Joli petit film cet après-midi, une comédie légère et surtout égrillarde sorti cette année à Londres mais qui n’est pas, ou peut-être pas encore, sortie en France. Derrière la caméra, l’actrice-réalisatrice Olivia Wilde, qui a tourné le film The invite, L’invitation, sorti sur les écrans en 2026.
Joe est un homme amer et usé, qui donne des cours de musique dans une école minable près de San Francisco. Il est marié à Angela, une femme au foyer qui passe son temps à faire des courses et s’occuper de la déco, et a une fille de treize ans. Leur couple bat de l’aile. Cela fait longtemps que ces deux là ne communiquent plus, passent leur temps à s’engueuler et à se reprocher leur médiocrité. Lorsque Joe rentre et qu’il apprend qu’Angela a invité leur voisins du dessus, Pina une espagnole et « Hawk », à dîner et lorsque, pire, il réalise qu’elle a mis les petits plats dans les grands pour les accueillir (ce qu’elle ne fait jamais d’habitude), il exprime une vive colère et souhaite, de son côté, mettre sur la table le problème du bruit, des orgasmes de la voisine du dessus bien trop bruyants et qui l’empêchent de dormir. Il ne croit pas si bien dire car, à leur grande surprise, il apprennent ces orgasmes proviennent de partouzes organisées par les voisins dans leur appartement.
Ce film est un remake d’un film espagnol de 2020 signé du réalisateur catalan Cesc Gay, film tiré d’ailleurs de sa propre pièce adaptée pour le cinéma par Rashida Jones et Will McCormack. Le film est un huis clos, le décor est celui de San Francisco (et non à New York comme pas mal de films de ce genre) mais se déroule (sauf la séquence initiale) exclusivement dans l’appartement de Joe et Angela. Je n’avais jamais entendu parler ni du film, ni de la pièce ni d’ailleurs des multiples remakes dans plusieurs pays (Italie, Suisse, France, Corée) mentionnés dans la fiche Wikipédia. C’est pour moi une découverte et une découverte assez heureuse.

Il s’agit donc d’une comédie, qui a certes un côté screwball (le couple qui bat de l’aile qui va se redécouvrir) mais avec un ton sexuel assez prononcé qui est souvent le véhicule de l’humour. C’est une approche assez inhabituelle (le film est interdit aux moins de 15 ans) et cela marche assez souvent : c’est un grand classique, tout le monde voudrait parler de sexe mais personne ne le fait, aussi quand les barrières se désagrègent, quand le surmoi revient à la surface, si c’est bien fait c’est marrant. Le scénario est solide,. Il nous explique par petites touches comment ce couple heureux au départ (lui musicien, elle groupie) s’est désagrégé et prend bien soin de ne jamais prendre le parti de l’un ou de l’autre pour laisser le spectateur neutre au prix de retournements bien trouvés (Joe qui ne supporte pas que sa femme se promène nue devant la fenêtre mais se retrouve piégé lorsqu’on lui reproche de reluquer les seins de sa voisine dans l’ascenseur). Outre l’humour à caractère sexuel, il y a également les saillies classiques de scènes de ménage avec Wilde qui prend soin de ne pas nous aliéner ces personnages, de nous les faire prendre pour des guignols ou des pantins. Certains moments plus graves ramènent l’intrigue sur terre et leur donnent une épaisseur qui nous permet de compatir à leur misères conjugales.
Il est clair assez rapidement qu’il s’agit de théâtre filmé : l’unité de lieu de temps et d’action ne fait aucun doute mais la réalisatrice, Olivia Wilde, parvient s’en sortir, non pas en aérant son film, c’est à dire en le faisant sortir de l’appartement – une méthode éprouvée mais souvent artificielle – mais en usant de techniques purement cinématographiques. La stichomythie (succession de répliques courtes au débit de mitraillette) théâtrale est montée en scènes ultra-courtes mises bout à bout avec des notes de contrebasse qui évoquent la tension qui règne. Parfois, c’est la profondeur de champ – la focale changeante – qui joue ce rôle là dans un film où les réplique fusent. Parfois, on nous montre un rictus, un sourire entendu, une mine désabusée, des regards en dessous en réaction à une réplique ou pour éclairer les relations entre les personnages. Le film est nerveux et pas statique, Wilde maîtrise bien la technicité de son média cinéma pour faire sortir le film de la scène de théâtre où il était à l’origine cantonné.

C’est l’acteur canadien aux airs de bon nounours bourru Seth Rogen qui joue le rôle de Joe, un choix judicieux non seulement parce qu’il est excellent dans son rôle de mari fatigué, râleur et bourru, mais aussi parce qu’il est drôle lorsque la conversation prend un tour sexuel qui le déstabilise. En face de lui, c’est la réalisatrice elle-même qui joue Angela, Olivia Wilde, l’exact opposée de son mari, une femme qui s’ennuie, hyper-active, qui parle trop et qui elle se réjouit lorsque les sujets de conversation tournent sur le sexe (en fait elle est un peu gênée mais uniquement parce que son mari est présent et qu’elle ne parvient pas à associer l’image de ce dernier avec les jeux sexuels évoqués). Pour le couple de voisins échangistes, c’est Edouard Norton, le beau gosse, qui joue un « Hawk » (ce n’est pas son prénom mais il se présente comme cela et Joe la raille là-dessus) à l’aise, décontracté du gland et très charmeur et une Penelope Cruz craquante, à qui son côté latin et son petit accent donnent un surcroît de sex-appeal, moins mutique que son compagnon, plus exubérante, et qui sait, toute sexologue qu’elle est dans le film, donner des conseils avisés dans ses domaines de prédilection. Un très beau casting, avec des acteurs bien dans leurs rôles où chacun apporte sa pierre à l’histoire et à l’humour de la comédie.
Le film a été présenté pour le première fois au festival de Sundance en janvier 2026 et, chose étonnante, la veille du jour où je suis allé le voir (le 9 août 2026), il a été projeté au festival de Locarno sur la Piazza Grande. Wilde s’est exprimée et s’est plainte de la difficulté de voir son film diffusé en salle et non sur les plateformes (avec des offres extravagantes qu’elle a dû refuser) ce qui me rend cette femme – que je ne connaissais pas avant aujourd’hui – sympathique. Et comme en plus d’être sympathique, elle sait aussi réaliser de comédies drôles et entraînantes, elle ne peut trouver que soutien sur ce blog qui se réjouit qu’elle ait au moins été diffusé dans les salles, au Royaume-Uni.


















