. Il n’y a pas de grand dessein, pas de réflexion globale sur un sujet de société, simplement une succession de scènes mais l’ensemble est tout de même, assez réussi.

Et enfin le côté mystére. il ne s’agit pas d’épouvante, plus de l’aspect policier du film. On sait assez rapidement que les personnages nous cachent quelque chose et le film nous fait découvrir des éléments inavouables petit à petit. C’est vraiment chouette et là aussi cela tient le spectateur en haleine, mais … il y a un mais, Ozon nous dévoile parfois des éléments tellement incroyables … qu’il ne sont pas vrais et que le personnage, à la scène suivante, se réveille montrant ainsi qu’il a rêvé le truc incroyable. Cette ficelle est un peu grosse mais resterait acceptable … si elle n’était pas utilisée cinq ou six fois dans le film ce qui finit par lasser et rendre le mystère prévisible, le comble pour un mystère. Cas classique d’un scénario qui est allé trop loin, qu’on ne sait pas comment rendre cohérent et que, plutôt que de couper la scène et remettre le scénario sur le métier, on préfère la garder et dire « ah oui, mais en fait ce n’était qu’un rêve ». Une solution de facilité! Eh oui, la facilité, voire la paresse, un pèché dont Ozon est malheureusement coutumier.

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Sinon pour le petit laïus traditionnel sur les acteurs. Il y a Marine Vatch qui outre de montrer sa plastique, toute sa plastique, nous montre aussi un certain talent d’actrice dont personellement, après Jeune et jolie, je ne l’estimais pas capable. Il y a Jérémie Régnier qui est très bien dans son double rôle de jumeaux miroirs, c’est à dire antagonistes. Il y a une Myriam Boyer aux faux airs de Cathy Bates (dans Misery) dans le rôle de la voisine inquiétante et aussi – surprise – il y a Jacqueline Bisset, la grande Jacqueline Bisset qui joue remarquablement un rôle de mère (si on veut bien oublier la saillie grotesque où elle traite subitement Chloé de pute sans qu’on sache vraiment pourquoi). Etonnant comment le réalisateur caste de magnifiques actrices américaines parfaitement bilingues dans certains de ses films comme aussi Charlotte Rampling dans Sous le sable. Un casting de bon aloi donc qui, et c’est le plus important, ne m’a pas énervé comme cela le fait pour les films traditionnels d’Ozon, un bon point à mettre au crédit du film.

Et un dernier coup de gueule quand même sur l’épilogue. Les astuces du style « à la fin, en fait, je vais vous faire voir que tout était faux et que vous n’avez absolument rien compris », ça marche quand c’est David Lynch (dans Mulholland drive) qui l’utilise, quand c’est Ozon, que c’est mal amené, dans un scénario foutraque pas vraiment écrit, cela ne passe pas ou mal. C’est plutôt la preuve qu’il n’y a pas vraiment de fil directeur de l’intrigue, qu’on a ouvert trop de pistes qu’on n’arrive pas à refermer et qu’on n’a pas d’autre solution que cette solution de facilité pour boucler son film en une heure trente. Le spectateur n’est pas dupe et le déception s’en ressent.

Alors conclusion ? Eh bien force est de constater que le pire n’est jamais certain. Il y a des aspects du film qui m’ont énervé ce à quoi je m’attendais, mais contre toute attente, il y a aussi des aspects qui m’ont bluffé, un Ozon de bonne facture donc et, comme du surcroît le film n’a pas été trop survendu (comme son précédent opus Franz), je suis sorti de la salle pas vraiment irrité mais plutôt apaisé, même si cela ne changera pas mon opinion plutôt mitigée sur le réalisateur.

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