The square (2017) de Ruben Östlund

Je suis allé voir ce soir un film qui, comme souvent, est sorti en Angleterre six mois après être sorti en France. Et pas n’importe quel film : la palme d’or au festival de Cannes 2017, le film The square, du suédois Ruben Östlund. Un film à la fois singulier et polémique, je vais vous expliquer tout cela.

Christian est conservateur du musée d’art contemporain de Stockholm. Un beau jour, en se rendant à son bureau, il se fait voler son portefeuille et son téléphone portable dans des conditions troubles. Il parvient cependant à tracer son téléphone portable, car il avait activé la fonction, dans un immeuble miteux d’un quartier mal famé de Stockholm et c’est alors que l’un de ses collaborateurs va lui proposer une combine assez gonflée pour essayer de faire en sorte que les voleurs lui restituent le fruit de leur larcin. En même temps, Christian se démène pour organiser une exposition au musée centrée autour de l’oeuvre The square, de l’artiste argentine Lola Arias, qu’il vient d’acquérir et doit, d’abord et avant tout, solliciter l’aide de publicitaires pour faire le buzz autour de son projet.

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Je vais essayer de parler de ce film en oubliant qu’il a eu la palme d’or à Cannes car cela fausserait mon jugement, comme cela a, à mon avis, faussé le jugement, souvent tiède, de la critique française. Disons le tout de suite, j’ai aimé ce film, les deux heures et demie qu’il a duré m’ont paru courtes, j’ai rigolé assez souvent, de bon coeur la plupart du temps, jaune parfois avec quelques scènes qui m’ont cependant semblées évitables.

Avis donc divers car le film est lui-même divers. Il tire plusieurs fils scénaristiques dans de nombreuses directions qui nuisent à sa cohérence mais pas à son ton : à la différence d’autres films qui aussi racontent plusieurs histoires en une avec un talent inégal, Östlund nous présente trois histoires d’égale qualité même si elles n’ont pas grand chose à voir l’une avec l’autre. Il nous raconte ainsi l’histoire du vol du téléphone, loufoque en même temps qu’inquiétante, qui, réécrite un petit peu, aurait pu ressembler à du Kurimasmäki. Il y a aussi l’histoire de la promotion de l’expo, elle aussi drôle, plutôt satirique et je dois dire assez bien sentie, n’en déplaise aux fâcheux qui affirment que cela tire à bon compte sur l’art contemporain. Il y a enfin, l’histoire du plan cul avec la journaliste. Alors là c’est très simple, mettez simplement bout à bout la scène introductive où la journaliste interviewe le conservateur, suivie de la scène de sexe et conclure par la rencontre entre les amants d’hier le lendemain au musée, et nous avons un court métrage qui dure une dizaine de minutes absolument dé-so-pi-lant. Ce n’est quand même pas mal pour un seul film non ? Je trouve simplement dommage de tout rassembler en un long film de deux heures quinze pas très cohérent alors qu’il y avait, en le rallongeant un petit peu, de quoi faire deux longs métrages et un court d’excellente facture.

Drôle, désopilant : c’est dit, le film est d’abord et avant tout une comédie et on rigole plus souvent qu’à son tour, pour des raisons diverses mais pas toutes bonnes. On rigole d’abord simplement et sans arrière-pensées ce qui est très sain, comme par exemple lors de la scène de sexe et de ses conséquences qui est un morceau vraiment marrant du film. On rigole aussi, plus souvent, sur le dos de quelqu’un ou quelque chose. Sur le dos des publicitaires complètement allumés et prêts à tout pour « devenir viral », on rigole sur l’art contemporain et le snobisme qu’il suscite. C’est le cas lors du discours de Christian suivi du buffet, c’est le cas aussi lors d’une des scènes les plus drôles du film : lorsque la directrice du musée va voir catastrophée le conservateur lui expliquant que le gars chargé du nettoyage avait endommagé une oeuvre d’art composée de petits tas de cailloux disposés symétriquement par terre, en dispersant certains des cailloux pour nettoyer le sol, et qu’elle se voit rétorquer que ce n’est pas grave, elle n’a qu’à récupérer les cailloux et les remettre sur le haut du tas, personne n’y verra que du feu. Pour finir, on rigole enfin sur des trucs un peu moins drôles comme les malades mentaux (scènes de l’homme singe, de l’homme malade du syndrome de La tourette) ou les mendiants. Je n’ai pas pu savoir si cétait du second degré ou du mauvais goût – même si la frontière entre les deux est parfois difficile à établir – mais certaines de ces scènes – comme celle de l’homme singe qui aurait vraiment pu être complètement supprimée – font sourire certes mais m’ont aussi laissé une impression de malaise.

Les acteurs principaux sont vraiment très bien. Le rôle de Christian est tenu par l’acteur danois Claes Bang, un bellâtre avec pas mal de charisme, et qui fait un conservateur de musée parfaitement crédible – en fait il est aussi chargé des relations publiques, rôle dans lequel il est encore plus crédible – qui parvient à rendre son personnage antipathique au début (imbu de lui même, méprisant sous des abords doucereux et plein de préjugés) et plus sympathique à la fin lorsqu’il est confronté à des difficultés (lorsqu’il s’excuse auprès du gamin qui « voulait faire le chaos » chez lui par exemple). Un joli rôle pour un bel acteur qui tire bien son épingle du jeu.

Le principal rôle féminin – moins important en volume mais bon ressort comique du film – , celui de la journaliste, est dévolu à Elisabeth Moss qui elle aussi fait le job comme il le faut. Elle est journaliste quant il le faut, gourde à l’occasion, c’est par elle que survient une sorte d’humour loufoque (le singe, la capote, les questiosn saugrenues du lendemain) qui est à mon avis la partie la plus réussie du film. Je ne la connaissais pas mais elle a fait carrière dans le cinéma (un peu), au théâtre (un peu aussi) et surtout à la télévision où elle s’est fait connaître pour le rôle principal qu’elle a joué dans la série La servante écarlate (The handmaid tale).

Le film a-t-il un message ? Comme le film part dans plusieurs directions, il soulève plusieurs problèmes sans vraiment les développer tous. On parle de sexe sans amour (est-ce bien ou pas ?), le débat sur « faut-il s’autocensurer lorsqu’on risque de blesser les consciences ou pratiquer la liberté d’expression sans entraves au risque du voyeurisme » (lors de la séquence youtube), la critique au vitriol de l’art contemporain, que certains ont trouvé racolleuse et que j’ai personnellement trouvée plutôt bien vue et pour finir la difficulté pour une élite de gauche en smoking qui professe la tolérance et la charité de mettre en pratique les grandes idées qu’ils professent. Tous ces thèmes existent dans le film mais sont trop foisonnants pour être tous traités en profondeur, ils ne sont qu’effleurés et c’est pourquoi le « message » n’est pas ce qui ressort le plus, il passe au second plan derrière les scènes de comédie qui sont vraiment ce qu’on retient du film.

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Le film a été qualifié de « film de droite » (au masque et la plume par exemple, par des critiques de « gauche » alors que le critique du Figaro a adoré le film) ce qui m’a laissé songeur. Il semble que le réflexe conditionné « film de gauche » = bien, « film de droite » = mal est profondément ancré dans les inconscients ce qui pourtant n’a aucune raison d’être. Je me demande si les détracteurs du film ne se sont pas un peu reconnus dans le portrait de la gauche caviar montré à l’écran et n’ont pas accepté que le film renvoie une image miroir de leur attitude. Si essayer de recouvrer un bien qu’on vous a volé, fût-ce un simple téléphone portable, fait de vous quelqu’un de droite, à cette aune là, Le voleur de bicyclette est aussi un film de droite non ?

De droite ou pas, le film a plu a une certaine frange du monde du cinéma, à commencer par Almodóvar et au jury du festival de Cannes. C’est un choix vraiment étonnant, Cannes répugne normalement à récompenser des réalisateurs peu connus, le festival préfère récompenser des stylistes à la cinématographie léchée alors que le film est plutôt standard dans ce domaine là et surtout Cannes n’a jamais primé une comédie depuis … M.A.S.H. de Robert Altman en 1970 ! Autant dire que le jury a vraiment innové cette année. On pourrait bien sûr jouer au petit jeu du « oui mais c’est nul que tel film en compétition n’ait pas eu la palme » mais de toute façon on peut jouer à ce jeu là tous les ans. Je vais donc m’abstenir et me réjouir d’avoir vu un film plaisant et drôle d’un réalisateur que je ne connaissais pas et qui a mérité une consécration qui a au moins permis de le faire connaître au grand public, dont apparemment je fais partie.

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