Aujourd’hui est l’ultime film de mon calendrier faisant partie des cycles (il y en a deux à la fois) Jeanne Moreau ET Brigitte Bardot dont le Garden Cinéma nous a gratifié. Gratifié … enfin presque parce je n’en ai pas tiré de posts très élogieux pour alimenter ce blog. Bref, pour le clap de fin, voici donc un film de 1965, signé Louis Malle, Viva Maria.
Marie est une jeune femme, révolutionnaire, terroriste même, irlandaise qui a fuit au Mexique pour échapper à la police et trouve refuge au milieu d’une troupe itinérante de forains. Elle est prise sous son aile par une autre Marie, qui avait un spectacle de music-hall mais dont la partenaire s’est suicidée (c’est ennuyeux !) et qui du coup embauche Marie l’irlandaise pour la remplacer dans un duo de choc « Maria y Maria ». Le duo est d’autant de choc que le numéro évolue d’un petit duo de chansonnette au début, vers le spectacle de cancan pour finir vers ce qui s’approche – pour l’époque – du striptease. Autant dire que la popularité de Maria y Maria va aller croissant. Un beau jour cependant, elle sont faites prisonnières en même temps qu’une bande de guérilleros par le potentat local, Rodrigues, ce qui va familiariser les deux jeunes femmes avec la revolución, dans laquelle elles vont s’engager corps et âme.
Il s’agit d’un scénario un peu dingo, une sorte de western parodique avec un duo de femmes comme héroïnes dans une révolution mexicaine de pacotille, de femmes qui, notons le, se comportent comme des hommes : elles flinguent sans arrière-pensée, elles sont copines – le film est un vrai buddy-movie -, elles ne sont pas contraintes par des attaches amoureuses (toutes celles – nombreuses – esquissées dans le film sont éphémères), au premier abord, on pourrait, avec le critères de maintenant, lui attribuer un côté féministe.

Le problème avec ce film – que je n’ai pas du tout aimé – est qu’il ne suffit pas d’avoir l’idée de mettre deux femmes dans le rôle des cowboys, encore faut-il en faire quelque chose. Et c’est là que le bât blesse : l’histoire est sans queue ni tête, absolument pas réaliste, et ne sonne jamais juste. Pour réussir avec ce genre de cahier des charges, il aurait fallu faire ce que fait quelqu’un comme de Broca : de l’action, du rythme, des aventures, du panache. Las! Les aventures se succèdent sans vraiment s’enchaîner avec des « méchants » (Rodrigues, l’inquisiteur) meurent cent fois et cent fois ressuscitent ce qui est exaspérant. La mort est traitée dans le film avec une étonnante désinvolture, je n’ai jamais bien compris si les bombes posées par la Maria terroriste du début, le suicide par amour de Janine ou les dizaines de morts de la révolution devaient être prises sur le ton de la comédie ou de la tragédie, mais la réponse est ni l’un ni l’autre : Malle n’est certainement pas le Sergio Leone d’Il était une fois la révolution ou le Sam Peckinpah de La horde sauvage et c’est peu dire que le film ne rend pas justice à son sujet historique pourtant passionnant: la révolution mexicaine.
Le panache alors ? Non ! Pareil ici il aurait fallu du souffle, de la présence. Certes on n’a pas Belmondo au casting, ni Harrison Ford, mais de toute façon on n’a pas non plus le scénario qui leur donnerait leur chance. La scène où Maria-Jeanne Moreau parvient à retourner un village de paysans en les faisant passer de la condition d’esclaves à celle de révolutionnaire nous gratifie d’un discours scolaire, lénifiant (qui cite le Jules César de Shakespeare) complètement à côté de la plaque. On nous donne de la grandiloquence là où il aurait fallu du panache.
Vous allez me dire, on peut aussi transformer une foule en révolutionnaire avec des discours lénifiants dans le style du « You’ve got to think for your selves! You’re ALL individuals! » des Monthy Python’s Life of Brian et après tout pourquoi pas puisque, si le film est un western, il est aussi censé être parodique. Certes, mais pour cela, encore aurait-il fallu que le film fût drôle et ce n’est vraiment pas le cas. Ce n’est pas un film à dialogue, il y a quelques comiques de situation assez répétitifs (Rodolfo et son fusil à canon courbe, l’homme de fer allemand qui soulève les carioles et écarte les barreaux de prisons, les acrobates qui sautent), des moments incongrus surprenant mais pas spécialement drôles (le squelette de cheval dans le désert, la mitraillette qui abat des palmiers, le train El pacificador rebaptisé El libertador après avoir été détourné), il y a quand même pas mal de cabotinage de la part des deux actrices qui essaient je pense d’occuper l’espace laissé vacant par un scénario – signé pourtant du grand Jean-Claude Carrière – et des dialogues aux abonnés absents.

La raison pour laquelle le film est connu est bien évidemment ses actrices et son casting de rêve pour l’époque. Le film ne tient d’ailleurs que par cela: comme Borsalino cinq ans plus tard, les noms des deux têtes d’affiches portent presque exclusivement le projet du film et le résultat est bien inférieur à la somme de leurs talents. Maria l’irlandaise terroriste est jouée par une Brigitte Bardot qui ne décevra pas ses fans avec son personnage à la cuisse légère et aux formes généreuses. Elle n’est absolument pas dirigée et pas du tout crédible en révolutionnaire. Sa voix particulière sied très mal au personnage. En face d’elle, son antithèse complète, Jeanne Moreau, autre sex-symbol de ces années là, mais dans des films (comme Les amants par exemple) moins délurés, plus cérébraux et surtout grande actrice de théâtre entrée dans le métier par la voie royale, pas par la presse people. A cette actrice, on confie un rôle incohérent de danseuse de chansons gentillettes qui s’improvise strip-teaseuse ou d’amoureuse qui se découvre révolutionnaire (et en plus je n’ai jamais été convaincu par les prestations de Moreau en amoureuse éperdue), en fait de personnage de comédie – pas vraiment coachée de surcroît – pour quelqu’un qui n’est pas vraiment à l’aise dans ces rôles là. En gros, le casting ne parvient pas à sauver le film pourtant mal barré.
C’est dit … je n’ai vraiment pas aimé du tout le film. Le mot qui me vient à l’esprit en en parlant est pochade : cela veut dire que ceux qui l’ont fait l’ont trouvé très drôle, qu’ils se sont bien marrés en la faisant (et c’est vrai, l’ambiance a été très joyeuse sur le tournage et tout le monde s’est très bien entendu) mais … cela n’a fait marrer qu’eux-mêmes et certainement pas le public auquel le film était destiné (et je confirme que la salle a très peu rigolé pendant la projection). Le film a quand même fait plus de trois millions d’entrées pour l’année soixante-cinq et se place à la neuvième place du palmarès de cette année là juste devant … Les tribulations d’un chinois en Chine de Philippe de Broca. Quelle ironie ! En ce qui me concerne, c’est la fin d’un cycle multiforme (en gros Bardot / Moreau / Malle) dont les quelques films que j’aurais vu ne m’auront pas vraiment transportés et qui ne se termine pas vraiment en beauté ce soir.


















