Mad Max 2, sous titré Le défi en français, Road Warrior en américain (un titre plus parlant à mon avis) est un classique. Un classique du cinéma populaire certainement mais un classique quand même si j’en crois le BFI qui l’a mis au programme de ses « big screen classics », comme quoi la BFI n’est pas que un cinéma de snobs comme moi, mais peut aussi s’aventurer sur les plates-bandes, que dis-je !, sur les routes poussiéreuses du cinéma populaire pour nous projeter ce film sorti en 1981.
Nous sommes dans un monde post-apocalyptique, dans un désert où chaque homme survivant ne peut qu’être un loup pour les autres survivants. Max, un homme, avec son chien, fuit à fond la caisse dans une voiture « augmentée » ses poursuivants, une horde de motards punks qui visiblement veulent sa peau. Il parvient non sans peine à s’en débarrasser et va même jusqu’à siphonner l’essence d’une voiture qu’il a accidentée (et dont il a envoyé les occupants ad patres). En fait, dans ce monde sans foi ni loi, le vrai trésor, c’est l’essence, qui va permettre de faire tourner véhicules, seul moyen d’assurer, soit sa survie si on est tout seul comme Max, soit sa domination dans le cas des motards. Après avoir rencontré – et fait prisonnier – un hurluberlu qui manie les serpents et se déplace en ULM, ces deux là arrivent à un complexe pétrolier, en plein désert, où des gens sont assiégés par le même gang de motards, ces derniers voulant de toute évidence les prendre d’assaut pour accaparer le précieux hydrocarbure.
Je précise tout de suite que je n’ai jamais vu ce film, ni aucun des Mad Max de la franchise d’ailleurs. C’est donc avec une certaine curiosité que je suis allé le voir et je dois admettre à posteriori que c’est un film que j’ai trouvé divertissant … mais que je n’irai certainement pas revoir.
Ce n’est pas exagéré de dire que ce film est un nanar. Un nanar sympa, mais un nanar quand même avec quelques morceaux de bravoure qui le font sortir du lot et qui ont contribué à en faire un film culte. Parmi ces morceaux, les scènes de poursuite : celle du début, à mon avis celle qui a le plus d’impact car on ne sait pas encore à quoi s’attendre, celle du milieu lorsque Max et son camion veulent rentrer dans le complexe industriel, et celle très longue de la fin lorsqu’il s’agit de quitter ce même complexe. Certes, ce sont des scènes d’action des années 80 mais ce sont des scènes à l’ancienne avec des vrais cascadeurs et sans trucage. Résultat : l’effet est plutôt saisissant, c’est bien monté et cela tient le spectateur en haleine – sans susciter trop d’émotion dont le film est assez largement dépourvu – pendant au moins la moitié du film que durent ces scènes. On a fait mieux depuis avec la technique moderne et des budgets plus conséquents mais on se laisse porter sans déplaisir par cet aspect du film.

Le film adopte les codes archi-ressassés du western traditionnel avec l’opposition méchants / gentils, les passages obligés de la diligence assiégée par les indiens (les punks ont tous des crêtes iroquoises pour ceux qui n’auraient pas compris) et bien sûr, l’inévitable lonesome cowboy qui arrive d’on ne sait où et qu’on imagine repartir vers nulle part. C’est attendu, prévisible, on n’est pas surpris lorsque Max refuse de rester avec les pionniers qui le lui demandent, Max est absolument increvable malgré les accidents, les explosions qu’il côtoie de près, la seule touche d’originalité est que nous ne sommes pas dans l’ouest américain avec des gens qui veulent pousser plus loin la « frontier » mais dans le bush autralien à la recherche d’essence. C’est dépaysant, « sympa » disons mais il faut bien admettre que l’intrigue n’est pas d’une originalité folle.
Encore pire que l’intrigue : les personnages. On a Max certes, on a aussi quelques autres personnages d’importance mais à peine définis et dont il semble que le seul moyen de les rendre saillants a été de les rendre grotesques. Le pilote d’ULM, compagnon de Max est un clown, la plupart des pionniers sont des caricatures de société puritaine qui croient encore que l’homme est bon – le chef parle d’une voix doucereuse totalement à contre-emploi – mais le pire, ce sont certainement les méchants. Ils sont vraiment très très méchants si j’en juge par leur cruauté, les supplices insensés qu’ils font subit à leurs prisonniers, les morts qu’ils tolèrent parmi leurs rangs et cela aurait pu donner un film apocalyptique absolument glaçant, si ils n’avaient été, en même temps que terrifiants, complètement grotesques : cela aurait dû être des méchants de James Bond, ce sont des méchants dans le style du Mini me d’Austin Power. Le méchant en chef se balade au début en moto avec son mignon – un Adonis qui meurt avec un boomerang dans le crâne – et un pantalon de cuir, avec un trou au postérieur qui laisse voir la raie des fesses, le chef des motards, appelé Humungus ce qui pourrait être le nom de scène d’un acteur porno, est au moins aussi ridicule, le film en rajoute avec des scènes idiotes – celle, furtive, où le camion soulève la tente avec des motards en train de forniquer – parfaitement évitables et qui discréditent l’ensemble : pour un film qui nous décrit un monde comme celui-là, avec une trame comme celle-ci, discréditer ses méchants est une erreur à mon avis fatale qui plombe le film tout entier. Seul le personnage touchant du petit gamin – un des « gentils » – est à sauver comme étant à peu près à sa place. Après cela, les scènes de violence, les supplices perdent toute crédibilité et le film son impact émotionnel. Avec des opposants effrayants mais absurdes comme cela, il faut nous camper un monde à la Indiana Jones, pas à la Mad Max.

C’est bien entendu un Mel Gibson taiseux qui qui incarne Max. Il ne doit pas prononcer plus de deux cents mots dans le film et doit posséder deux expressions faciales mais c’est exactement ce qu’on lui demande de faire, et pour être franc, Leone ne demandait pas autre chose à Clint Eastwood. Le résultat est bien évidemment moins probant (que Leone) mais vient au moins combler les attentes d’avoir le héros qu’on attendait alors pour ses ennemis les méchants, c’est complêtement raté. Les autres n’ont que des rôles et des personnages mineurs, à l’exception d’Emil Minty, l’enfant jouant le rôle du « feral kid », le petit enfant sauvage au boomerang.
Ces commentaires narquois n’ont pas été partagés par le public qui a fait un triomphe au film. Il paraît que ce deuxième opus est encore meilleur que le film d’origine (que je n’ai pas vu) et a bénéficié, il est vrai d’une budget largement supérieur. C’est une superproduction mais une superproduction australienne, et non hollywoodienne, qui ne possède donc pas la démesure parfois nauséeuse de ces films à gros budget d’Hollywood et qui acquiert, par là, un peu de capital sympathie. C’est un film du répertoire, qui a certainement sa place sur ce blog, c’est je crois le premier film australien chroniqué ici, c’est divertissant mais il faut malheureusement bien admettre que cela ne casse pas trois pattes à un ornithorynque.



















