Le BFI s’est fendu d’un cycle consacré à l’actrice italienne Monica Vitti, cycle dont je ne suis pas allé voir beaucoup de films pour une raison simple : j’avais déjà vu la plupart d’entre eux, en fait tout ceux de son début de carrière tournés avec son mentor Michelangelo Antonioni. Mais j’ai quand même saisi une opportunité dans le cycle qui m’a permis de faire d’une pierre deux coups : voir un film avec Vitti et accueillir dans ce blog ce grand réalisateur de comédie italiennes qu’est Mario Monicelli. Les deux se sont en effet rencontrés dans La fille au pistolet (La ragazza con la pistola), film sorti en 1968.
Dans une Sicile de pacotille et parfaitement rétrograde, Un homme, Vincenzo, enlève une femme, Assunta, l’emmène dans une ferme et la déflore. Une fois l’acte accompli, il convient de mettre les choses en ordre et que Vincenzo épouse Assunta. Cependant, cela ne se passe pas ainsi et ce dernier prend la poudre d’escampette. La loi d’airain sicilienne doit alors s’appliquer : pour venger sa soeur qui a été déshonorée (elle ne l’aurait pas été si la mariage avait eu lieu), il faut qu’un des frères d’Assunta tue le fuyard. Problème : Assunta n’a pas de frères car il n’y a que des filles dans la famille. Pour sauver la situation, Assunta décide que la seule solution et de se faire justice elle-même. Elle fait rapidement sa valise, y met un pistolet – d’où le titre du film – et s’envole pour Edimbourg pour retrouver Vincenzo.
Monicelli est un grand réalisateur de comédies italiennes mais moins renommé que d’autres comme Dino Risi par exemple et donc assez peu diffusé, et même assez peu connu, en dehors de l’Italie. Il n’empêche, la grande salle du BFI était aux trois quarts pleine … d’italiens : j’y entendais parler italien un peu partout. J’ai vu deux films de Monicelli dans un festival il y a très longtemps et j’avais, je me souviens, beaucoup rigolé. Là … pas vraiment, je vais essayer d’expliquer pourquoi.

Les prémices du film d’abord avec cette Sicile de conte horrifique où on peut simplement enlever les femmes qu’on désire puis les violer sans vraiment leur demander leur avis quitte à les épouser après. Cela m’a rappelé un film qui souligne également le côté rétrograde de la Sicile rurale, aussi une comédie, lui aussi pas vraiment drôle en tout cas selon moi : Divorce à l’italienne de Pietro Germi. On pourra certes toujours dire que le film est une satire et qu’il s’agissait au contraire de dénoncer ces pratiques en les moquant, l’entrée en matière est atténuée par des blagues et des effets comiques qui n’ont pas vraiment porté tellement le sujet est lourd : en ce qui me concerne, je n’ai absolument pas ressenti le côté satire et résultat, cela m’a plombé le film. Au XXIème siècle, le BFI, tout woke qu’il est, a affiché un trigger warning sur les portes de la salle c’est certaines scènes traitant les femmes de façon dégradante.
Après qu’Assunta s’est envolée pour la Grande Bretagne, on assiste à une série d’épisodes où elle cherche son Vincenzo, le trouve souvent par le plus grand des hasards mais le temps qu’elle sorte son pistolet, il a déjà décampé et il faut tout recommencer. Au cours de ces pérégrinations, elle rencontre des anglais qui vont l’aider dans sa quête et vont surtout la déniaiser, lui faire découvrir qu’on peut danser à touche touche avec un homme, voir aller dormir chez lui (dans la chambre d’ami !) sans être mariée avec lui. Certaines de ces péripéties sont plaisantes, le tout est un peu répétitif mais pas désagréable même si on est assez loin du grand frisson comique.
La troisième partie est une forme de morale de ce film qui s’apparente en fait à une fable. Assunta, n’ayant pas tué Vincenzo ne peut pas revenir en Sicile sauf à être rejetée pour cause de déshonneur, alors elle décide de rester en Angleterre pour y vivre et s’adapte sans trop de problème au mode de vie local, complètement dévergondé d’un point de vue sicilien. Elle devient mannequin, tombe son fichu pour déployer son opulente chevelure rousse et expose ses jambes sur des affiches publicitaires grand format et le Vincenzo en les voyant ainsi exhibées s’en trouve fort marri (c’est là la morale de l’histoire). C’est bien! Les méchants s’en trouvent punis et tout le monde est content et voilà pour une illustration légère du choc des cultures et pour l’attrait irrépressible du Swinging England envers les jeunes de contrées rurales très très reculées. Ce n’est désagréable, ce n’est pas déshonorant mais sur l’échelle de la comédie, c’est très moyen.

C’est Monica Vitti qui joue le rôle titre d’Assunta, avec son fichu noir, sa petite jupe serrée et son air pas commode pendant les deux tiers du film. Sa moue boudeuse colle très bien au personnage, j’ai un peu du mal à l’imaginer en paysanne sicilienne mais je suis peut-être un peu biaisé par les films d’Antonioni que j’ai vus. Son personnage en tout cas est l’exact opposé de la Claudia sophistiquée qui s’aventure en Sicile dans L’avventura, on imagine d’ailleurs très bien Assunta dans la foule des gens qui harcèlent Claudia dans le village sicilien dans la scène centrale de L’avventura. Elle est beaucoup plus séduisante – et on la reconnaît car avant ce n’était pas évident – lorsqu’elle tombe son fichu dans la dernière partie du film. Le rôle du mafiosi bête et looser est confié à l’acteur Carlo Giuffré qui lui aussi convaincant avec sa petite moustache de latin lover.
Le film a connu un très gros succès en Italie lors de sa sortie et a même été l’un des cinq films sélectionnés pour l’oscar du meilleur film étranger en 1968 (en même temps que Guerre et paix de Bondartchouk qui a empoché la statuette et Baisers volés de Truffaut). Le succès du film a d’ailleurs confirmé le talent comique de Vitti qui se verra proposer de nombreux rôles de comédie pour le reste de sa carrière. J’ajoute que les nombreux spectateurs du BFI ont beaucoup plus rigolé que moi, peut-être après tout ai-je manqué quelque chose mais je ne crois pas. C’est une mini-déception pour moi qui espérait réserver un meilleur accueil à Monicelli sur ce blog mais qui ne manquera pas de lui laisser une deuxième chance si ce réalisateur rare devait être reprogrammé dans les cinémas londoniens.


















