Kramer contre Kramer (1979) de Robert Benton

Le cycle Dustin Hoffman continue et mon exploration du cinéma américain dans la décennie 70 au travers les films de cet acteur aussi. Aujourd’hui, voici donc Kramer contre Kramer, film de 1979 du réalisateur Robert Benton qui a valu à l’acteur son premier oscar.

Ted Kramer est un publicitaire talentueux et ambitieux. Tellement talentueux qu’il vient juste d’être promu « partner » de l’agence dans laquelle il travaille, un gage de succès certain. Oui mais voilà, lorsqu’il rentre chez lui à la maison tout heureux d’annoncer la nouvelle à sa femme Joanna, celle-ci a déjà fait ses valises et le quitte sans lui donner vraiment d’explication, le laissant seul avec leur fils Billy, avec lequel il n’avait pas vraiment passé beaucoup de temps auparavant, mais dont il va devoir s’occuper désormais. Le choc est rude mais Ted et Billy n’ont pas le choix, vont se recréer cahin-caha une vie de famille à deux, malgré les incompréhensions mutuelles, le manque d’expérience de Ted et son job qui lui prend tout son temps. Quelque dix-huit mois plus tard, Joanna, qui s’est reconstruite après avoir suivi une thérapie, revient et va essayer d’obtenir la garde de Billy.

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Le film porte pour la première fois à l’écran le problème du divorce et de la garde des enfants systématiquement confiée à la mère en ces années là. Un problème dont on commence à parler à l’époque comme le prouve la chanson contemporaine de ce film, Mon fils ma bataille de Daniel Balavoine, qui expose exactement le même scénario. Cela dit, je doute que Benton se soit inspiré de Balavoine, le scénario est plutôt tiré du livre éponyme d’Avery Corman adapté par Benton lui-même.

Pour ce qui est du casting, Benton bénéficiait d’un atout majeur : Dustin Hoffman. C’est une superstar à l’époque, pour un acteur qui est au zénith de sa carrière et qui peut tout se permettre. Dans ce film là – et j’imagine que c’est ce qui a dû lui plaire – il joue un rôle difficile dans la mesure où son personnage est « normal ». Il s’agit d’un publicitaire, jeune cadre dynamique, ambitieux, qui découvre la vie de famille et s’avère être un père aimant. Pas un flic, pas un justicier, pas un cowboy, pas un réprouvé, pas un alien, non, tout simplement un gars normal comme vous et moi. Pas facile d’être normal ! On connaît des « président normal » qui s’y sont cassé les dents, Hoffman lui s’en tire très bien. Il parvient à rendre une jolie histoire vraiment touchante : il joue un Ted Kramer attachant, faible par moment mais humanisé par les faiblesses dont il fait preuve (cela pourrait être nous …), combattif quand il le faut, repentant par moments, un personnage bien réel qui monopolise l’empathie. Au début, Benton réussi fort habilement à nous introduire ce couple en deshérence sans que le spectateur ne prenne vraiment parti, mais à la fin, le temps que Ted Kramer passe à l’écran couplé au talent d’Hoffman rend son personnage bien plus sympathique que sa contrepartie.

Le rôle de sa contrepartie justement est confié à une actrice à l’aube d’une grande carrière : il s’agit de Meryl Streep. Elle avait déjà joué des seconds rôles remarqués dans Voyage au bout de l’enfer de Michaël Cimino ou Manhattan de Woody Allen, là, elle se voit offrir un quasi-premier rôle comme partenaire de rien de moins que Dustin Hoffman. Avec le recul, et quand on connaît l’immense talent de Meryl Streep, on se dit « pourquoi pas », mais à l’époque, il s’agissait pour elle d’un pari risqué, pari gagné en l’occurence : elle aussi parvient à rendre réel son personnage. Savoir si ce dernier est sympathique est une autre histoire mais au moins elle est touchante. Elle nous expose les problèmes de couple, où personne n’est véritablement « méchant », mais où la manière dont les événements s’enchaînent fait que nous sommes dans un jeu perdant – perdant. C’est bien la même formidable Meryl Streep de Sur la route de Madison, une immense actrice qui avec ce rôle trouve la consécration méritée qui lui assurera ses succès futurs.

Malgré le talent des acteurs, les film n’est complètement exempt de défauts. Même si le « pitch » du scénario est intéressant, son déroulement est assez prévisible. Aucun des détails de l’intrigue n’est anodin et certaines des péripéties sont un peu téléphonées. Meryl Streep décide que quitter son mari le jour où il est promu partner (alors que si elle l’avait six mois plus tôt ou plus tard, il n’y aurait probablement pas eu de film). La scène de l’accident dans la cage à écureuil n’est pas anodine non plus et va servir au cours du procès. Toujours au sujet du procès, Ted Kramer se fait opportunément virer de son job juste avant, ce qui rend sa position difficile etc… On a envie de dire « ça tombe bien » et on constate que le destin s’acharne sur ce couple pour faire de leur histoire un désastre et ajouter un peu de pathos à la situation.

Le film est également un intéressant film de procès. Pas un film de procès classique où la totalité de l’oeuvre vise à démontrer la culpabilité, ou l’innocence d’un héros accusé de crimes abominables, non, là il s’agit d’un morceau du film (en gros un vingtaine de minutes) qui montre des anti-héros accusés non pas d’avoir trucidé quelqu’un mais simplement d’avoir été un mauvais père ou une mauvaise mère. C’est mal, certes, mais ce n’est pas gravissime, admettons le ! Cela prend le contrepied des films de procès traditionnels et montre en creux … la cruauté du système judiciaire américain et son côté spectaculaire poussé à l’extrême. Je m’explique : si les faits jugés avaient été un crime de sang, on ne se serait pas offusqué de voir accusés et témoins questionnés de manière obscène sur les parties les plus intimes de leur vie pour établir une vérité noire ou blanche (soit c’est un salaud, soit c’est un pauvre bougre). Là, nous avons un procès pour divorce – quelque chose d’autrement moins grave – dans lesquelles les mêmes pratiques choquantes et intrusives sont utilisées pour démontrer une vérité dérisoire au vu des moyens employés. Cela correspond de surcroît beaucoup plus à la réalité des procès que des films – au demeurant excellents – comme Douze homme en colère ou Autopsie d’un meurtre et c’est, à mon avis, un des mérites de ce film.

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En fin de compte, Kramer contre Kramer est aussi un film de son temps, c’est à dire de la fin des années 70. Costumes d’époque, cheveux longs (pour Hoffman) de rigueur, mais surtout attitudes d’époque, situation où une femme ayant une situation professionnelle établie abandonne son job du jour au lendemain sur simple demande de son mari pour se mettre au foyer, où l’éthique de travail consistait à se tuer à la tâche au bureau au détriment de sa vie de famille et de l’éducation de son fils, une époque enfin où, en cas de divorce, la garde de l’enfant était attribuée sans autre forme de considération à la mère. Tout cela a beaucoup changé de nos jours et on aurait du mal à projeter le scénario (écrit il y a « seulement » quarante ans) à notre époque. Alors ? un film démodé ? Ringard ? Pas du tout. un film je dirais « vintage ». Un film qui a vieilli mais qui illustre bien la nuance entre les films qui ont bien vieilli (ce que ce film est) et ceux qui ont mal vieilli.

Si il y a bien un aspect sur lequel le film est moderne, c’est la manière dont il a été formaté pour les oscars. Voyez un peu : deux grands acteurs au générique auxquels on donne des rôles légèrement à contre emploi, une histoire prenante et même émouvante, qui évoque des problèmes de société mais sans que cela reste trop cérébral, et bien sûr une happy end dont à mon avis on aurait pu se passer, tout cela a rafflé la mise aux oscars de 1980 : meilleur film, meilleur réalisateur (Benton), meilleur scénario (Benton encore), meilleur acteur (Hoffman) et meilleur actrice dans un second rôle (Meryl Streep), un véritable triomphe, pas immérité certes mais tant d’honneurs alors qu’Apocalypse now n’a obtenu que deux oscars techniques et Manhattan zéro … En tout cas, ce film est la preuve rassurante que les mauvaises habitudes (couples mal assortis où la femme est contrainte de rester au foyer) apparaissent aujourd’hui assez datées et les bonnes (les recettes pour raffler des oscars) persistent. Enfin les bonnes habitudes ….

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