Le Japan Film Festival 2018

Voici un post un peu inhabituel. J’ai passé la première semaine du mois de février à l’Institute of Contemporary Art (ICA) pour aller au Japan Film Festival pour essayer d’y voir le plus de films possible. Je fais cela tous les ans, ils ont en général un excellente sélection de films dont certain ne sont ni plus ni moins que des chefs d’oeuvre.

J’y ai vu cette année dix films et je ne vais pas bloguer sur chacun de ces dix films, tous confidentiels, la plupart jamais sortis en France, mais je voudrais quand même parler de cette semaine sur ce blog. L’an dernier, pour le même festival, je m’étais fendu d’un long post sur un des films qui était à mon avis sublime (Being good de Mipo O), cette année, voici un court laïus sur chacun des dix films en forme de pense bête et avec surtout le nom des réalisateurs pour pouvoir faire une « text search ». Et je vais même me hasarder à mettre des notes (simplement pour me rappeler combien j’ai apprécié certains des films qui risquent de me sortir de la tête).

Enfin, je laisse les titres en anglais car, pour la plupart de ces films, il n’y a pas d’équivalent français.

Room for let (1959) de Yuzo Kawashima (4/10) : Dans le Japon de l’après guerre, une jeune femme qui est artiste et crée des objets en porcelaine cherche à se loger. Elle s’installe dans une chambre à louer dans un ensemble d’appartements avec un patio central où elle a comme voisins toute une série de personnages tous plus extravagants les uns que les autres. Parmi eux, Yoda Goro, un professeur brillant mais un peu loufoque, ainsi qu’un de ses étudiants servile qui veut que son prof passe ses examens à sa place, une femme qui vend de l’alcool frelaté, une jeune femme toute excitée de retourner bientôt au village pour se marier … Le seul film « ancien » que j’aie vu du festival. Une comédie du Japon d’après guerre, en noir et blanc, plutôt dans le style loufoque, pas déplaisante mais pas hilarante non plus.

Initiation love (2015) de Yukihiko Tsutsumi (6/10) : Un adolescent complexé et un peu enveloppé, étudiant en math, rencontre au hasard d’une sortie avec des amis une jolie jeune fille qui le drague sauvagement, l’invite pour quelques dates et finit par le dépuceler lors d’un romantique weekend de noël dans un hôtel au bord de la mer où ils avaient loué la dernière chambre disponible. Un film sur l’amour initiatique comme son titre l’indique, sur les chausses-trape des premières expériences amoureuses et l’importance toute relative qu’on devrait y attacher – ce qu’en général on n’arrive pas à faire -. Un film qui ne vise pas le réalisme – il ne s’agit pas d’un film « social » – avec une histoire d’amour de jeunes adultes plutôt touchante et un retournement spectaculaire à la fin qui fait une grande partie de l’intérêt du film.

Birds without names (2017) de Kazuya Shiraishi (6/10) : Towako vit dans un appartement minuscule qu’elle partage avec Jingi mais selon un mode particulier : Jingi est éperdûment amoureux d’elle, paye le loyer – car Towako ne travaille pas – et se accède à tous ses désirs : il lui est complètement soumis, fait la cuisine, se fait copieusement insulter et traiter de minable par elle, et ne bénéficie de ses faveurs sexuelles que quand elle en a envie c’est à dire quasiment jamais. Jingi est ouvrier et travaille dur tandis que Towako est d’un milieu légèrement supérieur et surtout vit dans le deuil de son ex brutal petit ami, qui l’a larguée et qui d’ailleurs a disparu peu après. Pour tromper le temps, elle va alors commencer une relation avec un autre homme. Avec Yu Aoi dans le rôle de Tawako, un film assez grave, avec un twist que je n’avais pas vu venir, twist plutôt bien senti et une toute fin un peu étrange que j’ai trouvé adroite mais peut-être pas non plus transcendante.

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Yu Aoi in Bird without names

Gukoroku – Teaces of Sin (2016) de Kei Ishikawa (8/10) : Un journaliste va rendre visite à sa soeur emprisonnée pour avoir maltraitée son enfant. L’homme est déprimé et obtient du directeur du journal tabloïd pour lequel il travaille un job qui lui tenait à coeur: reprendre une enquête sur un meurtre sordide et non élucidé d’une famille de la classe moyenne aisée. Il va se replonger dans le passé des victimes et surtout leurs fréquentations à l’université et on va aussi en découvrir un peu plus sur son enfance et celle de sa soeur. Un très bon thriller, haletant, mystérieux, qui nous tient en haleine pendant la presque totalité du film avec aussi un ou des twists spectaculaires que je n’ai (presque) pas vu venir.

Joy of man’s desiring (2014) de Masakazu Sugita (4/10) : A la suite d’un tremblement de terre, deux petits enfants, un petit frère et une soeur un peu plus grande, perdent leurs parents dans l’écroulement de leur maison. La petite fille a vu sa mère mourir presque sous ses yeux tandis que le petit garçon ignore la mort de ses parents et pense qu’ils sont « en voyage ». Ils sont recueillis par un oncle et une tante. Une réflexion sur le deuil et la manière dont les enfants peuvent le ressentir, sur comment les adultes doivent l’annoncer et sur l’impossibilité véritablement de s’en sortir. Le film a de beaux moments (par exemple la toute fin) mais un rythme un peu lent, ce qui peut être normal lorsqu’on parle du deuil, mais qui en font un film un peu longuet.

Oh Lucy! (2017) d’Atsuko Hirayanagi (7/10) : Setsuko est une vieille fille, la quarantaine passée qui vit seule et qui est au fond d’elle même malheureuse. Un beau jour, sa nièce lui demande – pour obtenir un remboursement – de prendre des cours d’anglais à sa place, ce qu’elle accepte pour tomber, sur un bellâtre comme prof d’anglais avec des méthodes très peu orthodoxes. Elle en tombe amoureuse aussi sec mais malheureusement pour elle, le prof est lui amoureux de sa nièce qui a 25 ans de moins qu’elle avec laquelle il s’envole sans prévenir pour les Etats-Unis pour refaire leur vie à deux. Setsuko décide alors de partir elle aussi à la recherche de sa nièce et de son bel Apollon et va être accompagnée par sa soeur, la mère de la fugitive. Une comédie douce amère assez bien faite, loufoque et tendre à la fois, qui sonne assez juste c’est à dire qu’elle parvient à délivrer son message – sur la solitude et la misère sentimentale des femmes non mariées ayant passé la quarantaine – tout en restant drôle. Une réussite. Avec Josh Harnett.

Where I belong (2017) de Shinji Azuma (9/10) : Izumi est une petite racaille, un enfant perdu, sans famille, sans nulle part où aller, qui survit en agressant des femmes pour leur voler leur sac à main. Un beau jour, il va même, pour arriver à ses fins, donner un coup de couteau à sa victime avant de s’enfuir et se retrouver après une petite cavale dans un village de montagne perdu, recueilli par une vieille femme qu’il a aidé après qu’elle est tombée de son scooter. Très réticent envers ces paysans durs à la tâche au départ, il va comprendre que cette vie saine et modeste peut donner un sens à la sienne. C’est vraiment la perle rare, l’un des plus beaux films du festival. Un film très touchant, tout en délicatesse, une histoire de rédemption formidablement dosée qui évite toutes les erreurs du genre : un rythme parfait, des péripéties pas niaises comme souvent dans ce genre de film (le personnage de la jeune fille par exemple a le bon goût d’être un moyen et non une fin) avec pour résultat final la petite larme qui m’est venue à l’oeil. Vraiment un film magnifique.

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Kento Ayasji and Etsuko Ichihara in Where I belong

After school (2008) de Kenji Uchida (9/10) : Kimura est un futur jeune père … qui disparaît le jour où sa femme accouche. Son ami d’école Jinno va partir à sa recherche et va faire équipe, contraint et forcé, avec un détective privé qui recherche lui aussi Kimura pour un commanditaire mystérieux venant de l’entreprise dans laquelle Kimura travaille qui a des liens avec la mafia yakuza. Un thriller corporate hallucinant, très entremêlé mais, pourvu qu’on fasse attention ce qui n’est pas évident, tout à fait cohérent, le genre de film où on se réjouit d’avoir été berné à la fin, de n’avoir rien vu venir tout simplement parce que le scénario est vraiment haletant. Il n’y a pas un seul fil de l’intrigue qui est laissé en suspens (voir la toute dernière scène avant le générique de fin et … la scène après le générique de fin) et une petite réplique qui donne presque la « morale » de ce film fable à la fin lorsque Jinno s’adresse au détective et lui explique qu’il est comme les cancres dans une classe de collège. Une très belle réussite, bien mieux que de nombreux films du même genre plus renommés.

Japanse girls never die (2016) de Daigo Matsui – film aussi appelé Haruko Azumi is missing – (3/10) : L’histoire supersposée de Haruko, une jeune fille seule qui s’amourache d’un ancien camarade d’école un peu clochard et de Yukio et Manabu, un groupe de graffeurs qui taggent un motif sur les murs de la ville représentant précisément une affiche mentionnant Haruko comme un personne disparue, et qui vont connaître un succès certain sur les réseaux sociaux, et pour chapeauter le tout, l’histoire d’une bande de filles ultra-violentes qui attaquent les hommes seuls dans la rue et les battent comme plâtre. Un film d’abord très bien filmé, bien casté (avec la formidable Yu Aoi de Bird without names) mais au scénario d’abord sans queue ni tête avec des histoires qui s’entremêlent sans jamais se rencontrer et à la chronologie impossible à établir. Les thèmes développés sont à mon avis un peu nauséabonds (d’où la note assez basse) : une misoandrie beaucoup trop appuyée, les hommes sont tous des crevures dans ce film, un manifeste de la théorie du genre au service de pas grand chose, bref, un scénario orienté qui n’aurait même pas une « belle histoire » pour le soutenir et qui ne repose que sur le talent de ses acteurs. Bof !

The dark maidens (2017) de Saiji Yakumo (7/10) : Dans un collège catholique pour jeune filles au Japon a lieu une étrange réunion d’un club littéraire où, après avoir mangé une sorte de ragoût fait avec des ingrédients mystérieux, sur ordre de la « présidente », chacune des quatre membres va lire un essai qu’elles ont composé qui parle – et tente d’expliquer – de la mort d’Itsumi, la fondatrice du club, tombée du toi du collège un brin de muguet à la main. Et chacun de ses essais d’imaginer cette mort comme un crime avec une des membres du club dans le rôle de la meurtrière. Une intrigue mécanique mais aussi cohérente et structurée comme un Agatha Christie, style Dix petits nègres. Une esthétique manga au service de cette mécanique bien huilée, un « effet Rashomon » où chacun a une version différente de ce qui s’est passé plutôt bluffante même si il y a un peu trop de twists à la fin. Aussi, le film a les défauts du « manga filmé » – comme il y a le « théâtre filmé » – avec un scénario aux petits oignons mais pas beaucoup de cinéma : beaucoup trop de voix off pour raconter ce qui se passe ce qui rend le film difficile à suivre car il faut lire les longs sous-titrages. Dans l’ensemble une oeuvre assez prenante.

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Fumika Shimizu in The dark maidens

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